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Reportage

Élections au Burkina Faso: la compilation, travail de longue haleine pour des équipes épuisées

Une montagne de sacs de bulletins de vote devant l'entrée du centre de compilation Ouaga 1, au Burkina Faso, le 23 novembre 2020.
Une montagne de sacs de bulletins de vote devant l'entrée du centre de compilation Ouaga 1, au Burkina Faso, le 23 novembre 2020. © Paulina Zidi/RFI
6 mn

Le Burkina Faso attend désormais les résultats des deux scrutins, législatif et présidentiel, qui se sont tenus dans le pays ce dimanche 22 novembre. Après le dépouillement, c’est désormais l’heure de la compilation. Un travail qui se fait dans 368 centre communaux que compte le pays. Reportage au centre communal de la mairie de Ouaga 1 au centre de la capitale.

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De notre envoyée spéciale à Ouagadougou,

« On a presque terminé la présidentielle, on s’arrête et on reprend bientôt pour les législatives. » Seydou Ouédraogo, le coordonnateur du centre de compilation du 1er arrondissement de Ouagadougou annonce une pause bienvenue en ce début d’après-midi. Les équipes ont travaillé toute la nuit et elles sont épuisées. Par terre, Rolane s’est fait un petit lit avec un pagne histoire de grappiller quelques minutes de sommeil. Aïda, elle, n’a pas eu le courage de bouger, elle dort les bras croisés sur son clavier d’ordinateur.

« C’est le travail avant tout », confie en baillant Filibert. Il a fait partie des opérateurs de saisie qui ont donc compilé les résultats de vote toute la nuit et les ont entrés dans le système informatique de la Commission électorale, la Céni. « On n’a pas dormi, on est là depuis 18 heures hier soir et toute la nuit, tout ce matin, on a travaillé et c’est pas encore terminé. »

Les millions de bulletins de vote conservés

Dès la fermeture des bureaux, dimanche à 18 heures, le dépouillement a commencé, il s’est parfois terminé que ce lundi au petit matin. Les responsables ont ensuite apporté en personne le matériel électoral au centre de compilation. « C’était noir de monde ici cette nuit, témoigne un des délégués des candidats présents dans la cour du centre. À partir de 21 heures, quand nous avons commencé à recevoir les premiers retours des bureaux, il y avait des voitures et des motos partout. Il y avait même des embouteillages dans la rue, ça a duré une partie de la nuit. » Le tout sous bonne escorte sécuritaire. En effet, tout au long du processus électoral, des membres des forces armées sont présents afin de le sécuriser.

Dans un grand sac, on retrouve les bulletins valides. Ces sacs seront le dernier rempart en cas de contestation, ils doivent être conservés tout au long des opérations électorales et peuvent être consultés en cas de désaccord. En plus des bulletins, les responsables ont apporté une enveloppe scellée. Dedans, il y le procès-verbal, la fiche de résultat et la fiche de dépouillement. Tout cela est présent en plusieurs exemplaires pour les différences instances qui doivent garantir la transparence et le bon déroulement du scrutin.

Les délégués des candidats se montrent vigilants

C’est à partir de cette enveloppe que les centres de compilation, comme celui du 1er arrondissement de Ouagadougou, travaillent et c’est assez laborieux. « Il faut arriver à comprendre tous les chiffres qui sont écrits à la main, vérifier que tout est cohérent. Ça prend du temps », confirme l’un des opérateurs.

Un travail qui se fait sous l’œil vigilant des délégués des candidats. Pour la présidentielle, ils sont 13 en lice, mais tous n’ont pas toujours été représentés dans les bureaux de vote et tous ne le sont pas dans les commissions communales, faute de moyens et d’équipes suffisantes. Il y avait en effet près de 22 000 bureaux de vote ouverts pour ce double scrutin et il y a plus de 360 centres communaux de compilation.

Judith, une déléguée, a la voix cassée, son chignon est un peu désordonné, signe d’une longue nuit de travail. « Je suis là depuis hier. Nous comparons donc les fiches que nous avons récupérées dans les bureaux de vote avec celles qui sont compilées ici et on vérifie que tout est conforme. Il faut être très vigilant pour que personne ne puisse se plaindre par rapport aux résultats. Nous aussi, on est très fatigués. D'ailleurs, regardez, j’ai des camarades du parti qui sont passés me voir pour m’encourager, car ils savent que c’est important ce que l’on fait aujourd'hui. »

Encore les législatives au programme

Et justement, un peu plus loin plusieurs délégués ont une discussion animée. Vraisemblablement, il y a un problème qu’ils tentent ensemble de régler. « Dans tout l’arrondissement, il y a 221 bureaux de vote et là, on dirait que l’on a que 220 fiches alors on recompte pour vérifier, explique Boubacar, l’un des délégués présents. Il faut que l’on retrouve la 221e fiche. On se met donc ensemble pour recompter et vérifier. » « On ne peut pas accuser sans vérifier, donc avant d’aller voir les responsables du centre, on regarde tous ensemble, tous les partis politiques pour être surs de nous, enchérit Judith qui les a rejoints. Si on raison, ils rectifieront. On fait ça ensemble parce qu’il ne faut pas penser qu’on est forcément les uns contre les autres, on a dépassé tout ça. La politique ne nous empêche pas de travailler ensemble. »

Les délégués des différents candidats à la présidentielle recomptent pour s'assurer que leur résultat correspond bien à celui du centre de compilation, Ouagadougou, Burkina Faso, le 23 novembre 2020.
Les délégués des différents candidats à la présidentielle recomptent pour s'assurer que leur résultat correspond bien à celui du centre de compilation, Ouagadougou, Burkina Faso, le 23 novembre 2020. © Paulina Zidi/RFI

Une fois la compilation terminée au niveau du centre communal, les résultats sont imprimés, visés par les équipes et les délégués des candidats, scannés et envoyés à la Céni. Mais le repos n’est pas pour tout de suite. Si la présidentielle est bien avancée pour le centre de compilation du 1er arrondissement, il faut désormais refaire le même travail pour les législatives. Et la tâche s’annonce rude puisque pour cette circonscription, il y avait presque 90 listes en lice. « On ne va pas finir avant la fin d’après-midi, je crois. Après moi rien ne m’empêchera plus d’aller dormir », soupire Rolane qui se relève, prête à reprendre son travail.

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