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Ouganda: les autorités bloquent l’accès aux réseaux sociaux à deux jours des élections générales

De nombreuses ONG avaient écrit au président Museveni, candidat à sa réélection, pour demander que l'accès à internet soit préservé avant, pendant et après les scrutins.
De nombreuses ONG avaient écrit au président Museveni, candidat à sa réélection, pour demander que l'accès à internet soit préservé avant, pendant et après les scrutins. REUTERS - BAZ RATNER

Cette décision intervient à la toute fin d’une campagne tendue en vue des élections présidentielle et législatives. Des scrutins qui doivent se tenir ce jeudi 14 janvier.

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La décision est tombée comme un couperet, ce mardi, alors qu’une coalition d’ONG venait de demander précisément au pouvoir ougandais de ne pas toucher à l’accès à internet en amont et pendant les élections.

Selon une lettre consultée par les agences AFP et Reuters, la directrice de la Commission ougandaise des communications, Irene Sewankambo, a ordonné aux opérateurs de « suspendre immédiatement tout accès » à l'ensemble des réseaux sociaux et services de messagerie, et ce jusqu'à nouvel ordre. 

Ce mardi, en milieu d’après-midi, l’organisation de surveillance des réseaux Netblocks confirmait le blocage : « Les mesures en temps réel montrent que Twitter, Facebook, WhatsApp, Instagram, Snapchat, Skype, Viber, Google Play Store, certains serveurs Telegram et certains services de raccourcissement de liens figurent parmi une longue liste de médias sociaux présélectionnés et non disponibles via les principaux opérateurs de réseaux cellulaires ougandais. »

Lettre ouverte d'ONG

La veille, dans une lettre ouverte, 54 organisations membres de la coalition #KeepItOn avaient demandé au président Museveni, candidat à un sixième mandat, ainsi qu’à ces mêmes opérateurs, de garantir que « l'internet, y compris les médias sociaux et autres plateformes de communication numérique, reste ouvert, accessible et sécurisé dans tout l'Ouganda pendant toute la durée des élections et de l’investiture [du président élu] ».

Les autorités ougandaises ont en effet été maintes fois épinglées par les défenseurs des libertés numériques pour des atteintes à la libre expression sur internet. Lors des précédentes élections générales, en février 2016, le pays avait connu une coupure similaire, justifiée par « des raisons de sécurité ». Plus récemment, en septembre dernier, le régulateur ougandais des télécoms avait imposé une autorisation officielle avant de publier du contenu en ligne. 

Représailles aux actions de Facebook

Lors d'une allocution télévisée ce mardi soir, le président Museveni a confirmé la mesure de blocage, expliquant qu'elle avait été prise en représailles de la fermeture, la veille par Facebook, de plusieurs comptes appartenant à des responsables gouvernementaux ou à des soutiens.

« Je suis désolé du désagrément pour celles et ceux qui utilisent ces canaux [...], mais nous ne pouvons pas tolérer l'arrogance de ceux qui viennent nous dire qui est bon, et qui est mauvais, a déclaré le chef de l'État. Ces réseaux sociaux, s'ils veulent opérer en Ouganda, doivent pouvoir être utilisés de façon équitable par n'importe qui. S'ils veulent prendre parti, ces groupes ne pourront pas opérer [dans le pays]. »

Twitter a de son côté dénoncé la décision du pouvoir ougandais, rappelant que « l'accès à l'information et la liberté d'expression n'est jamais plus important que pendant les processus démocratiques, en particulier les élections ».

La présidentielle du 14 janvier verra s'affronter onze candidats, dont le président sortant et le chanteur devenu député, Bobi Wine, désormais principal candidat de l’opposition.

Les libertés d'expression et d'association sont garanties par la Constitution ougandaise. Mais les autorités brandissent toujours l'argument de la « sécurité ». Déjà, certains comptes sur les réseaux sociaux ont été isolés et censurés. Des entreprises comme Facebook et Google nous ont montré qu'elles pouvaient isoler n'importe quel compte considéré comme dangereux. Et c'est un abus de nos droits fondamentaux. Surtout durant cette période marquée par le Covid où nous n'avons pas le droit de nous rassembler physiquement et où notre seule source d'information semble être les réseaux sociaux.

Pheona Wall, avocate et présidente du barreau ougandais

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