En Tanzanie, le Covid est d'abord un mot à ne pas prononcer

Vue de Dar-es-Salam, ancienne capitale et principale ville économique de Tanzanie (photo).
Vue de Dar-es-Salam, ancienne capitale et principale ville économique de Tanzanie (photo). Getty Images/Ariadne Van Zandbergen

Alors que plusieurs pays africains font face aujourd’hui à une deuxième vague de Covid-19, à l’est du continent, en Tanzanie, le silence règne sur le virus.

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En juin dernier, le président John Pombe Magufuli, « coronasceptique » revendiqué, avait déclaré la victoire sur le virus grâce à la prière. Désormais, son gouvernement menace de poursuites, pour « atteinte à la sécurité nationale », toute personne qui parlerait de la pandémie. Malgré tout, le voile du silence commence à se lever.

Ce n’est pas encore un aveu, mais presque. Ce lundi, le ministre des Finances Philip Mpango a lancé un appel à respecter les gestes barrières, même s'il a maintenu l’argument officiel que la Tanzanie n’a pas de Covid-19.

Sur les réseaux sociaux, les Tanzaniens, sous couvert d’anonymat, commencent quant à eux à évoquer le virus. À l’image de ce patient qui dit avoir contracté le virus en juin dernier. Dans son témoignage, il indique qu'on lui a conseillé de prendre du miel et du citron pour soigner ce que le médecin surnommait un « rhume ». Il dit en avoir gardé des séquelles.

Termes ambigus

Pour éviter d’éventuelles poursuites, les médecins se murent dans le silence, explique cet acteur de la société civile, qui a également souhaité rester anonyme : « Nous avons des proches qui sont des personnels de santé. Ils nous disent que le coronavirus circule beaucoup dans le pays, mais vu qu’ils n’ont pas le droit d’en parler et informent le patient concerné de manière détournée. Je suis sûre qu’ils notent Covid-19 comme motif dans leurs dossiers, mais quand ils échangent avec leurs patients, ils emploient des termes ambigus. Ici, la maladie est qualifiée de pneumonie grave ou chronique. »

Pour sortir du déni, des chefs religieux ont multiplié des appels envers leurs fidèles ces derniers jours, les incitant à prendre toutes les précautions nécessaires pour stopper la propagation du virus.

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