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Série

Au Maghreb, des mesures précoces pour contenir la propagation du coronavirus

Un employé du ministère marocain de la Santé désinfecte une rue de la capitale Rabat, le 22 mars 2020.
Un employé du ministère marocain de la Santé désinfecte une rue de la capitale Rabat, le 22 mars 2020. FADEL SENNA / AFP

L'Algérie, le Maroc et la Tunisie ont réagi tôt à l’arrivée du Covid-19 sur leur sol, en provenance de pays européens.

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Les mesures prises au Maghreb ces derniers mois ont permis de limiter l’impact de la maladie, mais le Maroc et l’Algérie font tout de même partie des pays les plus touchés sur le continent africain, derrière l’Afrique du Sud et l’Égypte. La Tunisie, elle, n’a pas enregistré de nouveau cas depuis le début de cette semaine. Les trois pays anticipent désormais les conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire.

En Algérie, un taux de mortalité élevé

Avec plus de 6 000 cas de coronavirus recensés, l’Algérie est aujourd’hui le 4e pays le plus touché d’Afrique.

Le premier cas y est confirmé dès la fin du mois de février. L’annonce est faite à la télévision nationale par le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid. Le malade – un ressortissant italien arrivé sur le sol algérien une semaine plus tôt – est placé en quarantaine. Quelques jours plus tard, au début du mois de mars, d’autres cas sont confirmés dans la wilaya (préfecture) de Blida, qui deviendra le principal foyer de la maladie. Seize membres d’une même famille sont contaminés. Tous les premiers cas sont importés d’Europe.

Outre la fermeture des établissements scolaires et universitaires, la suspension des vols de la compagnie Air Algérie en provenance et à destination d’Espagne, d’Italie, de France et du Maroc figure donc parmi les premières mesures adoptées par l’Algérie mi-mars. Toutes les frontières terrestres sont ensuite fermées, et les vols de transport de passagers suspendus. Le pays annule les événements sportifs et impose la fermeture des restaurants, cafés et salles des fêtes. Des mesures de confinement sont instaurées : total pour la wilaya de Blida et partiel pour toutes les autres régions. Le confinement est en vigueur jusqu’au 29 mai, après la fin du ramadan. De nombreux commerces, rouverts au début du mois de jeûne, ont dû être de nouveau fermés, en raison du non-respect de la distanciation.

Avec 536 décès pour 6 629 cas confirmés en date du 15 mai, l’Algérie affiche un taux de mortalité lié au coronavirus élevé (environ 8 %). Les mesures pour contrôler la propagation de la maladie sont essentielles pour compenser les carences du système de santé publique. Très tôt, les médecins se plaignent du manque d’équipements dans les hôpitaux, de lits en réanimation et de moyens de diagnostic. Fin mars, le personnel d’un établissement de Blida organise un sit-in pour dénoncer le manque de protections pour les soignants, suite au décès d’un ambulancier.

La crise sanitaire a par ailleurs un impact sur le mouvement de contestation né en février 2019, qui a entraîné la démission de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. Dans le cadre des mesures de lutte contre le coronavirus, tous les rassemblements et marches sont interdits par le pouvoir algérien. Par conséquent, et par mesure de sécurité dans ce contexte sanitaire, les manifestants du Hirak décident de suspendre leurs manifestations hebdomadaires. Depuis le vendredi 20 mars, qui aurait dû être le 57e, les Algériens ne descendent plus dans les rues comme ils le faisaient depuis plus d’un an pour réclamer un changement du système en place. En revanche, les arrestations n’ont pas cessé. Des organisations de la société civile accusent le pouvoir de vouloir procéder à une reprise en main pendant cette trêve sanitaire.

Autre domaine dans lequel le coronavirus a un impact : l’économie, qui traversait déjà une période délicate avant le début de la crise sanitaire. Des difficultés accentuées par la chute des cours du pétrole et du gaz, puisque les hydrocarbures représentent plus de 90 % des exportations algériennes. Pour prendre en compte cette diminution brutale, les autorités algériennes décident, au début du mois de mai, de réduire de 50 % le budget de fonctionnement de l’État pour l’année 2020. Dans le même temps, craignant une crise socio-économique, elles promettent une hausse de 11 % du revenu minimum mensuel à partir du mois de juin.

Au Maroc, des mesures et des contrôles stricts

Avec 6 623 cas confirmés dont 190 décès (chiffres du 14 mai), le Maroc est le 3e pays le plus touché du continent africain. Le premier cas confirmé de coronavirus, en provenance d’Italie, arrive début mars. Le royaume prend alors rapidement des mesures strictes contre la propagation de la maladie.

Seuls 7 cas sont détectés sur son sol lorsqu’il décide, mi-mars, de fermer ses frontières terrestres. Il suspend ses liaisons aériennes et maritimes vers la France et l’Espagne, avant d’étendre la mesure à tous les vols internationaux, puis intérieurs. Les écoles sont fermées (elles le resteront jusqu’en septembre), ainsi que les lieux culturels, sportifs, restaurants, commerces non essentiels et mosquées. Un confinement est mis en place le 20 mars. Depuis le début du mois du ramadan, il est assorti d’un couvre-feu nocturne entre 19 h et 5 h du matin. Lundi 18 mai, le Premier ministre doit présenter un plan de déconfinement au Parlement, deux jours avant l’échéance de l’état d’urgence sanitaire.

