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Série

La RDC, géant de l'Afrique centrale, face au défi du coronavirus

Un employé du ministère congolais de la Santé s'apprête à effectuer un test de dépistage du Covid-19 à Goma, dans l'est de la RDC, le 31 mars 2020.
Un employé du ministère congolais de la Santé s'apprête à effectuer un test de dépistage du Covid-19 à Goma, dans l'est de la RDC, le 31 mars 2020. ALEXIS HUGUET / AFP
8 min

La pandémie de coronavirus continue de sévir en République démocratique du Congo (RDC). Partie de Kinshasa, la capitale, elle touche maintenant sept provinces du pays. Retour sur la gestion, souvent critiquée, de cette épidémie, entre décisions controversées et difficultés logistiques.

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Un début chaotique

Tout a commencé par une communication pour le moins chaotique. Le 10 mars 2020, le docteur Eteni Longondo, ministre de la Santé, annonce la confirmation d’un premier cas positif au coronavirus à Kinshasa. Dans sa première communication, il affirme que c’est un homme, un Belge arrivé deux jours plus tôt dans la capitale congolaise. Quelques heures plus tard, le ministre convoque les journalistes pour une conférence de presse d’urgence. Il revient sur sa première déclaration, en particulier sur la nationalité du patient. Il précise que ce premier malade est, en réalité,  un Congolais résidant en France. Tollé sur les réseaux sociaux. Les internautes s’en prennent au ministre et dénoncent une gestion peu professionnelle du début de la crise, alors que dès le 27 février l’Organisation mondiale de la santé (OMS) mentionnait la République démocratique du Congo parmi les 13 pays africains « prioritaires » à risque de contamination par l’épidémie de coronavirus. Le déficit de confiance se creuse davantage quand les vidéos de ce premier malade circulent. On le voit se plaindre sur sa prise en charge médicale et les conditions dans lesquelles il est isolé. C’est dans ce contexte que la RDC est entrée dans le cercle des premiers pays africains contaminés. 

Les premières décisions 

Petit-à-petit les chiffres grimpent. Un peu plus d’une semaine après la déclaration officielle de l’épidémie, les premières mesures tombent : tous les vols en provenance des pays à risque et des pays de transit sont interdits, seuls les avions et les navires cargos et autres moyens de transport de frets sont autorisés à accéder au territoire national et leurs personnels soumis aux contrôles. Le président de la République, Félix Tshisekedi, décide d’interdire tous les rassemblements, réunions, célébrations, de plus de 20 personnes sur les lieux publics en dehors du domicile familial, de la fermeture des écoles, des universités, des instituts supérieurs officiels et privés sur l’ensemble du territoire national pour une durée de quatre semaines. Tous les rassemblements religieux sont également interdits, de même que les activités sportives dans les stades et autres lieux de regroupement sportif. Le chef de l’État interdit également, toujours jusqu’à nouvel ordre, l’ouverture des discothèques, bars, cafés, terrasses et restaurants. Même l’organisation des deuils dans les salles et les domiciles sont prohibés. Les dépouilles mortelles seront désormais conduites directement de la morgue jusqu’au lieu d’inhumation et en présence d'un nombre restreint d’accompagnateurs.

« Il est évident que les mesures qui suivront vont consister à freiner la propagation du virus », déclare Félix Tshisekedi dans une allocution télévisée.

Pour organiser la réponse contre cette maladie, il met en place au sein de son cabinet une « task force », qui a pour mission de le tenir informé de l’évolution de la situation et de la collaboration entre la commission multisectorielle du gouvernement et la cellule de riposte au Covid-19, pilotée par le virologue Jean-Jacques Muyembe Tanfum.

En dépit de ces efforts de coordination, l’épidémie ne fléchit pas, bien au contraire. Face à ce risque grandissant, le Sénat et l'Assemblée nationale suspendent leurs plénières.

L’état d’urgence

Finalement, le 24 mars 2020 Félix Tshisekedi décrète l’état d’urgence. Il renforce les mesures précédemment prises et annonce l’interdiction de tous les voyages de Kinshasa vers les provinces et des provinces vers Kinshasa sauf pour les avions cargo. Et toutes les frontières du pays sont fermées.

« Bien obligé, je réquisitionnerai les unités de la police nationale congolaise et celles de nos forces armées afin d’organiser des patrouilles mixtes pour faire respecter ces mesures, pour le bien de tous. J’en appelle une fois de plus à l’union sacrée de la Nation, car c’est ensemble que nous nous en sortirons (…) Et, dans une période d’épreuves et d’incertitudes comme celle que nous traversons, il est nécessaire que chacun soit appelé à prendre au sérieux cette pandémie et à observer toutes les mesures décidées », dit-il dans son allocution.

Conscient des difficultés de son gouvernement à répondre efficacement à la pandémie, Félix Tshisekedi lance le même jour un appel à la solidarité nationale de tous les opérateurs économiques ainsi que d’autres pays et organismes « qui conduira à la mise en place d’un Fonds national de solidarité contre le coronavirus (FNSCC) qui restera ouvert à tous les potentiels bienfaiteurs ».

