Coronavirus: l'Afrique face à la pandémie mercredi 22 avril

Un employé débarrasse un abri après que des résidents du «township» de Khayelitsha ont tenté d'occuper un terrain vague lors du confinement au Cap, en Afrique du Sud, le 22 avril 2020.
Un employé débarrasse un abri après que des résidents du «township» de Khayelitsha ont tenté d'occuper un terrain vague lors du confinement au Cap, en Afrique du Sud, le 22 avril 2020. REUTERS/Mike Hutchings
Texte par : RFI Suivre
19 mn

L’Afrique comptait, ce mercredi 22 avril, 25 131 cas confirmés de coronavirus. Le Covid-19 a déjà coûté la vie à 1 205 personnes sur le continent, selon le Centre pour la prévention et le contrôle des maladies de l’Union africaine. Trois pays enregistrent plus de 3 000 cas : l’Égypte, l’Afrique du Sud et le Maroc.

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• Cyril Ramaphosa lance un plan de 24 milliards d’euros pour sortir de la crise

En Afrique du Sud, le président a annoncé mardi soir un plan de mesures économiques de 24 milliards d’euros. 2,5 milliards doivent être exclusivement consacrés à l’augmentation des aides sociales afin de répondre à la détresse qui monte dans le pays depuis le début du confinement. Cyril Ramaphosa a également déclaré que 250 000 colis de nourriture seront distribués au cours des deux prochaines semaines.

Depuis plusieurs jours, des cas de violences se multiplient en Afrique du Sud, particulièrement dans les townships. Dans ces quartiers pauvres, où depuis le début du confinement la population peine à se nourrir, des heurts éclatent avec la police pendant les manifestations. Dans la région du Cap, des camions transportant de l’aide alimentaire ont été attaqués et pillés. Le président Ramaphosa a condamné le détournement de ces camions et a demandé que les suspects, parfois des élus locaux, soient jugés.

► À lire ici : Afrique du Sud: Ramaphosa annonce un plan de 24 milliards pour surmonter la crise

Pour lutter contre l’épidémie de coronavirus et faire respecter les règles de confinement, l’Afrique du Sud a décidé de s’appuyer encore un peu plus sur son armée. Le pays compte 3 635 cas de coronavirus confirmés sur son territoire, la pandémie a fait 7 morts supplémentaires ce mercredi, portant le bilan à 58 victimes.

Une lettre signée par le chef d’État a par ailleurs fuité mardi soir, indiquant la volonté du président de déployer, jusqu’à fin juin, plus de 73 000 militaires. Cela représente presque la totalité de l'armée sud-africaine, la plus grosse mobilisation depuis la fin de l'apartheid. Cyril Ramaphosa compte s’appuyer également sur les troupes de réserve et estime que la mesure coûtera un peu plus de 2 millions d’euros. Jusqu’à présent, quelque 2 800 soldats étaient déployés pour soutenir la police, rapporte notre correspondante à Johannesburg, Claire Bargelès.

La ministre de la Défense, qui a confirmé l’information mercredi, justifie cette large mobilisation par « l’ampleur des défis » qui demandent « un déploiement humain comme jamais auparavant ». Les soldats auront toujours, selon elle, pour mission de contrôler les déplacements, à l’intérieur du pays et aux frontières, mais aussi de prêter assistance aux citoyens et au personnel de santé.

Le président Cyril Ramaphosa devrait s’exprimer ce jeudi. Il pourrait préciser quelles sont les prochaines étapes pour le pays, alors que le confinement est pour l’instant prolongé jusqu’au 1er mai.

• En Côte d'Ivoire, une aide gouvernementale aux plus pauvres

La Côte d'Ivoire enregistre ce mercredi 36 nouveaux cas de Covid-19 et un décès supplémentaire. Cela porte à 952 le nombre de cas positifs et 14 morts. Le gouvernement s'attend à une hausse du nombre de cas avec une accélération du nombre de tests qui devraient passer à 1 500 par jour, très prochainement, contre environ 300 aujourd'hui. Pour l'instant, 93% des cas sont concentrés à Abidjan.

Le  gouvernement avait annoncé il y a quelques semaines un fonds de 170 milliards de francs CFA (260 millions d’euros) à destination des ménages les plus pauvres pour lutter contre les effets de la pandémie. Ce fonds entre dans sa phase opérationnelle ce jeudi dans le Grand Abidjan. Il bénéficiera aux plus vulnérables à l’intérieur du pays courant mai. Soit 13,3 milliards de francs CFA sur trois mois qui seront décaissés pour ces ménages, indique notre correspondant à Abidjan, Pierre Pinto.

177 198 ménages vont donc recevoir par transferts monétaires 25 000 francs par mois pendant trois mois. L’assistance démarrera ce jeudi par un peu plus de 2 000 ménages parmi lesquels ceux confinés car ayant été en contact avec des malades du Covid-19 mais aussi les structures de protection de l’enfance comme les orphelinats ou les pouponnières. Seront aussi concernées par ce fonds, les familles de personnes décédées du Covid-19, des malades indigents, des personnes âgées confinées chez elles, mais également des artisans et petits commerçants. Les ménages éligibles à ce fonds bénéficieront aussi de distribution de kits alimentaires et de kits d’hygiène.

Face aux critiques qui montent sur le fait que les dons et distributions ne parviennent pas toujours aux personnes qui en ont réellement besoin, et se retrouvent même parfois sur les étals des marchés, le porte-parole du gouvernement a répondu. Ces personnes seront identifiées suivant « des bases de données existantes couplées avec un ciblage communautaire inclusif et participatif », a indiqué Sidi Touré à l’issue du Conseil des ministres, ce mercredi. Pour ce qui concerne le reste du pays, l’assistance débutera courant mai, a ajouté le ministre. Quant aux familles qui bénéficient déjà des « filets sociaux » dans le cadre du Programme social du gouvernement, elles ne sont pas concernées par le fonds de solidarité Covid-19, a précisé le ministre.

• Couvre-feu légèrement assoupli en Mauritanie

En Mauritanie, dès ce vendredi, premier jour du ramadan, le couvre-feu commencera à 21h, et non plus 18h. En revanche, il se terminera toujours à 6h du matin. Mais le mois de jeûne n’occasionnera pas d’autres changements dans les mesures prises contre la propagation du coronavirus. Les frontières restent fermées, tout comme les écoles et universités. L’interdiction de circuler entre les régions mauritaniennes est également maintenue. Depuis samedi, le pays ne compte plus de cas positifs déclarés. Parmi les sept cas confirmés, les autorités enregistrent six guérisons et un décès.

• Le sommet du Commonwealth prévu en juin à Kigali reporté

Le 26e sommet du Commonwealth, qui devait se tenir au Rwanda du 22 au 27 juin a été reporté. La nouvelle date n’a pas encore été précisée, mais le sommet sera toujours organisé à Kigali. « Nous attendons avec impatience de pouvoir accueillir la famille du Commonwealth une fois que l’épidémie sera vaincue », a déclaré le président Paul Kagame. Dix mille délégués des 54 pays membres de l’organisation, dont 17 pays africains, des chefs de gouvernement mais également le prince de Galles, étaient attendus pour l’événement. Le Rwanda a pour l’instant prolongé le confinement en vigueur dans le pays jusqu’au 30 avril.

• À Kinshasa, le confinement allégé dans le quartier de la Gombe

En République démocratique du Congo, les mesures de confinement imposées depuis le 4 avril dans le quartier d’affaires de la Gombe, épicentre de l’épidémie dans le pays, ont été levées partiellement ce mercredi. Banques et supermarchés ont pu rouvrir dans la matinée. Mais le quartier, siège du gouvernement et des grandes ambassades, reste pour l’instant isolé du reste de la capitale congolaise.

► À lire ici : Coronavirus en RDC: le déconfinement de la Gombe à Kinshasa a commencé

• Le confinement partiel contourné par les habitants de Nairobi

Au Kenya, la métropole de Nairobi est isolée du reste du territoire national depuis maintenant trois semaines. Marchandises et services essentiels peuvent circuler, mais pas la population. Cet isolement de la capitale n’est cependant pas respecté à 100% : certains habitants empruntent des chemins de sentiers afin de contourner les barrages.

À écouter ici, le reportage de notre correspondant : Kenya: l'inefficacité du confirnement partiel à Nairobi

Par ailleurs, le président Uhuru Kenyatta a confirmé ce mercredi que des personnes placées en quarantaine s’étaient enfuies. Le chef d’État a indiqué que ces personnes étaient identifiées, qu’elles seraient arrêtées et reconduites en isolement.

Mardi soir, une vidéo de ces fuites a fait le tour des réseaux sociaux. Selon la presse locale, ils seraient une cinquantaine à s’être enfuis de leur quarantaine forcée. Au Kenya, environ 400 personnes sont placées dans des centres d’isolement, la plupart pour avoir enfreint le couvre-feu en vigueur. D’autres ont été placés dans ces centres à leur arrivée sur le territoire, avant l’interdiction des vols internationaux.

