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Coronavirus: la détresse des Malgaches bloqués à l'étranger

Mutisme au ministère des Affaires étrangères malgache quant au rapatriement des ressortissants qui désespèrent de pouvoir rentrer dans leur pays. Photo prise le 6 août 2020.
Mutisme au ministère des Affaires étrangères malgache quant au rapatriement des ressortissants qui désespèrent de pouvoir rentrer dans leur pays. Photo prise le 6 août 2020. RFI/Sarah Tétaud
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« Laissez-nous rentrer ! » Ce cri de désespoir, c’est celui de centaines de ressortissants malgaches bloqués à l’étranger depuis la fermeture des frontières de leur Île le 20 mars dernier. Aux incertitudes et à l’attente interminable s’ajoutent désormais, pour beaucoup d’entre eux, des difficultés financières et administratives. Et l’absence d’information de la part des autorités inquiète chaque jour un peu plus les postulants au retour. 

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de notre correspondante à Antananarivo

Dernier SOS en date : une pétition en ligne lancée il y a quelques jours par des Malgaches coincés en Europe, en Asie, en Afrique ou au Moyen-Orient et qui a récolté plus de 1000 signatures. Leurs auteurs interpellent la Présidence de la République en l’implorant de délivrer une autorisation spéciale aux compagnies aériennes susceptibles de rapatrier ces citoyens vers Madagascar.

« On se sent vraiment délaissés comme si on était des apatrides. » Il y a de la tristesse, de l'écœurement et surtout beaucoup de colère chez cette étudiante en dernière année de Master, bloquée en France.  « Ça fait 4-5 mois qu’on est en train de crier, et on ne nous entend pas. Comme si on faisait exprès de ne pas nous entendre. C’est de plus en plus dur pour nous, étudiants, parce que nous commençons à ne plus avoir assez d’argent pour subvenir à nos propres besoins. On a perdu nos emplois, à cause du confinement et nous devenons une charge pour nos parents qui subissent déjà les impacts de la crise économique à Madagascar. »

Situation délicate également, pour ce médecin, en formation dans l’Hexagone, qui aurait dû rentrer à Madagascar début mai. « Familialement, c’est très difficile, parce que j’ai 3 enfants, qui ne m’ont pas vu depuis un an, dont la dernière, que je n’ai pas vu naître et que je n’ai donc encore jamais rencontrée. Et administrativement, c’est compliqué. J’ai un titre de séjour qui a expiré. »

Son titre de séjour a expiré. Impossible désormais de travailler en France. À des milliers de kilomètres de son île, il se sent bien inutile. « Je voudrais aider mon pays, mes compatriotes, mes collègues qui sont actuellement en difficulté face à la recrudescence de l’épidémie et l’augmentation des cas à Madagascar. »

Où est-ce que ça bloque ?

Un millier de personnes se sont manifestées pour demander un rapatriement. « Un chiffre en constante augmentation », confie un responsable au ministère des Affaires étrangères. Pourtant, malgré un communiqué de presse en juin du ministère « assurant de la mise en place dans les meilleurs délais de dispositifs de rapatriement », seuls trois vols ont permis à des Malgaches bloqués à l’étranger de rentrer : en provenance du Koweït, de Maurice et d’Addis Abeba, ils ont été autorisés à transporter quelque 500 ressortissants. Mais aucun vol en provenance d’Europe, où sont concentrés la majorité des prétendants au retour.

« On n’arrive pas à comprendre ce qui bloque. Des gens ont déjà été rapatriés. Pourquoi cette situation n’est pas reproductible en Europe ? En Afrique ? », s’agace le médecin. « Nous sommes prêts à respecter toutes les procédures sanitaires nécessaires, à couvrir toutes les dépenses occasionnées par le rapatriement » rappelle l’étudiante.

Le collectif à l’origine de la pétition dit avoir contacté plusieurs compagnies aériennes. « Ethiopian Airlines et Air France - qui opère plusieurs fois par mois des vols de rapatriement Antananarivo-Paris et qui envoie à vide ses appareils de Paris- sont d’accord pour nous faire voyager. Mais elles n’ont pas les autorisations. C’est aux autorités compétentes à Madagascar de les délivrer, et là, de notre côté, on ne peut plus rien faire », nous explique l’un des responsables du collectif.

Les informations au compte-gouttes des autorités malgaches

Et les autorités, elles, se font bien silencieuses. Et le peu d’informations données, souvent contradictoires, mettent les nerfs à rude épreuve. « Notre seul référent, c’est l’ambassade à Paris. Les échanges se font essentiellement par mail » explique un autre étudiant. « On nous demande de remplir des documents, de réexpliquer sans cesse notre situation, d’envoyer des mails chaque fois à de nouveaux interlocuteurs. Et les informations qu’on obtient ne sont jamais identiques d’une personne à l’autre. Depuis mi-juillet, on n’a plus de nouvelles de notre ambassade. C’est le flou total. Ça génère beaucoup d’angoisse, c’est très déroutant … », confie pour sa part le médecin.

« Nos services travaillent déjà sur les moyens de faire rentrer les ressortissants encore bloqués à l’extérieur, après ceux qui étaient au Koweït et en Afrique » a souligné dans un message adressé à RFI, le ministre des Affaires étrangères, déclinant dans le même temps nos demandes d’interview. « Nos ressortissants à l’étranger savent déjà tout ce qu’ils doivent savoir » a par ailleurs ajouté la personne en charge de la Diaspora au ministère. « Ils en sauront plus au moment voulu », conclut-elle.

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