« Le gouvernement se doit de fournir beaucoup d’effort pour ne pas déraper et rester dans le cadre convenu avec le FMI. Avec l’arrivée malheureuse du Covid-19, nous devons bien tenir parce que la situation qui prévaut à l’extérieur a déjà des conséquences dans notre pays. Nous allons parler avec le FMI et d’autres partenaires pour apprécier ensemble les conséquences de cette situation sur notre économie, sur notre capacité de production et notre capacité financière », avait précédemment expliqué Mayo Mambeke, vice-Premier ministre et ministre du Budget. Ce à quoi l’opposition répond par un appel à imposer une diète rigoureuse aux institutions. Dans une déclaration commune, dans le cadre de la coalition d'opposition Lamuka, ses leaders, Moïse Katumbi, Jean-Pierre Bemba, Martin Fayulu et Adolphe Muzito, insistent sur la réduction du train de vie des institutions pour renforcer les capacités de la riposte contre le coronavirus.

Entre temps, les cas se multiplient à Kinshasa, principalement à Gombe. Le centre d’affaires de la capitale est considéré comme l’épicentre de l’épidémie.

Un confinement intermittent

Le 26 mars, le gouverneur de Kinshasa, Gentiny Ngobila, annonce des mesures d’isolement de la capitale. Sa proposition est difficile à mettre en œuvre : selon lui, ce confinement doit se faire de manière intermittente pendant trois semaines. Il devrait prendre effet à dater du samedi 28 mars 2020 et se prolonger le dimanche, lundi et mardi 31 mars. Les mercredi 1er et jeudi 2 avril, les Kinois devraient être autorisés à circuler afin de s’approvisionner. Un rythme quasiment impossible à tenir face à une population d’environ 15 millions d’habitants, vivant dans la précarité. Rapidement, le premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba réunit un comité de crise et la décision est annulée. De concert avec les autorités, le gouverneur de Kinshasa va finalement décider de ne confiner que la Gombe pendant 14 jours.

L’épidémie dans les institutions

Alors que les provinces de l’Est du pays commencent à notifier leurs premiers cas, à Kinshasa l’épidémie se développe également dans les hautes sphères du pouvoir. Fin mars, la ministre ministre de l’Économie, Acacia Bandubola, est déclarée positive au Covid-19. Quelques jours plus tard, elle perd coup sur coup deux membres de sa famille. Panique au sein du gouvernement. Les réunions du conseil des ministres sont suspendues. Tous les ministres envahissent les locaux de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) pour se faire dépister. L’immeuble du gouvernement est désinfecté complètement. Pagaille aussi à la présidence de la République. Certains membres du cabinet sont contaminés. Le 27 mars, la présidence annonce que Jack Ilunga Mwila, un des chargés de mission de Félix Tshisekedi est décédé des suites du Covid-19. Un jour plus tard, Vidiye Tshimanga, conseiller spécial de Félix Tshisekedi sur les questions stratégiques, et président du parti politique Congo Dynamique Uni (DCU), témoigne publiquement de sa maladie qui va toucher aussi la propre famille biologique du président de la République. Mgr Gérard Mulumba, chef de la maison civile et oncle de Félix Tshisekedi, meurt du virus le 15 avril.

Les défis…

Depuis le début de l’épidémie déclarée le 10 mars 2020, le cumul des cas confirmés est de 1 242. Au total, il y a eu 50 décès et 157 personnes guéries. Kinshasa reste la province la plus touchée avec plus de 1 100 cas. Le Kongo central, le Haut-Katanga, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Ituri et le Kwilu sont les provinces qui ont également enregistré des cas.

La plus grande difficulté aujourd’hui reste la capacité à diagnostiquer. À ce stade, tous les échantillons du pays sont acheminés à Kinshasa. L’INRB est passé, cette semaine, à une moyenne de 400 tests par jour et les résultats, au pire, peuvent prendre deux jours avant d’être connus. L’équipe de riposte envisage de déployer, dès ce mois de mai, un dispositif capable d'exploiter les mêmes matériels que ceux utilisés pendant l’épidémie de la maladie à virus Ebola. Elle dit attendre l’arrivée des réactifs.

Face à l’impossibilité d’imposer un confinement total de la ville de Kinshasa, un centre d’isolement des cas jugés bénins ou asymptomatiques est en train d’être érigé avec une capacité d’accueil de 300 personnes. L’objectif pour l’équipe de riposte est d’éviter au maximum de saturer les hôpitaux qui ont déjà une capacité d’accueil très réduite, le tout dans une ville qui ne compte qu’une centaine de respirateurs. L’autre défi, c’est de limiter au maximum les déplacements entre agglomérations. Malgré l’interdiction de voyage des passagers, au moins 3 000 personnes circulent entre Kinshasa et la province du Kongo central chaque jour, d’après les sources de l’hôtel de ville de Kinshasa. L’autre grande crainte aussi, c’est la propagation de l’épidémie dans les milieux carcéraux. Près de 200 cas ont déjà était recensés dans la prison de militaire de Ndolo. Le gouvernement a décidé d’accorder à certains détenus soit une liberté conditionnelle soit une liberté provisoire. Des listes sont en train d’être confectionnées.

Entre temps, le pays est confronté à d’autres problèmes sanitaires dont la pire épidémie au monde rougeole et l’épidémie de la maladie à virus Ebola à Beni, dans la province du Nord-Kivu.

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