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Coronavirus: les chercheurs questionnent la pertinence des mesures pour l'Afrique

Des personnels de santé kényans en combinaisons intégrales quittent les lieux où a été détecté le premier cas confirmé de coronavirus dans le pays à Rongai, le 14 mars  2020.
Des personnels de santé kényans en combinaisons intégrales quittent les lieux où a été détecté le premier cas confirmé de coronavirus dans le pays à Rongai, le 14 mars 2020. REUTERS/Baz Ratner
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Alors que l’épidémie gagne du terrain sur le continent, avec la multiplication de cas endogènes, se pose de plus en plus la pertinence des mesures annoncées par les gouvernements, avec des mises en quarantaines plus ou moins respectées, la suspension des vols des pays réputés comme infectés, mais pas de fermeture des frontières. Et cela inquiète les acteurs de terrain comme les chercheurs. 

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Le docteur Olivier Kana est médecin chez MSF, de retour dans son pays, la RDC après une mission à l’étranger, il s’inquiète du retard et de la faiblesse des mesures annoncées sur le continent. Avec son ONG Gardiens de vie, il a commencé la sensibilisation. Car en cas de propagation massive, les services de santé, eux, ne sauront pas faire face.

« En dehors des capacités techniques qui sont déjà limitées, on a pas d'oxygène pour soigner les malades. Parce que parmi les grandes complications qui arrivent concernant le coronavirus, ce sont les complications respiratoires. Et en dehors de cela, il y a des complications polyviscérales. On ne pourra pas être aujourd'hui à même de soigner ces gens-là. Les défis de santé en Afrique restent les mêmes pour tous les pays et c'est très difficile. »

Pour le docteur Kana, il est urgent de limiter tous les déplacements non nécessaires, notamment pour éviter la propagation du virus en province. Le professeur Francis Akindes est lui un sociologue ivoirien. Il s’inquiète d’autant plus que les mesures appliquées aujourd’hui en Europe ou en Asie pour limiter le nombre de morts ne pourront pas l’être en Afrique.

« Le système de santé est déficitaire, la capacité de réponse des pouvoirs publics est très incertaine, et il est encore plus difficile d'avoir la discipline des populations parce que la promiscuité, la pauvreté, la vie sociale rendent très compliquées les mesures de confinement. »

Pour le professeur Akindes, ce sont bien les couches des populations africaines les plus pauvres qui vont le plus pâtir de cette pandémie, elles qui doivent sortir tous les jours pour trouver de quoi se nourrir.

C'est notamment le cas en Afrique du Sud, où les mesures annoncées par le président Cyril Ramaphosa, vont sans doute être compliquées à mettre en place dans certaines zones du pays, pointe notre correspondant à Johannesburg, Claire Bargelès

Règles d'hygiène impossibles

Dans les quartiers les plus défavorisés par exemple, il n’est pas rare qu’une famille de 5 ou 6 personnes vive entassée dans une même pièce. L’eau courante est rare, et les toilettes sont souvent communes aux habitants des alentours. Difficile dans ces conditions d’appliquer les règles d’hygiène répétées en boucle par les autorités ou les mesures de distanciation sociale. Les experts craignent donc que ces populations soient les plus à risque. 

Par ailleurs, pour protéger les plus vulnérables, plusieurs associations sud-africaines appellent le gouvernement à suspendre toute expulsion de logements. 

Enfin, une des mesures consiste à imposer la fermeture à partir de 18h des bars et des restaurants qui vendent de l’alcool. Si les zones touristiques sont facilement contrôlables, dans les townships du pays, de nombreux shebeens, ces petits bars locaux, peuvent pour l’instant facilement échapper à la vigilance des policiers. 

Difficile aussi d’éviter de sortir, alors que les plus hauts responsables ne donnent pas l’exemple,comme la ministre du Développement social, Lindiwe Zulu, filmée ce week-end dans la rue entrain d’expliquer qu’elle n’arrivait pas à rester chez elle. Elle s’est finalement excusée pour ces propos.  

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