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Livre / Armée

Tout sur les « OPEX » : Dictionnaire des opérations françaises à l’étranger

Dictionnaire des opérations extérieures de l'armée française.
Dictionnaire des opérations extérieures de l'armée française. ©Editions nouveau monde

Dans la vaste littérature sur les tenants et les aboutissants des relations entre la France et l'Afrique, il manquait jusqu’ici un ouvrage exhaustif sur les interventions militaires françaises sur le continent africain. Ces interventions constituent pourtant depuis 60 ans l’un des piliers de la politique africaine de Paris. Le grand public n’en connaît parfois que les noms exotiques empruntés à la botanique ou à la faune animale. Un dictionnaire sur le sujet, rédigé sous la direction d’un journaliste et d’un général, propose de pallier à ce manque.

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Les «  OPEX  » ont désormais leur dictionnaire, tout comme il existe des dictionnaires de l’ethnologie, de l’anthropologie ou de la sociologie. Or qu’est-ce qu’une «  OPEX » ? C’est le diminutif de l’«  opération extérieure ». Le terme désigne, selon le dictionnaire Larousse, «  engagement militaire hors de frontières  », soit les opérations miliaires menées par la France en dehors du territoire national, pour des raisons qui vont – du moins officiellement - du maintien de la paix à la protection d’une population menacée, en passant par la pacification des conflits internes et l’évacuation des ressortissants français.

L’apparition de cet acronyme date de la fin de la guerre d’Algérie, résultant sans doute de la volonté des autorités militaires de se dissocier de la période coloniale. Fini les « expéditions » et autres « interventions  » aux relents impériaux, motivées par la conquête du nouveau territoire ou la sauvegarde des territoires déjà conquis. Le vocable «  OPEX  » met en avant l’aspect administratif et technique de l’opération.

L'Afrique centrale, fief historique des OPEX
L'Afrique centrale, fief historique des OPEX ECPAD/Nouveau Monde

En tout, 36 spécialistes dont l’historien de France-Afrique Jean-Pierre Bat ou le spécialiste du Maghreb Pierre Vermeren, ont participé à la rédaction de cet ouvrage. Enrichi de cartes et photos, ce dictionnaire se signale à l’attention par son ambition encyclopédique, car il ne se contente pas de répertorier les nombreuses opérations menées par les forces armées françaises depuis 1960. La seconde partie de l’ouvrage est plus thématique et s’attarde sur les questions des « moyens et environnement », permettant de faire le point sur les limites capacitaires des opérations, les modalités politiques et juridiques de leur déploiement, et, last but not least, sur leur budget.

« Ce n’est pas un dictionnaire comme les autres, car, même si nous avons travaillé avec les services de communication de la Défense, les auteurs des notices qu’on pourra lire dans ces pages ne sont pas tous des militaires professionnels, explique Philippe Chapleau, co-auteur de l’ouvrage avec Jean-Marc Marill, un Général à la retraite. Nous avons obtenu qu’il y ait une pluralité de regards sur les «  OPEX  », avec des contributions des chercheurs spécialisés sur les questions militaires, mais aussi des historiens, des archivistes, des journalistes et des hommes et femmes qui ont participé aux opérations sur le terrain. Ce dictionnaire est le fruit du travail d’une équipe hybride qui a jeté un regard objectif et parfois personnel pour faire comprendre les tenants et les aboutissants de ces opérations militaires. »

Une volonté historiographique

Pourquoi un dictionnaire des «  OPEX  » ? «  L’ouvrage répond à une volonté historiographique du service historique des armées désireux de revenir sur les engagements de l’armée française en dehors du territoire national, depuis les années 1960 », explique Philippe Chapleau. «  L’éditeur a concrétisé cette volonté, en proposant un projet qui se voulait d’emblée à la fois historique et pédagogique, abordable pour le grand public.  »

La partie proprement dictionnaire de l’ouvrage, organisée par ordre alphabétique des noms des opérations, permet de comprendre à travers l’histoire des opérations individuelles, la philosophie générale des«  OPEX  », les raisons de leurs succès, mais aussi le pourquoi de leurs échecs. Ces pages regorgent de noms (Epervier, Sangaris, Serval, Harmattan, Turquoise, Atalante, Barkhane), autant de noms de code des opérations que les militaires aiment puiser dans les lexiques de la faune, de la botanique, des vents, des langues, des minéraux, de la mythologie ou bien encore de la géographie.

