Accéder au contenu principal

Sénégal: trois pères jugés pour avoir tenté d’envoyer leurs enfants en Europe

Le port sénégalais de Mbour est un lieu de départ important vers les Canaries (image d'illustration).
Le port sénégalais de Mbour est un lieu de départ important vers les Canaries (image d'illustration). © JOHN WESSELS/AFP
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Des peines de deux ans de prison ferme ont été requises à l’encontre de trois pères, accusés d’avoir fait embarquer leurs fils pour l’Europe. Selon l’avocat de l’un des prévenus, le parquet est dans une dynamique de dissuasion, alors que de nombreux Sénégalais ont perdu la vie en tentant de rejoindre le continent européen par la mer.

Publicité

Cette affaire a provoqué une vive émotion à travers le pays. Doudou, un adolescent originaire de Mbour avait pour rêve de devenir footballeur professionnel.

Mi-octobre, son père, Mamadou Lamine Faye remet 250 000 francs CFA, environ 380 euros, à un passeur. Ce dernier doit conduire clandestinement l’adolescent en Espagne, plus précisément aux Canaries. De là, un autre passeur doit prendre le relais et envoyer le jeune homme en Italie. Car l’objectif de Doudou était d’intégrer un centre de formation de football du pays.

Pourtant, ce dernier n’arrivera jamais à destination. Doudou est mort à bord de la pirogue. Selon certaines sources, il serait tombé malade. Des passagers auraient tenté de lui venir en aide en vain. Son corps aurait ensuite été jeté à la mer.

Jugement des pères attendu le 8 décembre

Dans cette affaire, trois pères sont jugés. Ils sont accusés de « mise en danger de la vie d’autrui » et « complicité de trafic de migrants ». Les deux autres ont retrouvé leurs enfants sains et saufs. Ils attendent désormais le jugement en délibéré, prévu le 8 décembre.

Lors du procès mardi à Mbour, le père de Doudou a dit « regretter » avoir organisé le départ de son fils affirme l’un de ses avocats contacté par notre correspondante à Dakar, Charlotte Idrac. Ce père a expliqué qu’il pensait à un avenir meilleur pour son fils. Il était « sûr » que Doudou allait arriver à bon port, comme d’autres jeunes de la région, selon sa défense. Il n’avait pas parlé de ce départ à la mère de l’adolescent. Il voulait attendre qu’il soit arrivé, explique l’un de ses avocats.

Maître Assane Dioma Nidaye estime que ce père ainsi que les deux autres accusés,  sont des « victimes ». Il dénonce une « mauvaise stratégie du Parquet ». La défense des 3 pères de famille plaide la relaxe.

Nous pensons qu'il faut s'attaquer surtout à ceux qui s'adonnent à ce trafic : aux propriétaires des pirogues et aux capitaines qui dirigent ces pirogues.

Me Assane Dioma Nidaye, avocat d'un des pères jugés

Le gouvernement veut s'attaquer à la pression sociale

Du côté des autorités, le gouvernement a lancé un appel aux familles. Pour le gouvernement, l’une des principales causes de l’émigration clandestine, c’est la pression sociale, la pression des familles sur les jeunes.

La ministre de la Jeunesse a appelé la semaine dernière au « sens des responsabilités » des parents. Les poursuites contre les trois pères entrent donc dans une logique de « dissuasion ». Mais pour l’ONG Horizons sans frontières, la « criminalisation n’est pas une solution ».

Le Khalife général de la confrérie des Mourides, personnalité religieuse très influente a adressé un message aux candidats au départ, mi-novembre, en déclarant « prendre une pirogue en bravant la mer pour aller en Europe est un acte de suicide banni par l’Islam ».

►À écouter aussi : Grand reportage - Canaries, le nouveau Lampedusa ?

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.