RDC: l’informateur, la clef d’une nouvelle majorité présidentielle

L'Assemblée nationale congolaise, le 19 août 2019 au Palais du Peuple à Kinshasa. (Image d'illustration)
L'Assemblée nationale congolaise, le 19 août 2019 au Palais du Peuple à Kinshasa. (Image d'illustration) JUNIOR D.KANNAH / AFP
Texte par : RFI Suivre
10 mn

La crise entre Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila et Cap pour le Changement (Cach) de Félix Tshisekedi se durcit. Après trois semaines de consultations, le président a annoncé ce dimanche 6 décembre la nomination prochaine d’un nouvel informateur pour parvenir à créer une nouvelle majorité à l’Assemblée. Le Parlement va, une fois de plus, être le théâtre de cette guerre de tranchées entre les deux plateformes qui composaient jusque-là la coalition au pouvoir.

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Avec notre correspondant à Kinshasa, Patient Ligodi

Dans son discours, Félix Tshisekedi a expliqué que l’informateur serait chargé d’identifier une nouvelle coalition constituant une majorité absolue au sein de l’Assemblée nationale. La nouvelle coalition, si elle arrive à se former, permettra de mettre sur pied un nouveau gouvernement.

Cet informateur peut même devenir le prochain Premier ministre. Ce fut le cas avec Antoine Gizenga en 2006. Le contraire peut également se produire : le député Charles Mwando Nsimba avait été désigné informateur par Joseph Kabila en 2012, sans être devenu plus tard chef du gouvernement. Pour les deux exemples, le choix avait été fait notamment sur la base de l’expérience et de la proximité politique avec l’ancien chef de l’État.

À ce stade, des noms circulent, comme celui de Samy Badibanga, ancien Premier ministre, ancien président du groupe parlementaire de l’UDPS et actuellement premier vice-président du Sénat. Il y a aussi le nom de l’ancien gouverneur Moïse Katumbi qui était parmi les deux leaders de Lamuka à être reçus par Félix Tshisekedi.

Selon la Constitution, la mission d'information est de trente jours renouvelable une seule fois. Concrètement, il est possible que cette situation floue dure jusqu'au mois de février, mais les proches de Félix Tshisekedi rapportent que l’informateur pourra être désigné dès cette semaine. L’enjeu est de taille : il faut désormais faire complètement basculer la majorité qui jusque-là était contrôlée par Joseph Kabila.

C’est une façon pour (Tshisekedi) de s’autonomiser par rapport à la cohabitation, de façon à pouvoir faire quelque chose dans la deuxième moitié de son mandat.

Thierry Vircoulon, coordinateur de l'Observatoire pour l'Afrique centrale et australe de l'IFRI

De nouvelles élections envisageables

La bataille pour construire une nouvelle majorité sera dure, mais l’entourage du chef de l’État se veut optimiste. « Avec la dynamique actuelle, c’est possible d’obtenir la majorité », a confié un conseiller de Félix Tshisekedi. Les opposants Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi ont clairement apporté leur soutien au président de la République. Du côté de la coalition MLC-ADN, le porte-parole du MLC et député Raphaël Kibuka a expliqué à RFI que « les 29 députés nationaux du groupe parlementaire sont prêts à rejoindre la majorité » car il estime que « le pays va mal et qu’il y a lieu de faire autrement ». « Le MLC n’entend nullement participer à un pugilat qui a pour objectif le positionnement des individus », détaille le porte-parole. 

En revanche, le chef de l'État ne pourra pas compter sur le soutien d'Adolphe Muzito et de Martin Fayulu, qui se disent non concernés. « Cette nouvelle majorité la sera instable, sinon plus instable que la précédente. Elle sera un composite de plusieurs partis politiques qui viennent de bords politiques différents mobilisés autour d’un principe de débauchage plutôt que de politiques publiques », estime Martin Fayulu, contacté par RFI. 

« Nous allons nous retrouver devant une alliance composite aussi faible que la précédente qu’ils récusent. Actuellement nos institutions sont illégitimes (…) ce n’est pas en les manipulant ou en recomposant la majorité parlementaire qu’on règle le problème de la légitimité », estime l’ancien Premier ministre et président de Nouvel Elan.

Ces dernières semaines, dans cette Assemblée nationale composée de 500 députés, et dominée jusque-là par les pro-Kabila, des défections ont été rapportées. D’autres promesses auraient été faites, mais elles ne sont pas encore effectives. « Certains d’entre eux l’ont fait sans se dévoiler en public », explique un conseiller de Félix Tshisekedi. Il manquerait encore quelques dizaines de députés pour faire basculer la majorité. Du côté de Joseph Kabila, on ne baisse pas les armes. Après avoir accusé Cach « d’acheter les députés » pour former cette majorité, le FCC se réserve le droit de saisir la justice.

Le FCC (…) usera de tous les moyens de droits et politiques

Néhémie Mwilanya Wilondja, coordonnateur du FCC

Si finalement, il n’obtient pas cette majorité, l’actuel chef de l’État n’exclut pas de recourir à des élections anticipées. Il se réserve le droit d’user « des prérogatives constitutionnelles qui lui sont reconnues », pour revenir vers le peuple et demander une majorité, a-t-il expliqué.

Rencontre entre le président et le Premier ministre

Le président Félix Tshisekedi et le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunga Ilunkamba se sont rencontrés pour la première fois depuis la mi-octobre pendant une demi-heure.

Au sortir du bureau du chef de l’État à la cité l’Union africaine, le Premier ministre, tout comme le cabinet du président, n’ont pas communiqué. De son côté, Sylvestre Ilunga Ilunga Ilunkamba a directement rejoint son bureau où il a dirigé une réunion sur la lutte contre le coronavirus.

D’après les sources à la présidence de la République, au cours de cet entretien, Félix Tshisekedi est revenu sur les derniers développements de la crise institutionnelle qui couvait depuis longtemps. Il aurait également signifié au Premier ministre l’impossibilité de continuer la collaboration.

Un peu plus tôt dans la journée, le FCC avait une fois de plus revendiquer la majorité à l’Assemblée nationale et avait rejeté l’annonce de la désignation d’un informateur par Félix Tshisekedi. Le FCC a même demandé aux ministres émanant d’autres partis que ceux de la famille politique de Joseph Kabila de se retirer du gouvernement central et des gouvernements provinciaux.

Pendant ce temps, la police a été obligée d’intervenir pour disperser les militants du FCC et du Cach qui s’affrontaient aux alentours du siège du Parlement. D’autres actes de violences ont eu lieu au sein même de l'Assemblée.

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