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Madagascar: la société civile dénonce un conflit d'intérêts dans un marché public de matériel informatique

Vue d'Antananarivo, le 4 mai 2016.
Vue d'Antananarivo, le 4 mai 2016. Jabin Botsford/The Washington Post via Getty Images

Sur la facture de la vente d'un matériel informatique au Centre de commandement opérationnel qui lutte contre le Covid-19 se trouve le nom du ministre de l'Intérieur mais aussi celui... de sa femme, directrice commerciale dans l'entreprise qui a fourni ledit matériel. Une enquête est réclamée.

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De notre correspondante à Antananarivo

Le matériel a servi à équiper le Centre de commandement opérationnel de lutte contre le Covid-19, l'institution en charge de coordonner la riposte à l'épidémie. Sur la facture de ces achats, qui a été divulguée sur les réseaux sociaux, se trouve la signature du ministre malgache de l'Intérieur et de la Décentralisation et celle de son épouse, directrice commerciale de l'entreprise informatique qui a vendu ce matériel.

La facture se chiffre à 216 millions d'ariary, soit de près de 50 000 euros pour l'achat, notamment, d'ordinateurs portables, d'écrans plats ou encore de caméras. Le ministre de l'Intérieur, Tianarivelo Razafimahefa, qui est aussi le président du Centre de commandement opérationnel, s'est défendu dans la presse nationale, indiquant qu'il s'agissait d'un don en matériel du Programme des Nations unies pour le développement. « C'est ce partenaire qui a acheté lui-même le matériel là où bon lui semblait », a t-il précisé dans le journal l'Express de Madagascar.

La société civile, elle, maintient qu'il y a conflit d'intérêts dans la passation de ce marché public. « La question aurait pu être tout simplement réglée si le ministre avait déclaré un conflit d'intérêts et qu'il s'était récusé de la passation de ce marché-là, explique Ketakandriana Rafitoson, directrice exécutive de Transparency International à Madagascar. Il n'avait qu'à dire au PNUD : "je ne peux pas entériner ce marché puisque ma femme travaille pour cette société." Nous avons contacté le PNUD pour avoir sa version de l'histoire. Il nous a répondu qu'il ne s'est occupé que du décaissement de la somme demandée sur présentation de la facture. Tout ce qui est choix du fournisseur a été opéré par le ministère donc le Centre de commandement opérationnel et non pas par le PNUD. Donc c'est l'inverse de ce qu'a dit le ministre. Que le pouvoir, qui martèle à longueur de temps que la corruption est son cheval de bataille, profite de cette occasion pour démontrer sa bonne volonté de changer les choses, en commençant par ouvrir une enquête et puis en prenant des sanctions contre les responsables de cette affaire. » Cette affaire est « un exemple concret du manque de transparence dans la gestion des fonds alloués au Covid-19 » estime une vingtaine d'organisations de la société civile qui réclament l'ouverture d'une enquête.

Contacté, le ministre de l'Intérieur n'a pas donné suite à nos sollicitations.

Depuis plusieurs semaines, les organisations de la société civile à Madagascar demandent plus de transparence dans la gestion de fonds alloués à la riposte contre le Covid-19. En juillet, le ministère de l'Économie et des Finances a publié sur son site internet un rapport pour rendre compte des financements octroyés par les bailleurs de fonds internationaux dans le cadre de la lutte contre le coronavirus.

Un document qui n'est pas assez détaillé pour les organisations de la société civile. Elles réclament, entre autres, la liste des marchés publics passés dans le cadre de la lutte contre la pandémie et l'application du décret portant création du fonds Covid-19 adopté en conseil de gouvernement le 1er juillet. Celui-ci prévoit, notamment, la publication d'un rapport d'activité et financier mensuel des allocations dédiées à la riposte contre le coronavirus, indique la société civile.

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