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REPORTAGE

Burkina Faso: le patron du HCR, au chevet des déplacés internes à Kaya et Dori

Filippo Grandi, le Commissaire du HCR, s'entretient avec des femmes et des enfants dans un quartier qui accueille des personnes déplacées du nord du Burkina Faso à Kaya, le 2 février 2020.
Filippo Grandi, le Commissaire du HCR, s'entretient avec des femmes et des enfants dans un quartier qui accueille des personnes déplacées du nord du Burkina Faso à Kaya, le 2 février 2020. OLYMPIA DE MAISMONT / AFP
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Au Burkina Faso, la recrudescence des attaques de groupes armés a aggravé le phénomène du déplacement des populations. Après sa visite dans les camps de déplacés internes, le Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Filipo Grandi se dit choqué par la situation des populations. Il en appelle à une aide humanitaire.

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À Kaya ou à Dori, où il s’est rendu, le Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés a été le témoin de l'arrivée de dizaines de familles. « Pratiquement devant nos yeux, les gens affluaient à Kaya, nous raconte t-il. Le manque d’eau est dramatique partout, il n’y a pas de latrines… ». Autre grand défi, ajoute le Haut commissaire, la quête d'abri.

« Mais ce qui m’a beaucoup frappé, ce sont les récits des gens déplacés, poursuit Filipo Grandi. Des histoires d’hommes, de garçons, parfois même d'enfants tués par ces groupes armés… (Des) histoires de femmes violées, beaucoup de femmes violées ! »

Le pays enregistre aujourd’hui plus de 600 000 déplacés internes. Il faut rapidement mobiliser 300 millions de dollars pour venir en aide aux 900 000  personnes en situation d’urgence, c’est-à-dire les déplacés et leurs familles d’accueil dans cinq régions du pays, selon Filippo Grandi.

Le Haut commissaire a également rappelé la situation des 6 500 réfugiés maliens du camp de Mentao, dans la province du Soum. « Nous avons un problème dans le camp de Mentao qui se trouve dans une zone qui en ce moment n’est pas contrôlée par le gouvernement - elle est contrôlée par ces groupes ou est le théâtre de l’action de ces groupes, a reconnu Filipo Grandi. Donc il est très dangereux d’aller apporter (de l’aide) à ces réfugiés ».

Face à la présence militaire sur le terrain, Filippo Grandi souligne que la réponse sécuritaire ne doit pas se transformer en un facteur de pression sur les populations et devenir un problème additionnel.

Pour les déplacés, Kaya est le dernier refuge

Ces déplacés internes sont accueillis soit sur de petits sites disséminés en ville, par exemple sur d’anciens programmes immobiliers à l’abandon, soit sur des terrains vagues aménagés pour les recevoir. Souvent, ces déplacés sont aussi accueillis dans des familles hôtes, déjà pauvres. Il s’agit parfois de leur propre famille, parfois de communautés qui se font simplement un devoir d’être solidaire, ou qui y voient l’opportunité de louer un logement vacant. Ces déplacés sont donc dispersés partout en ville, ce qui ne facilite d’ailleurs pas leur recensement. Fin décembre, ils étaient 45 000 à Kaya. Ils sont probablement beaucoup plus nombreux aujourd'hui.

Rasmane vient de Nagraogo, l’un des nombreux village martyrs de la province du Sanmatenga. Le 20 janvier, une colonne de 15 à 20 motos a fait irruption sur le marché. Au moins 32 personnes ont été assassinées. Rasmane était aux premières loges, il raconte. « On était assis sur le bord de la route qui va à Dablo. C’est une route qu’empruntent souvent les militaires. Ce jour-là, 10 minutes après le passage d’un convoi de l’armée, les terroristes sont arrivés et nous sont tombés dessus. Ils portaient des treillis, on a d’abord cru qu’ils faisaient partie du convoi militaire qui venait de passer. Mais quand on s’est rendus compte que ce n’était pas l’armée, c’était trop tard. Ils n’ont pas dit un mot et ils ont ouvert le feu sur nous. » Rasmane s’en est tiré et a fui à Barsalogho, puis à Kaya, à 45 km au sud, où il est arrivé il y a trois jours. 

Kirsi, la soixantaine, est quant à lui à Kaya depuis deux semaines. Lui aussi a fui son village, Rofénéga, situé à une quarantaine de kilomètres, attaqué par une colonne d’hommes armés à moto. « Quand ils sont arrivés, ils sont entrés dans les cours et ont abattu les hommes qui commençaient à fuir. Ils ne sont pas venus nous menacer auparavant. Mais comme ils ont aussi attaqué les villages alentours, peut être que c’était le tour de notre village. Ils ont tué 16 personnes. Actuellement, le village est vide. »

Pour ces déplacés, Kaya semble être le dernier refuge. Tous se persuadent que la ville, protégée par les forces de défense et de sécurité, ne pourra jamais tomber.

Une assistance humanitaire insuffisante

Les humanitaires -agences onusiennes, comme l'Unicef ou le HCR, ONG internationales- sont présents sur place pour venir en aide à ces personnes déplacées en fournissant abris ou vivres. Ils appuient également les centres de santé, notamment en fournissant des médicaments.

Les déplacés arrivent souvent dans un état de santé déplorable. Les taux de malnutrition chez les jeunes enfants ont plus que doublé dans la région cette année.

Des humanitaires soutiennent aussi les écoles, qui croulent sous l’afflux d’enfants déplacés. On assiste depuis la fin de l’année dernière à des constructions en urgence de classes supplémentaires, dans de nombreuses écoles pour faire face à cette situation qui risque fort de durer.

Mais cette assistance humanitaire croissante, qu’elle soit internationale ou nationale, ne suffit pas. Les déplacés restent souvent sans travail, et donc sans ressources. Les familles d’accueil sont soumises elles aussi à une pression économique forte.

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