Recrudescence des crimes environnementaux à Madagascar

La forêt de Masoala, dans le nord-est du pays est la plus grande aire protégée du pays. Elle a été pillée pour son bois de rose.
La forêt de Masoala, dans le nord-est du pays est la plus grande aire protégée du pays. Elle a été pillée pour son bois de rose. Laetitia Bezain/RFI

Depuis la mise en place de l'état d'urgence sanitaire il y a un peu plus d'un mois en raison du Covid-19, la criminalité environnementale s'est intensifiée, notamment dans les forêts et aires protégées. Un constat des organisations de la société civile et du ministère de l'Environnement. L'Alliance Voahary Gasy qui regroupe les organisations œuvrant pour la protection de la biodiversité a publié un communiqué mardi 28 avril pour alerter sur ce phénomène.

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Avec notre correspondante à Antananarivo,

Charbonnage, cultures de céréales, de cannabis ou encore extraction minière dans les aires protégées, coupe et trafic de bois précieux, vente de tortues en danger d'extinction... La Grande Ile souffrait déjà des ces fléaux, mais ils se sont intensifiés depuis la crise (sociale et économique) provoquée par la pandémie de Covid-19. Un phénomène qui se constate sur presque tout le territoire, indique la ministre de l'Environnement et du Développement durable, Baomiavotse Raharinirina.

« Il y a énormément de gens qui sont dans une grande précarité économique et donc il y a une recrudescence des actes de criminalité environnementale. Il y a plus de 75 % de population rurale et ces personnes accèdent facilement ou directement aux ressources qui sont disponibles à proximité et donc ils vont directement vers les forêts, les parcs, les aires protégées. Tout récemment on a eu pas mal d'intrusions dans les aires protégées pour essayer de récolter des plantes suite au lancement du remède Covid-Organics », précise Baomiavotse Raharinirina.

Mais ce n'est pas le seul problème, poursuit le ministre : « En parallèle à ce mouvement, il y a aussi une tentation pour les trafiquants de faire évacuer des stocks de bois précieux qu'ils avaient jusque-là cachés parce qu'interdits. Il a le sentiment que l'Etat va être plus concentré sur la crise sanitaire. On a énormément de tentative d'évacuation du bois de palissandre, d'ébène et bois de rose du côté des régions Boeny et Betsiboka, à l'ouest, vers les Comores. »

Une campagne de tolérance zéro a été lancée au niveau de chaque région pour tenter de freiner ces crimes. Des opérations de déguerpissement ont été menées avec l'aide des forces de l'ordre dans les aires protégées mais « les directions régionales de l'environnement travaillent avec très peu de moyens », explique la ministre de l'Environnement

« Comme dans tous les pays pauvres les gens les plus démunis se retournent toujours vers les ressources naturelles disponibles dès que l'occasion se présente. Mais elles sont encouragées par les trafiquants qui profitent du service minimum de l'administration en ce moment pour piller les ressources naturelles. Le ministère de l'Environnement fait ce qu'il peut avec les moyens qu'il a, mais il faut que la justice suivent aussi après », souligne Ndranto Razakamanarina, le président de l'Alliance Voahary Gasy

Pour cette plateforme qui regroupe une trentaine d'organisations de la société civile impliquées dans la défense de l'environnement, la tolérance zéro n'est pas toujours appliquée par la justice car plusieurs trafiquants se sont révélés être des fonctionnaires ou des personnalités locales influentes, poursuit Ndranto Razakamanarina.

« Il y a ceux pris en flagrants délits qui disent connaître des gens en haut lieu. Il y a les fonctionnaires corrompus et il y a aussi ceux qui font des trafics. Par exemple, ce greffier de justice et vendeur de tortues protégées appréhendé au mois de mars. La sentence qu'il a eue n'a pas été la même que ses prédécesseurs, c'est-à-dire une sanction d'emprisonnement. Il faut donner l'exemple et c'est ça la tolérance zéro : une application de la loi égale pour tous. »

En plus de ses enquêteurs et informateurs sur le terrain, la plateforme a mis en place un numéro vert, le 512, qui permet aux citoyens de dénoncer les crimes environnementaux. 120 personnes ont été poursuivies pour crime environnemental depuis le début de l'état d'urgence sanitaire précise le ministère de l'Environnement.

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