Madagascar

Madagascar: l'opposition durcit son discours

A sept mois du premier tour annoncé des élections présidentielle et législatives, l'opposition accuse le régime de vouloir la museler. Samedi, une marche, interdite par les autorités, a dégénéré en violents affrontements avec l'armée et la police.
A sept mois du premier tour annoncé des élections présidentielle et législatives, l'opposition accuse le régime de vouloir la museler. Samedi, une marche, interdite par les autorités, a dégénéré en violents affrontements avec l'armée et la police. REUTERS/Clarel Faniry Rasoanaivo
Texte par : RFI Suivre
6 mn

A Madagascar, c’est une foule nombreuse qui est venue écouter et acclamer les députés de l’opposition, mardi après-midi 24 avril, sur le parvis de l’hôtel de ville d’Antananarivo, la capitale. Mais ce qui devait surtout être un rapport sur les lois électorales à la population a rapidement tourné à un rassemblement politique.

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Assis sur une estrade, les députés se lèvent un à un. Il faut dire que chacun a sa diatribe anti-pouvoir et sa propre vision des vices du chef de l’Etat. Les explications sur les nouvelles lois électorales, la raison d’être de leur colère et de leurs manifestationsa vite laissé place à un meeting politique.

Dans toutes les bouches, le nom de Hery Rajaonarimampianina revient. La foule, chauffée à blanc, applaudit, elle chante, elle scande « dégage » et « stop koulkoul », stop à la corruption.

C’est que les députés du parti TIM (fondé par l'ancien président Marc Ravalomanana) et Mapar ( le parti d'Andry Rajoelina) sont en colère contre le président, et le raillent ouvertement. La corruption des députés pro-pouvoir lors du vote des textes à l’Assemblée nationale le 3 avril, la hausse du prix du riz, du ticket pour prendre le taxi-brousse, l’argent détourné (une allusion à l’affaire Claudine), la création de nouveaux billets qui ont créé de l’inflation, tout y passe.

Les syndicats aussi ont rejoint le mouvement d'opposition.

Récit de la journée du 24 avril

A ce stade, la contestation a largement dépassé la simple critique d’une loi jugée injuste. L’opposition compte bien faire tomber Hery Rajaonarimampianina, mais en utilisant des voies légales.

C’est pour cette raison que mercredi matin les représentants du TIM et du Mapar vont aller déposer une demande de destitution du président de la République à la Haute Cour constitutionnelle. Le chef de l’Etat aurait violé la Constitution lorsqu’il a ordonné aux militaires de tirer à balles réelles sur la foule samedi dernier, c’est en tout cas ce que l’opposition va invoquer comme motif.

La manifestation du 21 avril avait pour premier objet, outre de contester ces lois organiques, d’échanger avec la population sur les points litigieux des textes. Les forces de l’ordre voulaient justement l'empêcher. Ce débat semble être noyé dans un ras-le-bol général. Une exaspération que partagent beaucoup de passants venus écouter l’opposition ce jour-là alors que la vie quotidienne se durcit.

Comme pour rappeler le coeur du débat, la présidence a décidé de publier ces textes de lois controversé dans les médias. Elle a aussi condamné au passage ce qu’elle affirme être un « coup d’Etat ».

A Madagascar, le dialogue est un élément clé.

Manuel Augusto, ministre angolais des Relations extérieures

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