Maroc: l’historien Maati Monjib condamné à un an de prison ferme

L'historien, journaliste et militant des droits de l’homme marocain Maati Monjib.
L'historien, journaliste et militant des droits de l’homme marocain Maati Monjib. © Maâti Monjib

L’intellectuel de 60 ans et défenseur des droits humains, qui par le passé avait ouvertement accusé son pays de « terroriser les journalistes et les opposants en général », est actuellement en détention préventive. Il n’a même pas pu assister à l’audience qui a lieu mercredi. Son procès s’était ouvert en 2015. Il s’agissait officiellement de faire la lumière sur des malversations liées à la gestion d’un centre créé par Maati Monjib pour promouvoir le journalisme indépendant.

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Je suis scandalisé par cette décision. C’est une mesure presque de vengeance contre Monsieur Maati Monjib malheureusement, parce que depuis bientôt cinq années qu’on vient à l’audience, que le juge fait renvoyer le dossier, et personne n’a cru pouvoir clôturer cette procédure abusive. Et maintenant qu’il n’est pas là, on se précipite pour le condamner à un an en violation de tous les moyens de défense qui devraient être respectés par le tribunal et par le juge qui a statué. On ne l’a pas convoqué, on ne l’a pas invité, on ne l’a pas transporté à l’audience pour qu’il se défende. Comment une justice peut condamner quelqu’un qui est dans l’impossibilité de se défendre. C’est ça. Comment expliquer cette décision? Est-ce qu’on peut la qualifier comme une procédure normale? Non, c’est impossible. C’est un abus de droit. C’est une décision inique. C’est tout!

Maître Abderrahim Jamaï, avocat de Maati Monjib et ancien bâtonnier

Une condamnation qui scandalise également Khadija Riadhi, présidente de la coordination maghrébine des organisations des droits humains, membre de son comité de soutien au Maroc, interrogée par RFI.

« C’est une condamnation qui nous a surpris, qui est complètement illégale. Elle a eu lieu sans que la défense ne soit informée, sans que l’intéressé ne soit convoqué. Il est en prison, il n’a pas assisté, la défense n’a pas eu la parole et puis voilà, une sentence qui tombe comme ça… C’est une condamnation politique, c’est un procès politique. Ce sont des choses… comme la justice au Maroc. Ce n’est pas une justice indépendante, c’est un instrument entre les mains de l’exécutif. Il en fait ce qu’il veut pour blanchir les violations des droits humains que commettent l’exécutif, les structures sécuritaires, etc. C’est dans ce contexte de dégradation des libertés, d’un retour en arrière en ce qui concerne le droit des libertés, que cette condamnation est venue », souligne Khadija Riadhi.

Lors de ce jugement de mercredi qui concerne six autres journalistes et militants des droits humains marocains, trois d’entre eux ont écopé d’un an de prison ferme et un autre de trois mois avec sursis. Les deux derniers devront verser une amende.

 

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