Libye: l'ANL bombarde une base stratégique aux mains du GNA et des Turcs

Un membre de l'Armée nationale libyenne (ANL), commandée par Khalifa Haftar, pointe son arme sur l'image du président turc Tayyip Erdogan accrochée à un véhicule blindé militaire turc.
Un membre de l'Armée nationale libyenne (ANL), commandée par Khalifa Haftar, pointe son arme sur l'image du président turc Tayyip Erdogan accrochée à un véhicule blindé militaire turc. REUTERS/Esam Omran Al-Fetori

En Libye, la base aérienne stratégique Al-Witya a été visée, dimanche 5 juillet, par une série de neuf frappes aériennes de l’Armée nationale libyenne (ANL). Ce développement intervient moins de 24 heures après les déclarations victorieuses de Hulusi Akar, le ministre turc de la Défense, lancées depuis Tripoli et dans lesquelles il affirme que « la Turquie ne quittera plus jamais la Libye ».

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C'est sans doute le développement militaire le plus important en Libye depuis le retrait des forces de Khalifa Haftar de l’Ouest libyen et de l’établissement des lignes rouges le 6 juin, aux portes de Syrte. La base aérienne stratégique Al-Witya est située à l’ouest du pays, non loin de deux frontières, tunisienne et algérienne. Les frappes menées par l’aviation d'Haftar dimanche 5 juillet ont obligé les forces turques et celles du GNA, le gouvernement dirigé par Fayez el-Sarraj, à se retirer de cette base. Ces frappes ont brisé la situation de calme relatif qui régnait depuis le 6 juin dernier suite à la désignation de la ville de Syrte et de la base d’Al-Joufra comme lignes rouges par Moscou et par Le Caire.

C'est le système de défense anti-aérien Hawk, installé depuis jeudi dernier par les Turcs, mais aussi trois radars de brouillage électronique (de la marque turque Koral) qui ont été mis hors service. Ankara l’a reconnu mais a nié la mort de plusieurs de ses soldats.

Selon l’ANL, dirigée par Khalifa Haftar, les frappes ont été menées par un Mig-29 russe venant de la base d’Al-Joufra, dans le sud. Cet appareil était accompagné d’un drone pour plus de précisons dans les frappes.

Cependant, l’identité de l’avion a fait l’objet de plusieurs affirmations probablement erronées. Pour le GNA et Ankara, c’était un avion « étranger et inconnu », ce qui désigne l’Égypte ; pour d’autres c’était un Rafale français ; mais le porte-parole du ministère de la Défense français a nié aujourd’hui toute implication. Pour d’autres encore, c’était un Mirage appartenant aux Émirats.

Surenchère

En guise de réponse, ce mardi matin, plusieurs quotidiens turcs ont diffusé des cartes militaires venant de la présidence turque et désignant les points de rassemblements des mercenaires russes en Libye. La présidence turque a menacé de frapper la base d’Al-Joufra où se rassemblent des centaines de ces mercenaires. Mohamad Ganono, le porte-parole des forces fidèles au GNA, a promis de son côté une « réponse dure » et a affirmé, sur son compte Twitter, que ces frappes ne sont que « des manoeuvres qui ne changeront en rien notre stratégie pour étendre le pouvoir sur tout le territoire libyen ».

Selon plusieurs observateurs, c’est un message fort envoyé par l’ANL à la Turquie et qui fera entrer le pays dans une nouvelle phase. Cela implique soit un retour à la table de négociations, soit une étape de plus dans la guerre. Un bras de fer semble être engagé également entre les Turcs et les Russes en Libye. Les deux parties continuent à renforcer leurs positions autour de Syrte. Selon une agence de presse turque, Ankara y a déployé un nouveau système de défense anti-aérien, S125, de fabrication ukrainienne.

Ce lundi, Khalifa Haftar, en retrait de la scène politique depuis le mois de mai dernier, a réuni à Benghazi plus d’un millier de ses officiers pour discuter avec eux des « plans militaires pour la prochaine étape », a précisé un porte-parole.

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