Madagascar: trois morts lors d'arrestations pour défrichement dans une aire protégée

Les violences ont éclaté lorsque des gendarmes et gardes forestiers sont venus interpeller des suspects de défrichement dans une zone boisée protégée. (image d'illustration)
Les violences ont éclaté lorsque des gendarmes et gardes forestiers sont venus interpeller des suspects de défrichement dans une zone boisée protégée. (image d'illustration) Sarah Tétaud/RFI
Texte par : RFI Suivre
4 mn

Mercredi, dans le village enclavé d'Amparibolana, à environ 150 kilomètres au nord d’Antananarivo, la population s'en est prise à deux gendarmes et deux gardes forestiers venus interpeller des suspects de défrichement dans une zone boisée protégée. Dans un communiqué publié dimanche 24 janvier, la Commission nationale indépendante des droits de l'homme a appelé « au calme afin de restaurer une atmosphère apaisée ».

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Avec notre correspondante à Antananarivo, Laetitia Bezain

Culture sur brûlis et coupes d'arbres. Depuis des mois, cette aire protégée aux alentours du village d'Amparibolana fait l'objet d'un défrichement intensif et d'un trafic de ressources, explique le directeur régional de l'environnement et du développement durable de l'Alaotra Mangoro, Marc Rajaonarivo.

La fertilité des sols forestiers attire les villageois. « Ils cultivent du maïs et des haricots. Ce sont des gens pauvres. Mais derrière eux, il y a des exploitants qui les encouragent à couper des arbres, puis la population cultive à cet endroit en retour. De ce village, c'est facile de transporter les arbres vers la capitale. Ce sont des bandits venus du sud de l'île, qui ont été expulsés de leur région, qui organisent cette exploitation dans la forêt », précise t-il.

Des hommes qui « dégradent l'environnement mais font aussi la pluie et le beau temps en matière de sécurité » dans cette zone enclavée, indique la gendarmerie.  Ces derniers, appelés « zazamena » en malgache, sont payés par les habitants de la localité pour assurer la défense du village notamment, contre les voleurs de zébus.

« Ce sont des migrants qui viennent du sud-est de Madagascar et qui se sont regroupés en une association pour pouvoir s'adonner à des abus. Ils disent garantir la protection des villageois. Ceux qui n'adhèrent pas à leur contrat sont victimes d'actes de banditisme. Donc les gens sont obligés de payer leur service en matière de sécurité », fait savoir le général Richard Ravalomanana, secrétaire d'Etat chargé de la Gendarmerie

D'après la gendarmerie et le directeur régional de l'environnement, ce sont les membres de cette milice qui ont tué d'un coup de sabre au niveau de la tête le gendarme et qui ont incité les villageois à s'en prendre à son collègue et aux gardes forestiers, mécontents que ces derniers viennent mettre un terme à leur exploitation dans la forêt. Les tirs de réplique du gendarme encore en vie ont fait deux morts dans la foule.

« Depuis cela, tous les agents forestiers ont peur d'aller en mission pour faire des contrôles forestiers. S'ils sont capables de tuer un gendarme armé alors nous, agents sans arme, comment allons-nous nous protéger ? », s'inquiète le directeur régional de l'environnement de l'Alaotra Mangoro.

Une enquête a été ouverte et 15 arrestations, notamment de personnes qui ont incité à la haine envers les forces de l'ordre, ont été effectuées depuis mercredi, indique la gendarmerie. Mais les auteurs du meurtre du gendarme n'ont pas encore été retrouvés, précise t-elle.

« Devant le bain de sang qui suscite l’émoi et l’indignation à Amparibolana, le respect du droit à la vie par tous et pour tous, sans distinction de fonction ou de statut social est indiscutable », rappelle la Commission nationale indépendante des droits de l'homme dans son communiqué publié le 24 janvier.

 

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