Madagascar: des syndicats réclament des aides pour les employés du secteur privé

Des syndicats de travailleurs se sont rendus au siège de la CNAPS à Antananarivo vendredi 14 août pour déposer une pétition.
Des syndicats de travailleurs se sont rendus au siège de la CNAPS à Antananarivo vendredi 14 août pour déposer une pétition. Laetitia Bezain/RFI

Alors qu’une mesure de prêt à taux zéro pour venir en aide à ces derniers a été adoptée en conseil des ministres mercredi et sera opérationnelle lundi 17 août, des syndicats et des employés du secteur privé se rassemblés vendredi 14 devant le siège de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNAPS), dans le centre de la capitale, pour contester cette mesure. Selon eux, elle ne fait que précariser un peu plus des travailleurs au chômage technique, sans salaire depuis plusieurs mois et déjà endettés.

Publicité

De notre correspondante à Antananarivo,

Devant le siège de la CNAPS, les syndicats viennent de déposer leur pétition réclamant des aides financières pour les salariés du privé plutôt qu’un prêt. Elle a reçu 10 000 signatures de travailleurs. Parmi eux, Marcel, 40 ans, agent de sécurité, au chômage technique depuis deux mois gagne habituellement 200 000 ariary (45 euros) par mois, le salaire minimum.

« On n’a plus d’argent, plus rien. J’ai déjà beaucoup de dettes à la banque et je ne sais même pas comment je vais les rembourser. Donc je suis contre ce prêt pour les salariés. J’ai vendu tout ce que je possédais pour essayer de m’en sortir. Je n’ai pratiquement plus rien à la maison. Chaque jour, notre pauvreté s’accentue. Il faut que l’État nous aide parce que déjà en temps normal nos salaires ne sont pas suffisants pour faire vivre nos familles, alors imaginez notre situation aujourd’hui », se désole-t-il.

Des fonds à rembourser

À Madagascar, le système de protection sociale ne prévoit pas d'indemnité de chômage. Les travailleurs cotisent pour leur retraite, les allocations familiales et les accidents du travail. La CNAPS ne peut donc pas soutenir directement les salariés en cas de chômage, explique cette dernière. Un argument qui ne convainc pas Léontine Mbolanomena, secrétaire générale de l’Union des syndicats autonomes de Madagascar.

« La CNAPS fait des investissements qui lui rapportent des bénéfices qu’elle peut nous distribuer, à nous travailleurs, comme aides sociales et non pas comme emprunt. Deuxièmement, l’État malgache a déjà donné des subventions à toutes les catégories de personnes sauf pour les travailleurs du secteur privé. Ils n’ont pas été considérés au niveau de leur quartier comme des gens vulnérables donc ils n’ont pas reçu les aides sociales distribuées par l’État aux ménages les plus précaires. Enfin, le Premier ministre, lors de l’une de ces interventions à la télévision nationale, a expliqué que des fonds alloués à la lutte contre le Covid-19 ont servi a payé les salaires des fonctionnaires. Actuellement nous sommes en situation d’exception. Pourquoi l’État ne pourrait-il pas prendre une mesure exceptionnelle en faveur des employés du privé ? Pourquoi endetter encore les travailleurs qui sont déjà très endettés ? »

Lors d’un point de presse qui s'est tenu plus tard dans l’après-midi, le directeur général de la CNAPS Mamy Rakotondraibe a notamment indiqué que les fonds prêtés aux travailleurs sont puisés sur les réserves qui permettent de payer notamment les pensions de retraites. Ces fonds doivent donc être remboursés, a t-il insisté.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail