Reportage

RDC: 22 ans après le massacre, retour à Kasika où la blessure des charniers reste vive

Dans le Sud-Kivu, en RDC, plus de 1 000 personnes sont mortes en 1998 lors d'un massacte à Kasika.
Dans le Sud-Kivu, en RDC, plus de 1 000 personnes sont mortes en 1998 lors d'un massacte à Kasika. FEDERICO SCOPPA / AFP

Un sit-in est prévu ce vendredi 4 septembre devant l'ambassade du Rwanda à Kinshasa. Il est organisé par plusieurs mouvements de la société civile qui réclament la démission de l'ambassadeur Vincent Karega après un Tweet jugé négationniste sur le massacre de Kasika, un village du Sud-Kivu, en 1998. Le diplomate rwandais avait parlé de propagande sur la mise en cause de l’armée rwandaise dans ce massacre. Or, selon l’ONU, ce sont bel et bien les rebelles du RCD et des militaires rwandais qui sont responsables de la mort de plus d’un millier de personnes. Sur place domine encore le sentiment d’injustice.

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Avec notre envoyé spécial à Kasika, William Basimike

« Ici c’est l’endroit où on a enterré les victimes des massacres de Kasika », Musombwa Amuli Gaetan est l’un des notables de Kasika. Il a survécu au massacre de 1998, c’est lui qui nous fait visiter quelques fosses communes : « Ici, il y a 14 personnes qui ont été enterrées. Elles ont été massacrées dans la parcelle du mwami François Mubeza III. Ils sont venus comme des amis, le mwami leur a offert une chèvre, et après, ils ont commencé à tuer les gens. Ils prenaient les petits enfants et les tapaient sur les murs avant d’aller les jeter quelque part dans les toilettes là-bas. Jusqu’à présent, nous, nous sommes traumatisés, nous réclamons justice ! »

Assis devant sa case, Meschac Wilondja est un habitant du village voisin de Kalama. Désormais père de six enfants, il était âgé de 23 ans lorsqu’il a croisé ses bourreaux sur son chemin le 24 août 1998, alors qu’il s’en allait au marché avec cinq de ses amis : « Ils avaient des gongs et des petites pioches avec lesquels ils nous frappaient. Mes cinq compagnons sont morts sur-le-champ. Par la grâce de Dieu, je me suis relevé plus tard et j’ai constaté qu’autour de moi, il n’y avait que des cadavres, surtout des femmes et des enfants. En tout cas jusqu’à aujourd’hui, je ne suis pas normal, je suis malade. Je n’aime plus fréquenter les lieux comme les marchés ou participer aux deuils. Je n’aime plus voir la tenue militaire car du coup, ces mauvais souvenirs me reviennent. Ici chez nous, plus de 1 300 personnes ont péri dans les villages de la chefferie de Lwindi. Il faut que la communauté internationale puisse nous aider à comprendre pourquoi nos frères sont morts. »

Chaque matin, des chrétiens catholiques participent à la messe dans la paroisse Saint Joseph Mukasa de Kasika devant lequel un mémorial a été érigé. L’Abbé Patrick Matete Mukendi est vicaire : « Nous sommes en face d’une population qui a grandement besoin d’une assistance psychologique pour se refaire. Ce n’est pas facile d’enseigner cette population, il suffit d’un petit mot pour voir les larmes couler dans l’auditoire. Dans l’ensemble, ils veulent la justice plus que le pardon. »

22 ans sont passés, des herbes ont poussé sur les fosses communes, mais les habitants de ce village disent qu’ils gardent la mémoire, espérant qu’un jour justice sera faite.

Il y a certaines bouches qui osent dire que non à Kasika, au massacre de Kasika, il y a eu deux ou trois morts, c’est vraiment une provocation. Une provocation que nous ne pouvons pas tolérer.

Laban Kyalangalilwa Kashande, président de la communauté des banyindus, la plus affectée par les massacres de Kasika

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