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Les mesures contre le coronavirus à la Une des médias ivoiriens et sénégalais

Kiosque à journaux à Abidjan, Côte d'Ivoire, le 24 mars 2020.
Kiosque à journaux à Abidjan, Côte d'Ivoire, le 24 mars 2020. ISSOUF SANOGO / AFP
Texte par : RFI Suivre
5 min

En Côte d'Ivoire, le président Alassane Ouattara a indiqué les modalités de l'état d'urgence en vigueur afin de limiter la propagation du coronavirus. Freiner le virus, c'est également l'objectif au Sénégal où le président Macky Sall a pris la parole lundi dans un message à la nation. Deux déclarations qui font la Une de la presse ce mardi.

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Avec nos correspondants à Abidjan et Dakar, Pierre Pinto et Charlotte Idrac

En Côte d’Ivoire, où 25 cas de coronavirus ont été enregistrés, le président a décrété lundi soir l’état d’urgence. Alassane Ouattara a considérablement renforcé la batterie de mesures prises depuis une semaine, comme la fermeture des frontières, des écoles ou l'interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes. Désormais donc, maquis et restaurants sont fermés. Un couvre-feu est instauré de 21h à 5h. Les transports sont régulés et les déplacements non-autorisés entre Abidjan et l’intérieur du pays interdits. Le président ivoirien a aussi annoncé le « confinement progressif des populations par aires géographiques en fonction de l’évolution de la pandémie ».

Les journaux ivoiriens évoquent donc tous ce mardi matin ce message à la nation, même si c’est rarement dans le détail en raison de l’heure de cette allocution, 20 heures, peu de temps avant le bouclage. Le Nouveau Réveil, le journal proche du PDCI, retient d’abord que le président désavoue son Premier ministre. L’opposition accuse en effet Amadou Gon Coulibaly d’avoir autorisé certains réfractaires à la quarantaine à rentrer chez eux il y a une semaine. Le chef du gouvernement a démenti avoir permis cela. Et lundi soir, Alassane Ouattara a condamné « l’indiscipline » et les « cas d’exception » de ces voyageurs. « Enfin des mesures importantes », écrit encore Le Nouveau Réveil qui déplore toutefois le manque de clarté du message sur certains points notamment les restrictions de déplacements vers la province.

« Ouattara frappe très fort »

Le Temps, journal proche de Gbagbo revient sur les fermetures de bars, maquis et restaurants en se demandant « qui va payer la facture ». Pour L’Inter, avec l’état d’urgence et les huit mesures qui l’accompagnent « Ouattara frappe très fort ». L’Inter qui publie un long reportage dans les transports abidjanais et en revient avec le constat que les mesures décrétées dans ce secteur ne sont pas respectées. Constat que fait d’ailleurs toute la presse ce matin.

Il semble en effet que le discours d’Alassane Ouattara n’ait pas frappé les esprits suffisamment dans ce secteur, puisqu’il suffit d’ailleurs encore aujourd’hui de se promener dans Abidjan pour voir que les Gbakas, les minibus, qui roulent sont la plupart du temps bondés. Que les taxis collectifs ou communaux aussi. En revanche les bus sont moins pleins qu’à l’accoutumée. Il faut dire que beaucoup de gens restent chez eux à en juger par la circulation dans Abidjan ce mardi, inhabituellement fluide.

Et puis on a appris ce mardi que le Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, était confiné chez lui après avoir été semble-t-il en contact avec une personne testée positive au coronavirus. Mais les services du chef du gouvernement indiquent que lui ne présente aucun symptôme pour le moment.

État d’urgence au Sénégal

Les mesures prises en Côte d'Ivoire ressemblent à celles prises au même moment au Sénégal. Le président Macky Sall a déclaré l’état d’urgence sur tout le territoire afin de limiter au maximum la propagation du coronavirus. Le pays enregistre cet après-midi 78 cas sous traitement. Un couvre-feu est instauré de 20 heures à 6 heures du matin et là aussi, la décision du chef de l'État fait la une des quotidiens. Pour l’heure, la presse salue cette prise de parole, mais elle attend des précisions.

« L’heure est grave », titre Le Soleil qui reprend les mots du chef de l’État lundi soir et rappelle que l’état d’urgence avait pour la dernière fois été décrété en 1988, il y a 32 ans, après une élection présidentielle mouvementée. « Hélas, au Sénégal, on continue de se comporter comme si nous étions sur un îlot », regrette l’éditorialiste du quotidien national. « Il est temps que l’État ait la main ferme en usant de violence légitime pour mettre tout le monde au pas. »

Alors comment l’état d’urgence va-t-il-être mis en œuvre ? Dans Sud Quotidien, le professeur en droit pénal, Iba Barry Camara, explique qu’avec cette mesure exceptionnelle, « l’État aura les coudées franches ». « De manière tout à fait légale », poursuit le spécialiste, « les agents des forces de défense et de sécurité seront déployés dans les rues pour contraindre les populations à respecter les mesures. »

L’opposition « devant le fait accompli »

L’Observateur rappelle que le gouvernement doit encore préciser aujourd’hui les « détails des restrictions et des interdictions », notamment « les règles du fonctionnement des transports communs et publics des voyageurs ». En tout cas, pour le politologue Moussa Diaw, dans les colonnes du journal, « le président a été à la hauteur ».

Mais « l’efficacité de tout cela ne sera mesurée que vendredi prochain », estime pour sa part Le Quotidien, « si les mosquées restent fermées », à Dakar et Touba essentiellement. « On saura alors si le capitaine a repris le gouvernail du navire ». Il y a en tout cas une « urgence de l’unité nationale » poursuit le journal. Le président Macky Sall reçoit en effet toute la journée les représentants de l’opposition, Idrissa Seck, Khalifa Sall, Ousmane Sonko, entre autres. Mais pour Walf Fadjiri, « des décisions fortes ont déjà été prises » dimanche soir, « Macky Sall semble avoir mis la charrue avant les bœufs », l’opposition est « devant le fait accompli ».

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