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Le Niger rejette des accusations d'exactions portées contre ses soldats

Des soldats nigériens patrouillent aux alentours de Bosso, dans la région de Diffa, le 25 mai 2015.
Des soldats nigériens patrouillent aux alentours de Bosso, dans la région de Diffa, le 25 mai 2015. ISSOUF SANOGO / AFP
Texte par : RFI Suivre
4 min

Les forces armées nigériennes sont depuis plusieurs semaines accusées d’avoir commis des exactions au cours d'opérations antiterroristes au Mali, autour de Diffa,  et surtout au Niger, dans la zone d’Inatès. Dans cette dernière zone, les autorités assurent que ces allégations « n’ont aucun fondement ».

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Dans un document publié mercredi 10 juin, le ministère nigérien des Affaires étrangères détaille la conclusion de ses enquêtes sur ces supposées exécutions extra-judiciaires qui auraient eu lieu au Mali, autour de Diffa, et surtout dans la zone d’Inatès. Dans cette région, les autorités assurent que les allégations de violation des droits de l’homme par les forces armées nigériennes « n’ont aucun fondement ».

Ainsi, le ministère des Affaires étrangères rejette ces accusations en bloc. Pour rappel, dans cette zone d’Inatès, 102 civils sont portés disparus depuis fin mars-début avril. Des autorités locales ont recensé leurs identités puis ont remis aux autorités régionales et nationales la liste de ces disparus. Il s’agirait, pour beaucoup, de Touaregs.

► À lire aussi: Sahel: au moins 200 civils victimes d'exactions entre février et avril selon Amnesty

Que sont-ils devenus ? Selon plusieurs sources, ils auraient été tués avant d’être enterrés dans des fosses communes. Les forces armées nigériennes qui opèrent dans la zone sont, depuis lors, soupçonnées d’avoir procédé à ces tueries.

Une enquête et « aucune preuve tangible »

Au vu de la gravité de ces accusations, les autorités nigériennes ont donc diligenté une enquête confiée à l’Inspection générale des armées et à la gendarmerie. « Aucune preuve tangible et irréfutable n’a été apporté ni par les plaignants, ni par les soi-disant témoins oculaires pour justifier les allégations à l’encontre des éléments militaires opérant dans la zone », ont-elles conclu.

Quant aux photos qui circulent sur les réseaux sociaux, le ministère indique qu’« elles ne mettent en évidence aucune présence de militaires des forces armées nigériennes, dans la zone, au moment des faits reprochés aux soldats ».

Pour les autorités nigériennes, les groupes armés terroristes tenteraient de semer la confusion car certains éléments de ces groupes revêtiraient les treillis des Forces de défense et de sécurité (FDS), comme ces dernières l’auraient constaté lors de récents accrochages. Par ailleurs, ils utiliseraient aussi des véhicules militaires dérobés lors des attaques.

Le ministère ajoute enfin que « toutes les troupes sont bien formées et sensibilisées sur les questions du droit international humanitaire. Il va même jusqu'à conclure que « l’armée nigérienne est reconnue pour être parmi les armées africaines les plus respectueuses du droit international humanitaire ».

La Commission nationale des droits de l’homme au Niger (CNDH) s’est rendue dans cette zone d’Inates et doit, elle aussi, rendre prochainement un rapport sur ces accusations d’exactions.

Scepticisme chez les ONG

Au sein d'Amnesty International, qui a récemment publié un rapport sur le sujet, on se dit surpris de la réponse des autorités nigériennes. « Nous sommes très étonnés que les autorités nigériennes répondent déjà et disent que les forces armées ne sont pas responsable, alors que la Commission nationale des droits de l’homme est en train de mener des enquêtes sur ces disparitions et aurait procéder à des auditions de témoins au mois d’avril », s’étonne Ousmane Diallo, chercheur à Amnesty au bureau de Dakar.

« Les raisons et les justifications données par les autorités pour expliquer la disparition de ces personnes sont assez surprenantes, puisqu’ils semblent insinuer que des groupes armés actifs dans la région auraient pu porter des uniformes militaires pour procéder à ces arrestations. En un sens, ils disent qu’ils n’ont pas trouvé de corps dans les fosses communes alléguées mais en même temps semblent insinuer que des groupes armés ont pu être responsables de ces exactions-là. Si on suit leur logique, et que ce sont des groupes armés qui sont responsables, il est important que les autorités enquêtent sur cela et favorisent le respect du cadre normatif des droits humains et du droit international humanitaire. »

Du côté du gouvernement, le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération, de l’Intégration africaine et des Nigériens à l’extérieur, Kalla Ankourao précise les réfutations du gouvernement. S'agissant de Diffa, il affirme que les forces armées nigériennes n'étaient pas présentes là où l'on prétend qu'elles auraient commis des exactions. Et s'agissant d'Inates, il dit que le Niger est ouvert à ce que des ONG internationales puissent vérifier la version des autorités.

Ce sont des faits : quand vous avez des gens qui ont des desseins inavoués, ils disent "ce sont des éléments de l’armée". Mais prouvez-le ! C’est nous qui avons demandé à la Commission des droits de l’homme d’aller enquêter mais de donner la preuve. L’un dans l’autre, si les ONG internationales veulent venir mener leur propre enquête, nous sommes ouverts. Il n’y a aucun problème.

Kalla Ankourao

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