Dans certains quartiers pauvres des grandes villes, le confinement est difficile à appliquer. Des incidents sont notamment signalés à Tanger, Fès ou Tétouan. Pour faire respecter les mesures prises, le Maroc déploie les forces de l’ordre en grand nombre. En cas de non-respect, les Marocains s’exposent à une peine d’un à trois mois de prison, ainsi qu’à une amende équivalent à 115 euros. Jusqu’à la fin du mois dernier, les autorités marocaines rendaient public le nombre d’interpellations. Le 30 avril, 85 000 avaient été comptabilisées.

Autre mesure rendue obligatoire par le Maroc dans sa lutte contre le coronavirus : le port du masque. Depuis le 7 avril, les Marocains ne peuvent plus sortir sans en porter un. Les usines de textile du pays sont mises à contribution et modifient leurs activités habituelles pour se concentrer sur leur fabrication. Selon les chiffres du ministère de l’Industrie, une trentaine d’entreprises en produisent 7 millions par jour.

Si une partie de l’industrie textile a donc pu poursuivre ou reprendre une activité, ce n’est pas le cas pour tous les secteurs. Conséquence de la crise sanitaire, des centaines de milliers de salariés sont temporairement en arrêt de travail. Le gouvernement marocain promet des compensations. Il y a quelques jours, le comité de veille économique du Maroc annonçait qu’une indemnité de 190 euros serait versée à 950 000 salariés, pour le mois d’avril. Les entreprises en difficulté pourront aussi bénéficier de financements pour relancer leur activité. Enfin, une aide directe a été versée à 3,7 millions de familles qui tirent leur revenu du secteur informel, selon ce même comité. Ces aides viennent d’un fonds spécial d’urgence de près de 3 milliards d’euros, créé sous l’impulsion du roi Mohammed VI.

► À lire aussi : Covid-19 au Maroc: masques, médicaments et filet de protection sociale

Tunisie : la fin des contaminations ?

La Tunisie comptabilise 1 032 cas confirmés de coronavirus, dont 45 décès. Elle n’en a pas enregistré de nouveau depuis le début de la semaine. Ce n’était pas arrivé depuis la confirmation du premier cas sur le sol tunisien, le 2 mars dernier. Comme dans les pays voisins, le patient zéro arrive d’Europe (d’Italie) par bateau.

La crise sanitaire débute quelques jours seulement après l’entrée en fonction du nouveau gouvernement tunisien dirigé par Elyes Fakhfakh, le 28 février. La Tunisie prend des mesures strictes de façon précoce pour enrayer la propagation de la maladie, et tenter de ne pas saturer un système de santé fragile.

Les premières mesures entrent en vigueur mi-mars, quand moins d’une vingtaine de cas sont recensés : fermeture des espaces aérien et maritime, des écoles (qui ne rouvriront pas avant septembre, sauf pour les élèves qui passent leur bac), des lieux de culte et des commerces non essentiels. Un couvre-feu nocturne est instauré, puis un confinement général. Les rassemblements sont limités à 3 personnes dans l’espace public. Le 9 avril, le gouvernement tunisien durcit encore les mesures, en interdisant les déplacements entre wilayas. Les contrevenants s’exposent désormais à des amendes.

Mais depuis le 4 mai, en raison du ralentissement de la propagation du virus, le confinement est progressivement allégé. Le couvre-feu est désormais en vigueur de 23 h à 5 h du matin. Les supermarchés et souks ont pu rouvrir ce vendredi. Cafés et mosquées devraient leur emboiter le pas le 24 mai.

Les autorités appellent toutefois les Tunisiens à rester vigilants et à continuer de respecter les mesures d’hygiène, de distanciation physique et de port du masque. « Il se pourrait que demain il y ait un retour des cas », indiquait le ministre tunisien de la Santé, Abdellatif Mekki, il y a quelques jours.

Après des semaines de ralentissement, voire de paralysie de secteurs d’activité entiers, la Tunisie entend relancer l’économie, d’autant que le pays traverse une crise économique et sociale depuis plusieurs années. Le rebond que connaissait le tourisme – secteur clé pour l’économie tunisienne – après des années moroses, a notamment été enrayé par la crise sanitaire.

Le gouvernement a d’ores et déjà annoncé des mesures de soutien aux entreprises, mais aussi pour certains foyers, comme par exemple un report des remboursements de crédits, et la garantie que ni l’eau ni l’électricité ne seront coupés en cas d’impayés.

Le Premier ministre Elyes Fakhfakh prévient que son pays aura besoin de 5 milliards d’euros pour boucler son budget cette année. Fin mars, l’Union européenne a annoncé un don de 250 millions d’euros, et le FMI un prêt d’urgence de 745 millions de dollars. La Tunisie pourrait connaître cette année sa pire récession depuis l’indépendance en 1956.

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