• Le président de l’Union africaine appelle à le G20 à venir en aide à l’économie africaine

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa, également à la tête de l’Union africaine, estime que la récession touchera « durement » le continent. Lors d’une réunion en visioconférence avec d’autres chefs d’État, il a estimé que les pays du G20 devaient venir en aide aux économies africaines, notamment en suspendant le paiement des intérêts pour les dettes publiques et privées. Il a également demandé que les sanctions économiques imposées au Zimbabwe et au Soudan soient levées pour aider ces pays à affronter l’épidémie.

• En Israël, l’appel à l’aide des ressortissants africains

En Israël, les 31 000 ressortissants de la Corne de l’Afrique sont touchés de plein fouet par la crise économique qui sévit dans le pays depuis le début de la pandémie mondiale de coronavirus. Nombre d’entre eux ont perdu leur poste alors que le chômage est passé de 4% à 25% en quelques semaines, et leur statut légal précaire les prive de tous les dispositifs d’aide.

Ce mercredi, certains sont venus manifester devant le Parlement. Ils demandent le remboursement d’une somme prélevée tous les mois sur leur salaire par le gouvernement afin de les inciter à quitter le pays.

À lire ici : Coronavirus: en Israël, les ressortissants de la Corne de l'Afrique réclament de l'aide

• À Madagascar, inquiétudes sur le remède miracle du président

Trois grandes villes de Madagascar ont commencé à sortir du confinement depuis le début de cette semaine. Les élèves de 3e et de terminale ont repris les cours ce matin, avec une obligation : prendre la décoction que le chef de l’État présente comme un remède – dont la composition reste secrète – contre le coronavirus. Les déclarations du président soulèvent de plus en plus de scepticisme dans la communauté scientifique. Depuis mardi matin, le communiqué de l’Académie malgache de médecine est relayé en boucle sur les réseaux sociaux. « Devant l’intention de distribuer des médicaments ou des tisanes, l’Académie déclare qu’il s’agit d’un médicament dont les preuves scientifiques n’ont pas été encore élucidées et qui risque de porter préjudice à la santé de la population, en particulier à celle des enfants », peut-on y lire. Cependant, hier, malgré quelques ratés dans la capitale, la distribution a bien eu lieu. Quarante-cinq mille bouteilles de 33cl de la décoction ont été distribuées dans les trois principales villes touchées du pays.

L’air enjoué, levant sa bouteille de Covid-Organics, Alain Ramananzato, le proviseur du Lycée public de Nanisana trinque avec ses élèves de terminale, tous masque au visage et bouteille du fameux remède à la main.

Reportage: le remède miracle du président obligatoire dans les écoles

À lire aussi : «Personne n’a d’éléments prouvant l’efficacité de l’artemisia contre le Covid-19»

• Deux hauts fonctionnaires du ministère de la Santé limogés au Botswana

Dans un communiqué publié ce mercredi, le président du Botswana, Mokgweetsi Masisi, annonce avoir limogé le secrétaire permanent du ministère de la Santé et son adjoint. Aucune précision n’est indiquée sur les raisons de ce limogeage. Au Botswana, vingt cas de coronavirus et un mort ont été enregistrés.

• Le Premier ministre tanzanien demande à la population de faire confiance au gouvernement

Le Premier ministre Kassim Majaliwa demande aux Tanzaniens de faire confiance au gouvernement et aux experts du monde médical dans la lutte contre le Covid-19. « Je comprends que certains de nos concitoyens souhaitent que plus de mesures soient mises en œuvre pour faire face à la maladie », a-t-il déclaré lors de grandes prières inter-religieuses organisées à Dar es Salaam ce mercredi.

« C’est important qu’ils comprennent que chaque mesure a ses avantages et inconvénients. Et le gouvernement continue d’évaluer toutes les possibilités », a ajouté le chef du gouvernement.

En Tanzanie, certaines voix s’élèvent en faveur de mesures plus strictes, notamment pour un confinement de la capitale économique Dar es Salaam. Pour l’instant, aucune restriction de mouvement n’a été mise en place par le gouvernement. Le président John Magufuli a appelé en fin de semaine dernière la population à prier pour endiguer l’épidémie de coronavirus dans le pays. Et si le chef d’État demande aux Tanzaniens d’éviter les rassemblements non nécessaires, il les encourage à continuer à travailler. « Le coronavirus n’est pas et ne devrait pas être une raison d’arrêter le travail. Les agriculteurs doivent mettre à profit les pluies actuelles, le secteur industriel doit continuer à produire et je ne vois pas les projets de développement s’arrêter », a-t-il déclaré.

