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RDC: la mystérieuse mort du général Delphin Kahimbi fait réagir

Le général Delphin Kahimbi près de Goma en octobre 2008.
Le général Delphin Kahimbi près de Goma en octobre 2008. AFP PHOTO / Walter ASTRADA
Texte par : RFI Suivre
7 mn

Le général Delphin Kahimbi a été retrouvé mort à son domicile de Kinshasa vendredi matin. Une enquête est ouverte, affirme un officier de l’armée. Le chef des renseignements militaires avait été convoqué à plusieurs reprises ces derniers jours pour répondre à plusieurs accusations.

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Selon son épouse, le général Delphin Kahimbi a été victime d’une crise cardiaque le matin à son domicile. « Le temps de s’absenter de la pièce pour un petit moment, je l’ai retrouvé affalé », explique Brendha Kahimbi.

La version a été servie à tous les médias qui l’ont contactée sur le numéro privé du cellulaire du général défunt, rapporte notre correspondant à Kinshasa, Kamanda wa Kamanda Muzembe. Celle qui, après, s’est présentée comme étant la fille du général disparu a pour sa part évoqué une pendaison. Selon cette version, un pagne aurait été trouvé au cou du corps sans vie de l’officier...

Toutes les tentatives de réanimation ont été vaines, a poursuivi l’épouse. Conduit à l’hôpital, le général Kahimbi a rendu l’âme. Aurait-il pu se suicider ? Un haut responsable mlitaire a annoncé l’ouverture d’une enquête sur cette disparition tragique pour déterminer les causes réelles du décès. Une autopsie a également été ordonnée, a dit le même officier.

Toutes les dispositions sont prises pour élucider les circonstances de cette douloureuse perte. Une enquête est diligentée. Les conclusions de celle-ci feront l'objet d'un communication ultérieure.

Dondedieu Tshilanba

Au moment de sa mort, le général Delphin Kahimbi était en résidence surveillée chez lui, sous la responsabilité du parquet militaire. Pas donc de spéculation à ce stade, prévient l’armée congolaise. Le député national Félix Kabange Numbi parle d’une disparition brutale qui met à mal l’équilibre fragile des institutions du pays.

Chef de renseignement militaire, le général Delphin Kahimbi a été convoqué à plusieurs reprises ces derniers jours pour répondre à plusieurs accusations : liens avec des groupes armés, tentative de déstabilisation…

Selon des sources de la présidence aux chancelleries, il avait même été suspendu. Le porte-parole de l’armée reconnaissait lui qu’une enquête avait été ouverte sur les allégations le concernant. Il y a une semaine, le général avait été empêché de se rendre en Afrique du Sud pour, avait-il dit, y poursuivre des soins médicaux.

« L'a-t-on fait taire ? »

Cette mort suscite des remous à Kinshasa. La classe politique tout comme la société civile appellent à une enquête sérieuse après sa mort, constate notre correspondant sur place Pascal Mulegwa. Pour l’ancien ministre de la Défense Crispin Atama Tabe, la mort de cet officier resté chef des renseignements malgré l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi, est « suspecte » : si le général Kahimbi avait commis des actes répréhensibles, l’ancien ministre estime qu’il aurait mieux « valu qu'il aille en prison ».

Pour les proches de l’ex-président Joseph Kabila, le timing de cette mort est étrange. C'est le sentiment partagé par Félix Kabange Numbi, qui pense que la mort d'un tel homme « met à mal l’équilibre fragile » des institutions, surtout qu’elle survient de façon « mystérieuse » et dans une période « trouble ».

L'opposition aussi s’étonne même si elle considère que le chef des renseignements était un instrument de la répression. Cette mort parait étrange pour la députée Ève Bazaiba : « Nous tous, nous attendions aujourd'hui son audition et à la place c'est l'information de sa mort. Une personne poursuivie, soupçonnée d'activités subversives contre la République, si cette source d'information disparait comme ça avant son audition, ça inquiète un peu. L'a-t-on fait taire ? On ne sait pas. »

L’opposante exige une enquête indépendante, tout comme l’activiste Me Georges Kapiamba de l’Acaj. Mais lui regrette surtout qu’il ne puisse plus faire face à la justice. « Nous regrettons, avec les victimes, le fait qu'il soit parti avec tous les secrets, toute la vérité qu'il aurait dû expliquer devant un juge compétent. C'est aussi une perte énorme pour la lutte contre l'impunité parce que sa version des faits aurait pu permettre à la justice d'identifier les auteurs et les complices de toutes les violations graves des droits de l'homme. »

Une carrière sous l'aile de Kabila

De quels secrets parle-t-on ? Quel est le parcours de Delphin Kahimbi ?

Il est à peine âgé d’une vingtaine d’années lors qu’il s’engage dans la rébellion de l’Alliance des forces démocratiques du Congo de Kabila père. Il sert alors comme opérateur radio auprès de Joseph Kabila.

Une formation militaire commune en Chine, peu après la chute de Joseph Mobutu en 1997, va renforcer leurs liens d’amitié. Le jeune ressortissant du Sud-Kivu va alors effectuer toute sa carrière militaire sous l’ombre tutélaire de Joseph Kabila.

Mais son nom n’apparaît pour la fois dans l’actualité qu’en 2006. Il est alors commandant adjoint des FARDC dans le Nord-Kivu. Fidèle au président Joseph Kabila, il prend deux ans plus tard la tête des opérations militaires contre les dissidents du CNDP du général Laurent Nkunda. De là date les premières accusations de violations des droits de l’homme contre lui.

Après un passage par le programme DDR, il devient chef d’état-major adjoint des FARDC en charge des très redoutés renseignements militaires en 2013. Il fait désormais partie des piliers du régime Kabila, ce qui lui vaudra d’être sanctionné par l’Union européenne dès 2016 pour son rôle dans la « structure de commandant » responsable notamment de la violente répression à Kinshasa la même année.

« Homme ouvert à la discussion et bon enfant » selon ceux qui le connaissaient bien, il est décrit comme « l’homme de l’ombre » par ses détracteurs qui voyaient sa « main derrière tous les mauvais coups » dans le pays.

L’arrivée au pouvoir en 2019 de Félix Tshisekedi n’y avait rien changé, le général Kahimbi avait gardé son poste à la faveur de l’accord de gouvernement entre Joseph Kabila et son successeur.

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