Chaque entrée propose un résumé complet du contexte et des circonstances d’engagement de l’opération, ainsi que son bilan. On retiendra, plus généralement, qu’entre 1959 à nos jours, les forces françaises ont effectué en tout 118 « OPEX  », essentiellement en Afrique mais aussi en Europe, en Méditerranée, au Moyen-Orient et jusqu’en Asie, pour des durées variables, allant de quelques jours à plusieurs années.

Les auteurs distinguent deux périodes. La première période va de 1960 à 1990, au cours duquel la France déploie une trentaine d’opérations essentiellement en Afrique dans le cadre des accords de défense signés notamment avec ses anciennes colonies. La deuxième période s’étend entre 1990 et 2014. Les conflictualités ayant alors grandement augmenté dans le monde, on voit le nombre d’interventions militaires françaises exploser, avec une centaine d’opérations de formats divers comptabilisés. Si cette deuxième période se caractérise dans sa première phase par des missions effectuées sous l’égide de l’ONU, de l’OTAN et de l’UE, « l’urgence stratégique conduit la France engagée dans la lutte contre le terrorisme à partir des années 2000 à y aller seul, tout en s’appuyant sur l’aide logistique des alliés anglo-saxons et sur des contributions africaines, comme cela se passe aujourd’hui dans le Sahel », précise Philippe Chapleau.

Les raisons d’être des OPEX

L’équipe de protection de la base aérienne (BA) 172 Fort-Lamy patrouille dans le dépôt de munitions. Juillet 2014.
L’équipe de protection de la base aérienne (BA) 172 Fort-Lamy patrouille dans le dépôt de munitions. Juillet 2014. © ECPAD

Des OPEX, pourquoi ? La question divise les observateurs attentifs aux relations franco-africaines. Les auteurs du Dictionnaire des opérations extérieures de l’armée française ne dérogent pas à la règle. Plusieurs articles justifient les interventions militaires à l’étranger en s’appuyant sur la position officielle de Paris inscrite dans la loi de programmation militaire 2014-2019 : «  L’intervention, à l’extérieur du territoire national, vise (…) à protéger les ressortissants français et européens, à défendre les intérêts d la France dans le monde et à honorer nos engagements internationaux et nos responsabilités. (…) Elle confère à la sécurité de la France la profondeur stratégique qui lui est indispensable.  »

Philippe Chapleau, pour sa part, problématise la notion même de « profondeur stratégique ». « Où commence l’Europe, se demande-t-il. Aux frontières de notre continent ou sur les rives du fleuve Sénégal et du fleuve Congo, où les régimes en place sont aux prises avec des groupes déstabilisateurs qui menacent de porter le fer jusque dans l’Europe ? » Et de s’interroger : « Cette stratégie de «  défense de l’avant  » ne nous conduirait-elle pas à intervenir de plus en plus loin du territoire national ? »

Cette confrontation des points de vue opposés est inédite dans un ouvrage grand public, produit en collaboration avec des instances officielles, qui plus est, préfacé par le chef d’état-major des armées en personne. On regrettera seulement que cette démarche généreuse n’ait pas été poussée plus loin pour aborder d’autres questions plus dérangeantes. Celles par exemple, de l’impunité judiciaire dont bénéficient les militaires des « OPEX  » impliqués dans des violences sexuelles. Ou encore, celle de l’absence d’un véritable contrôle parlementaire sur la décision de l’exécutif de déployer une opération militaire à l’extérieur.

Il n'en reste pas moins que ce Dictionnaire est un ouvrage de référence utile et mériterait qu'on le lise, car, si l’on en croit Philippe Chapleau, « compte tenu de la conflictualité du monde et des menaces qui pèsent sur l’humanité, nous n’en avons certainement pas fini avec les opérations extérieures françaises  ».


Dictionnaire des opérations extérieures de l’armée française, sous la direction de Philippe Chapleau et Jean-Marc Marill. Co-édité par le Ministère des armées – ECPAD et édition Nouveau Monde, Paris, 2O18, 451 pages, 45 euros.

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