Centrafrique: le taux de participation interroge, la moitié de l'électorat privée de scrutin

Une électrice se prépare à voter à Bangui, le 27 décembre 2020.
Une électrice se prépare à voter à Bangui, le 27 décembre 2020. AFP - ALEXIS HUGUET
Texte par : RFI Suivre
4 mn

Le président Touadéra a été déclaré réélu, lundi 4 janvier, au premier tour par l’Autorité nationale en charge des élections, avec 53,92% des suffrages exprimés, devant l’opposant Anicet Georges Dologuélé, crédité de 21,01% des voix et Martin Ziguélé avec 7,46%. Mais l'opposition annonce déjà qu'elle saisira la Cour constitutionnelle. Elle dénonce le manque de « transparence » et d' « équité » de ces élections dont la moitié de l'électorat centrafricain a été privée, en raison d’une nouvelle offensive rebelle en cours dans le pays.

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Avec notre envoyée spéciale à Bangui, Florence Morice

Le taux de participation officiel annoncé lundi soir s’élève à 76,31% mais, dans son calcul, l’autorité en charge des élections, l'ANE, n’a tenu compte que des électeurs inscrits dans les bureaux de vote où le scrutin a pu se tenir : 910 000 sur un total de 1,8 million d'inscrits, soit environ la moitié de l’électorat du pays. Ailleurs, soit « le scrutin n’a pas pu avoir lieu, soit les bulletins de vote ont été détruits », explique Théophile Momokoama, le rapporteur général de l'ANE.

« Ce n’est pas de notre fait mais du fait de ceux qui ne voulaient pas que l’élection se tienne », réagissait lundi soir le directeur de campagne du président sortant, précisant néanmoins : « Les élections se sont tenues, le peuple en a décidé ainsi. On aurait aimé avoir plus. Je suis convaincu que si nous avions laissé le champ libre à la population de pouvoir s’exprimer librement, le score serait mieux que ce que nous avons engrangé. »

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L'opposition annonce une saisine de la Cour constitutionnelle

Mais l’opposition annonce d’ores et déjà qu’elle saisira la Cour constitutionnelle notamment sur ce point. Lundi matin, dans un courrier adressé à l’ANE, 9 candidats de l’opposition ont dénoncé le manque d’ « équité » de ces élections, mais aussi  de « transparence » lors du dépouillement et de la compilation des résultats, des « bourrages d’urnes », un recours « massif » au vote par dérogation, ou encore la difficulté pour leurs représentants d’obtenir un exemplaire des feuilles de résultat le soir du vote.

« Le code électoral centrafricain stipule qu’à l’issue du scrutin, on affiche les résultats sur les lieux de vote pour que toute personne puisse y avoir accès et on donne aux représentants des candidats un procès-verbal, pointe le candidat Martin Ziguélé, qui a obtenu 7,46% des suffrages. Ça permet au candidat d’être sûr de ce qui s’est passé. Nous n’avons pas eu de procès-verbaux. C’est une situation complètement inédite ! Comment peut-on contester, approuver ou commenter quelque chose dont on ignore tout en réalité ? Les chiffres sont partis des bureaux de vote à l’ANE et on nous dit : "Voilà les résultats, c’est tout". Ce n’est pas du tout transparent. C’est une forfaiture. Nous ne pouvons pas accepter cela. »

Arrivé deuxième de ce scrutin avec 21,01% des suffrages, l’ex-Premier ministre Anicet Georges Dologuélé conteste également les résultats et entend déposer des recours. Il dénonce une « véritable farce » : « II y a un certain nombre d’incohérences grossières sur le fait que le calcul dépasse les 100% de voix. Et puis, on annonce un taux de participation de 76,31% alors que le véritable taux de participation est de 37,40%. Donc, vous voyez que nos amis [de l'ANE] n’avaient vraiment pas leurs esprits tellement on leur a mis la pression pour trouver un chiffre pour que Touadéra soit réélu au premier tour. »

Le code électoral centrafricain ne prévoit pas de seuil minimum de votants pour valider une élection. Il prévoit en revanche que la Cour constitutionnelle a le pouvoir de « redresser les résultats provisoires » du scrutin, « si l’impact des irrégularités constatées peut être déterminé ». À noter que Jean-Charles Bokassa, qui avait retiré sa candidature, arrive en 8e position avec 1,39% des voix.

L'opposition dispose de 3 jours à compter de l'annonce des résultats provisoires pour saisir la Cour constitutionnelle qui a, de son côté, jusqu'au 19 janvier pour les examiner et proclamer les résultats définitifs.

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