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Filière cacao: Côte d’Ivoire et Ghana mettent la pression sur les multinationales du chocolat

Un agriculteur travaille dans une ferme de cacao en Côte d'Ivoire.
Un agriculteur travaille dans une ferme de cacao en Côte d'Ivoire. REUTERS/Thierry Gouegnon
Texte par : RFI Suivre
7 mn

La Côte d’Ivoire et le Ghana sont déterminés à poursuivre leur offensive entamée le lundi 30 novembre 2020 contre deux multinationales américaines du chocolat. Abidjan et Accra accusent Hershey et Mars de ne pas vouloir payer une prime spéciale destinée à mieux rémunérer les agriculteurs qui produisent le cacao. Une rencontre entre les acteurs de la filière doit avoir lieu ce jeudi à Yamoussoukro.

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Aller à la rencontre des paysans, sans qui le marché du chocolat manquerait de matières premières, c’est une façon, pour le régulateur ivoirien, de mettre la pression sur les groupes Mars et Hershey. Il leur est reproché de s'être adressés au marché boursier pour s’approvisionner afin d’éviter de payer la prime spéciale appelée « différentiel de revenu décent ».

Négociée l’année dernière et entrée en vigueur le 1er octobre dernier, la prime a même été discutée en présence des deux multinationales américaines incriminées aujourd’hui, d’où la colère du Conseil Café Cacao et du Cocobod, les organes publics de gestion des filières cacao de ces deux pays ouest-africains.

Les acheteurs ont réussi à contourner cette prime en se fournissant dans des entrepôts certifiés à terme, c'est-à-dire en achetant des fèves produites avant le 1er octobre. « Des stratégies secrètes » pour « contourner le mécanisme d’amélioration des revenus des producteurs dans l’optique de le faire échouer », dénoncent le Ghana et la Côte d’Ivoire.

En réponse, pour la première fois, les deux pays, qui représentent deux tiers de la production mondiale de cacao, ont suspendu Hershey des programmes de durabilité qui certifient que les grands groupes chocolatiers achètent du cacao « éthique », c’est-à-dire des fèves qui ne sont pas issues de plantations ayant entraîné la déforestation ou fait travailler des enfants.

« Les chocolatiers seront toujours vainqueurs »

La réunion de Yamoussoukro sert aussi à rassurer les producteurs sur la détermination des gestionnaires de la filière en Côte d’Ivoire et au Ghana de contraindre les multinationales à respecter leurs engagements. Car aujourd’hui, la situation des planteurs de cacao est préoccupante en Côte d'Ivoire et au Ghana.

« L'objectif, pour nous, sera de ramener chaque partie à respecter l'accord que nous avons conclu. Donc, avec Hershey nous sommes en train de discuter. Ce sont nos partenaires. Nous avons quelques mésententes. On discute. On va s'entendre », explique à RFI le président du Conseil Café Cacao de Côte d'Ivoire, Yves Brahima Koné, qui espère que cette réunion permette de débloquer la situation et de rappeler aux différents acteurs de la filière leurs engagements.

Un combat perdu d’avance pour certains. « Bras de fer entre gouvernement et chocolatiers ? Tout le monde sait que les chocolatiers seront toujours vainqueurs. Ce sont des gens qui ont en stock des mois et des mois à leur disposition. Or, nous, nous ne pouvons pas garder notre cacao pendant des mois », remarque Moussa Koné, le président du Syndicat national pour le progrès en Côte d'Ivoire. Il regrette notamment de ne pas être convié à la table des négociations. « Prendre des décisions sans nous, c'est prendre des décisions contre nous », tranche-t-il.

« Les cacaoculteurs ont intérêt à faire un bras de fer, ils ont tout à gagner »

Christophe Bertrand, secrétaire général du Syndicat des chocolatiers et confiseurs de France

« Nous devons tirer tout ce qui se passe au clair »

De leur côté, les géants américains Mars et Hershey assurent soutenir les petits planteurs, en payant ce « différentiel de revenu décent ». Certains planteurs confirment recevoir cette prime de 400 dollars par tonne de cacao vendue.

Avec cette réunion, les autorités ivoiriennes souhaitent rassurer, mais surtout montrer leur intransigeance autour du paiement de la prime. « Nous devons tirer tout ce qui se passe au clair et permettre aux populations de ne pas se décourager. C’est pour cela que cette rencontre a lieu. Donc, tous les industriels qui ne voudront pas se conformer aux règles que nous avons définies ensemble, cela veut dire qu’ils ne veulent pas faire de commerce de cacao et nous allons en tirer les conséquences », estime le ministre ivoirien de l'Agriculture et du Développement durable, Kobenan Kouassi Adjoumani. Selon lui, « il y a des personnes qui sont d’accord pour le principe, mais il y en a d’autres qui veulent jouer un double jeu ».

Des marches de protestation, organisées par des planteurs de cacao, sont annoncées en Côte d'Ivoire et au Ghana ce jeudi. Alors que côté ivoirien, une réunion est prévue entre le gouvernement et la filière, le président ghanéen n'a pas abordé le sujet, rapporte notre correspondante à Accra, Marine Jeannin.

En pleine campagne électorale en vue de la présidentielle de lundi, Nana Akufo-Addo, candidat à sa propre succession, a préféré souligner son projet de créer un régime spécial de retraite pour 1,5 million de cultivateurs de cacao.

Si les multinationales boycottent les marchés ivoiriens et ghanéens, les stocks vont s’accumuler et les prix risquent de tomber. Le prix bord champ, fixé à 1 000 francs le kilo avant les élections en Côte d’Ivoire, pourrait alors n’être qu’un souvenir fugace pour ces producteurs, d’autant que cette crise du cacao, qui survient depuis quelques jours, intervient alors que le Covid-19 et les confinements en Europe ont fait chuter la demande de chocolat cette année.

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