Reportage

Frontière Nigeria-Bénin fermée: une année difficile pour les camionneurs

Le poste de Sèmè-Kraké s'est vidé à la frontière entre le Bénin et le Nigeria. Il y reste tout de même quelques camions coincés.
Le poste de Sèmè-Kraké s'est vidé à la frontière entre le Bénin et le Nigeria. Il y reste tout de même quelques camions coincés. RFI/Jean-Luc Aplogan
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Cela fait un an que le Nigeria a décidé de fermer ses frontières avec le Bénin et ses voisins pour lutter contre l’insécurité et la contrebande. Plus d’un millier de camionneurs se sont retrouvés bloqués. Beaucoup sont repartis et ont trouvé un autre chemin pour convoyer leurs marchandises.

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Avec notre envoyé spécial à la frontière bénino-nigériane, Jean-Luc Aplogan

Sèmè-Kraké, poste frontalier bénino-nigerian, est la principale porte d’entrée et de sortie des voyageurs, des camions et des marchandises. Le parc de camions à l’intérieur du poste de contrôle juxtaposé n’est plus encombré. Lucien Gohoungo, représentant des camionneurs fait un point statistique : « Il y en avait au moins 700. Un an après, il ne reste plus que 50 camions semi-remorques. Ils ont trouvé un autre chemin. Ils font entrer leurs marchandises par le port »

Au lieu de rester éternellement bloqués, avec un chargement qui pourrit sous le soleil et la pluie et une facture de stationnement qui gonfle, les routiers ont fait le choix de faire entrer leurs marchandises au Nigeria par la mer. C’est ainsi depuis le 7 novembre 2019 : la nouvelle route est maintenant le port de Cotonou.

Des camionneurs restent coincés

Les camionneurs qui trainent encore à la frontière sont ceux qui ont été abandonnés par les propriétaires des marchandises qu’ils transportent, il leur faut de l’argent pour régler les taxes de stationnement…C’est le cas de ce routier : « Voici mon camion. Rien ne va. Je suis ici depuis 9 mois. Je n’ai plus aucun espoir ».

Il passe ses journées sous son camion ou sous une paillote avec ses collègues. Le représentant des camionneurs n’est jamais loin, il nourrit toujours des espoirs pour la réouverture : « On attend, un jour Dieu va rentrer dans leur cœur et la fin va arriver. »

Les commerçants locaux aussi touchés

Même situation compliqué auprès des cambistes où les voyageurs achètent des devises pour leurs affaires. Dans leurs bureaux de fortune, composés de tables, de bancs et de calculette, on y brasse normalement jour et nuit beaucoup d’argent. Mais depuis un an c’est le calme plat, la mévente totale.

Ce cambiste exerce depuis 40 ans à Sèmè-Kraké et ilraconte sa détresse : « Les affaires ne marchent pas du tout. Même pour manger c’est difficile. Regardez, je mange du pain et des arachides. Ce n’est pas ce qui faisait mes repas. Avant tu pouvais faire du change jusqu’à 10 millions par jour, aujourd’hui tu n’atteins même pas 100 000 CFA. »

Hugues Hounga, voisin du vétéran, nous a rejoints à la vue du micro. Il dit vivre la même chose et que le secteur est sérieusement touché : « Tout est paralysé, tout le monde a perdu, énormément d’ailleurs. Beaucoup sont découragés, certains sont à la maison, d’autres ont changé d’activité. »

À proximité de ces bureaux de change, propriétaires d’échoppes, vendeurs de carburant de la contrebande, vendeuse de fruits et légumes se plaignent aussi de la situation.Ils sont tous surpris que le Nigeria maintienne cette décision depuis un an. Et ils ne comprennent pas pourquoi les autorités béninoises sont si discrètes sur le sujet. « Que le président Talon nous dise au moins ce qu’il entreprend dans les coulisses », plaide une vendeuse de tomates et d’ananas.

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