RDC

Le viol comme arme de guerre, le fléau de l'est de la RDC

Des patientes attendent d'être reçues par le Dr Mukwege à l'hôpital Panzi de Bukavu, à l'est de la RDC, le 5 octobre 2018.
Des patientes attendent d'être reçues par le Dr Mukwege à l'hôpital Panzi de Bukavu, à l'est de la RDC, le 5 octobre 2018. REUTERS/Crispin Kyalangalilwa
Texte par : RFI Suivre
6 mn

L'est de la RDC, où le Dr Mukwege a fondé son hôpital, est une région décimée par des années de conflit et tristement célèbre pour ses violences contre les femmes. Des exactions qui sont désormais considérées comme une arme de guerre.

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Plus de 20 ans de conflit, une multitude de groupes armés. Tout le monde s’accorde à dire que le viol dans l’est de la RDC est devenu une arme de guerre pour détruire une population. Une arme utilisée par à peu près tous les groupes armés : rebelles hutu et combattants maï maï, insurgés rwandais ou forces congolaises.

Combien de femmes sont victimes de ces violences ? En l’absence de statistiques fiables, le gouvernement parle de 40 viols par jour dans l’est du pays. Mais les organisations des droits des femmes estiment que les chiffres sont bien plus élevés, les femmes gardant le silence.

Pour Justine Masika de l'association Synergie des femmes, le viol s’est banalisé au fur et à mesure que le conflit s’éternise.

« Avant qu’il y ait des guerres, il y avait des viols, mais pas avec l’ampleur que l’on connaît aujourd’hui, explique-t-elle. Avec la multiplication des groupes armés, il y a une augmentation des cas de viols. Les gens qui tiennent les armes violent les femmes pour détruire et pour montrer leur supériorité. Lorsqu’on commet des violences sexuelles avec des atrocités, l’introduction d’objets pointus dans les organes génitaux, lorsque tout un village est violé collectivement par des groupes de gens, ce n’est pas pour le plaisir sexuel, c’est pour détruire. »

« Terrorisme sexuel »

Les différentes organisations parlent désormais de « terrorisme sexuel ». Elles dénoncent l’impunité de ceux qui commettent ses crimes. Mais également le manque de moyen pour aider ces femmes et le manque de volonté politique de la part des autorités.

Quand on vous introduit des baïonnettes, qu'on vous met de l'essence dedans, qu'on allume le feu, quand on viole des bébés et de vieilles grand-mères, c'est vraiment pour terroriser la population congolaise et l'utiliser comme arme de guerre.

Christine Schuler-Deschryver de la Fondation Panzi

Justine Masika, comme d’autres femmes, espère que ce prix Nobel de la paix va permettre de mobiliser la communauté internationale et de mettre fin à ce fléau.

Après l’annonce de l'attribution du prix Nobel de la paix à un médecin congolais, Jeanine Mabunda, la conseillère spéciale du chef de l’Etat en matière de lutte contre les violences sexuelles, a salué le rôle de précurseur du Dr Mukwege. Elle a par ailleurs assuré que depuis ses premiers messages d'alerte, la situation avait changé dans le pays.

Si je devais dire en quoi cela a changé, je dirais d'abord qu'en RDC, la question des violences sexuelles n'est plus taboue.

Jeanine Mabunda, conseillère spéciale du président congolais en matière de lutte contre les violences sexuelles

 

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