• Selon la Banque mondiale, les transferts de fonds vers l’Afrique pourraient chuter de 11 milliards de dollars

La Banque mondiale prévoit une chute considérable des envois d’argent des travailleurs émigrés africains vers leurs pays d’origine. En Afrique subsaharienne, les envois passeraient de 48 milliards de dollars en 2019 à 37 milliards en 2020, soit une baisse de 23,1%. En cause : l’impact de la crise économique mondiale liée au coronavirus qui affecte largement les diasporas.

• Plus de 50 000 personnes arrêtées au Maroc depuis le début du confinement

Au Maroc, depuis la déclaration de l’état d’urgence sanitaire mi-mars, 53 413 personnes ont été interpellées en flagrant délit de violations des mesures d’urgence, selon la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN). Parmi elles, plus de 28 000 ont été déférées devant le parquet après leur placement en garde à vue. Les sanctions encourues peuvent aller jusqu’à trois mois de prison et 1 300 dirhams d’amende (environ 120 euros).

• Le confinement est prolongé au Lesotho

Le confinement, qui devait prendre fin ce mardi au Lesotho, est prolongé pour deux semaines supplémentaires. Il se terminera donc le 5 mai. Le Premier ministre Thomas Thabane a déclaré que cette prolongation donnera le temps au gouvernement d’acquérir les équipements de soins nécessaires, comme les appareils respiratoires et les vêtements de protection pour les soignants. Selon le chef du gouvernement, cette période permettra également de mener une campagne de dépistage massive dans les hôpitaux et les zones les plus à risque.

• Au Nigeria, l’État de Borno entre aujourd’hui en confinement

Le gouverneur de l’État de Borno, dans le nord-est du Nigeria, a décrété la mise en place d’un confinement d’une durée de deux semaines afin de limiter la propagation du coronavirus sur le territoire. Les entreprises sont fermées à compter de ce mercredi, seuls les services essentiels continuent d’être assurés. Ce week-end, un infirmier nigérian de Médecins sans frontières (MSF) est décédé du Covid-19. C’était le premier cas confirmé de l’État de Borno, région ravagée par dix ans de lutte contre le groupe terroriste Boko Haram.

Les gouverneurs de 19 États nigérians du nord-est du pays ont également annoncé ce mercredi la fermeture des écoles coraniques sur leurs territoires. Neuf millions d’enfants sont concernés par cette mesure.

• Ces ministres qui ne respectent pas le confinement

En Afrique du Sud, la ministre de la Communication, Stella Ndabeni, a plaidé coupable au non-respect du confinement et a écopé d’une amende de 1 000 rands (environ 49 euros). Elle avait été prise en photo au cours d’un déjeuner chez un ancien collègue au début du mois, alors que le confinement était déjà en vigueur dans le pays. Elle avait été convoqué par le président Cyril Ramaphosa et suspendue de ses fonctions pour une durée de deux mois.

Au Lesotho, c’est une vidéo du ministre de la Police, Lehlohonolo Moramotse, qui est devenue virale sur les réseaux sociaux. Sur les images, on peut voir le ministre acheter de l’alcool, alors que cet achat est interdit dans le royaume depuis le début du confinement. Arrêté par les forces de l’ordre lundi pour ne pas s’être présenté à une injonction de la justice, il a finalement été libéré ce mardi.

• À Lomé, des ingénieurs travaillent sur un prototype d’appareil respiratoire

Il aura fallu seulement deux semaines à quatre jeunes ingénieurs venus de différentes entreprises du pays pour concevoir un prototype d’appareil respiratoire. « On s’est inspiré du travail manuel que les réanimateurs font, et nous nous sommes dit : pourquoi ne pas automatiser ce principe. Et donc on a utilisé nos compétences en fabrication numérique, notamment par l’utilisation de découpeuses laser, de l’impression 3D, de l’usinage », explique l’un de ces ingénieurs. Le prototype a encore besoin d’être approuvé par le corps médical togolais pour pouvoir être mis en circulation.

► À écouter ici : Togo/Covid-19: un appareil respiratoire fabriqué par des ingénieurs de l’université de Lomé

• Trois migrants de retour en Sierra Leone chantent contre le coronavirus

Des bénévoles du projet « Migrants as Messengers », lancé par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) ont produit et écrit la chanson « Coronavirus is Real », chantée par trois migrants de retour en Sierra Leone. Objectif : sensibiliser leurs communautés sur les dangers liés au coronavirus et informer sur les gestes barrières.

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