Au Mali, les arrestations menées par la sécurité d’État se poursuivent

Une vue aérienne de Bamako, la capitale du Mali. (Image d'illustration)
Une vue aérienne de Bamako, la capitale du Mali. (Image d'illustration) GettyImages
Texte par : David Baché
8 mn

Au Mali, des arrestations, nombreuses et mystérieuses, organisées par les services de renseignements, sont signalées. Depuis deux jours, des personnalités importantes ont été arrêtées, qu’elles soient issues du monde des médias, des institutions maliennes, mais également de la présidence.

Publicité

Au Mali, le secrétaire particulier et chef de cabinet de la présidence de la République, Sékou Traoré a été arrêté, ce mardi 22 décembre, par la sécurité d’État, les services de renseignements maliens. Avant lui, depuis lundi, au moins cinq autres personnes avaient déjà été arrêtées : deux hauts cadres du Trésor public malien, le payeur général M.Keita et le receveur du district M.Koné ; le chroniqueur radio et militant contestataire Ras Bath ; le directeur du PMU malien Vital Robert Diop et le directeur de l’Agefau, une agence publique consacrée aux télécommunications, Souhahebou Coulibaly. Et puis ce mardi matin, c’est son adjoint, Aguibou Tall, qui a été interpellé à son tour.

L'analyse d'Aly Tounkara, sociologue et directeur du Centre des études sécuritaires et stratégiques au Sahel.

Des articles de la presse malienne, citant des sources sécuritaires, lient ces arrestations à une tentative de déstabilisation des autorités de transition, mais ces autorités n’ont apporté aucune explication officielle. Ce matin encore, un conseiller du vice-président Assimi Goïta, également chef de la junte militaire qui a mené le coup d’État du 18 août, préfère ne donner « aucune précision ». « Si c’était le cas, on aurait avantage à communiquer en ce sens », explique-t-il, invitant donc à la retenue et à la mesure.

Des organisations de défense des droits de l’homme, qui préfèrent ne pas être citées, déplorent des « arrestations extrajudiciaires », et expliquent n’avoir aucune information sur les conditions de détention des personnes arrêtées ni sur les motivations réelles de ces arrestations.

Nous sommes très préoccupés par les derniers événements relatifs à des arrestations arbitraires.

Aguibou Bouaré, président de la Commission nationale des droits de l'homme

Des départs dans plusieurs ministères

Dans le même temps, il y a aussi des licenciements dans certains ministères, et notamment à la primature. Au moins une douzaine de personnes ont dû quitter leurs postes, ces derniers jours. Certaines sources parlent de purge. « Pas du tout », assure un conseiller gouvernemental. Pour lui, il s’agit tout simplement du renouvellement des équipes : le Premier ministre se serait simplement entouré de nouveaux conseillers et chargés de mission, ce qui est toujours le cas quand un nouveau gouvernement entre en fonction. Moctar Ouane a été nommé Premier ministre le 27 septembre dernier, il y a moins de trois mois.

Enfin, l’ex-Premier ministre Boubou Cissé, renversé avec le reste de l’ancien régime d’Ibrahim Boubacar Keïta le 18 août dernier, dément être impliqué dans toute tentative de complot contre les autorités de transition. Des intentions que lui prêtent certains articles de presse et qui circulent également sur les réseaux sociaux, en lien avec cette série d’arrestations. « Une odieuse tentative de jeter le discrédit sur ma personne », estime l’ancien chef du gouvernement malien, qui « défie quiconque d’en apporter la preuve ».

Son avocat, maître Kassoum Tapo, précise qu’Aguibou Tall, directeur adjoint de l’Agefau interpellé ce matin, est un demi-frère de Boubou Cissé. Sans certitude, il juge « très probable » et déplore que cette arrestation soit due à ce lien familial.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail