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«Ry Tanindrazanay malala ô», histoire d’un hymne national malgache chahuté

Impression de l'original de la partition de "Ry Tanindrazanay Malala ô" annotée à la main par Norbert Raharisoa, le compositeur.Impression de l'original de la partition de "Ry Tanindrazanay Malala ô" annotée à la main par Norbert Raharisoa, le compositeur.
Impression de l'original de la partition de "Ry Tanindrazanay Malala ô" annotée à la main par Norbert Raharisoa, le compositeur.Impression de l'original de la partition de "Ry Tanindrazanay Malala ô" annotée à la main par Norbert Raharisoa, le compositeur. Sarah Tétaud/RFI
6 mn

En mai 1959, l’hymne national de la toute jeune République de Madagascar est présenté officiellement au peuple. Toutefois, comme pour le drapeau, il ne fera pas l’unanimité et sera la cible de violentes critiques. Récit des dessous du choix de ce chant patriotique.

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Avec notre correspondante à Antananarivo

Le 14 octobre 1958, Madagascar, bien qu’encore colonie de la France, entre dans une nouvelle ère en devenant une République, la première de son histoire. Dès lors, le pouvoir en place décide de se doter rapidement d’attributs propres à ce nouveau régime. Plusieurs concours sont lancés pour définir un drapeau, une devise, mais aussi un hymne national.

Début 1959, un appel à projets est lancé sur les ondes de Radio Tananarive. On demande aux citoyens malgaches d’envoyer un enregistrement de la chanson, mélodie et paroles, qu’ils auront conçue et qu’ils souhaiteraient hisser au rang d’hymne national du pays. Des critères – dont certains, assez techniques – sont imposés aux candidats.

Des critères pour bien se différencier de la Marseillaise

« Il fallait que l’hymne soit jouable avec un instrument qui puisse être utilisé partout à Madagascar. Comme la flûte par exemple, qui est un instrument que l’on peut trouver même au fin fond de la brousse », explique Tsiory Randriamanantena, historien et directeur du Musée de la photographie de Madagascar. « Le deuxième critère indiquait que la mélodie soit transcriptible en solfège » – un héritage légué par les missions protestantes au XVIIIe siècle – afin qu’elle puisse être lue et jouée partout dans le pays.

Autre critère énoncé : que l’hymne représente toute l’île, tant au niveau des paroles, de la rythmique que de la mélodie. « Et enfin », souligne l’historien, « ultime critère, il fallait que les paroles de cet hymne évoquent la paix et l’harmonie, contrairement à La Marseillaise (l’hymne national français, ndlr) qui à l’époque, était considérée comme un chant belliqueux. »

« Ry Tanindrazanay Malala ô » controversé pour son lieu de création

En trois mois, 68 propositions d’hymnes sont envoyées au comité ad hoc, spécialement constitué pour sélectionner le morceau. En avril 1959, ses membres rendent leur décision : c’est le Ry Tanindrazanay Malala ô, traduit en français par « Ô bien-aimée terre de nos ancêtres » qui est choisi. La mélodie est l’œuvre du compositeur Norbert Raharisoa ; les paroles sont le fruit de l’écriture du célèbre pasteur des Hautes-Terres, pasteur Rahajason.

Le 1er mai 1959, à l’occasion de l’investiture du président Tsiranana, l’hymne retentit pour la première fois dans l’enceinte du stade Mahamasina en plein cœur de la capitale. Dans les rues d’Antananarivo, des tracts avec les paroles imprimées sont distribués pour que la population se l’approprie au plus vite. Les radios diffusent en boucle le nouveau chant patriotique malgache. Mais la Grande Île n’est pas encore indépendante. Elle est une République, autonome certes, mais toujours « membre de la Communauté » française. Comme le veut le protocole, l’hymne malgache est donc automatiquement suivi d’une Marseillaise. Et c’est dans ce contexte que les premières critiques retentissent.

« Dès le premier jour, l’hymne est mal accueilli. D’abord, parce qu’on apprend que le compositeur, Norbert Raharisoa, vit depuis longtemps en France, et que c’est depuis l’Hexagone qu’il a composé la mélodie. Et ça, ça constitue un argument imparable pour les détracteurs de l’hymne qui le considèrent comme déconnecté des réalités du pays. Deuxièmement, on reproche à cette mélodie d’être "métissée", d’avoir des influences d’écoles de musique françaises, de ne pas être 100% malagasy. On lui reproche son absence d’harmonie. Pire, on prétend ne pas reconnaître la rythmique malgache en elle », poursuit Tsiory Randriamanantena.

L’organisation du concours décriée

Mais ce sont aussi les conditions et l’organisation de cet appel à projet qui posent problème. Une version enregistrée a été demandée aux candidats. Or à cette époque, difficile d’accéder aux outils techniques qui permettent une telle réalisation. Seuls les plus nantis peuvent se permettre cette folie. Radio Tananarive se porte alors volontaire pour enregistrer les bandes sons des candidats. Mais plusieurs témoignages rapportent que plusieurs d’entre eux qui ont pu faire le déplacement jusqu’à la capitale n’ont pas été reçus par la station de radio.

La composition du comité ad hoc – 100% masculine – fait elle aussi débat. Si les six politiciens proviennent des six provinces, huit des neuf techniciens spécialistes en musicologie viennent de la capitale et sont issus de l’ethnie Merina. « Beaucoup considèrent donc que ces membres ne sont pas représentatifs de toute l’île ce qui ternit l’image ce concours, organisé de à la va-vite et dans la plus grande discrétion », conclut l’historien.

Des critiques qui perdureront

Au début des années 1960, les critiques qui avaient été tempérées par l’effervescence de l’Indépendance refont surface, avant de s’estomper pour une quinzaine d’années. En 1975, le régime Ratsiraka et la politique de malgachisation remettent sur le devant de la scène l’éventualité d’un changement d’hymne. L’idée est abandonnée et ne réapparaît qu’en 1992 où des hommes politiques proposent de remplacer le Ry Tanindrazanay Malala ô par un autre chant non moins célèbre, le Madagascar Tanindrazanay !, hymne du parti MDRM, à l’époque au Hit-Parade des musiques les plus écoutées par les Malgaches. Après discussions, l’idée est écartée.

« Ry Tanindrazanay Malala,
Ry Madagasikara soa,
Ny Fitiavanay anao tsy miala,
Fa ho anao, ho anao doria tokoa.
 »,

« Ô bien-aimée terre de nos ancêtres,
Ô beau pays de Madagascar,
Notre amour pour toi ne faiblira pas
Et restera à ta cause éternellement fidèle.
 »

Soixante-deux ans après ce choix controversé, le même air et les mêmes paroles continuent de résonner encore partout sur l’île, à chaque événement important de la vie publique.

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