Tourisme: saison blanche et sèche pour l’Afrique à cause du Covid-19

Comme beaucoup de pays africains, l'Égypte a perdu, en 2020, beaucoup de ses recettes liées au tourisme, en raison de la pandémie de Covid-19.
Comme beaucoup de pays africains, l'Égypte a perdu, en 2020, beaucoup de ses recettes liées au tourisme, en raison de la pandémie de Covid-19. AP Photo/Nariman El-Mofty

L’Organisation mondiale du tourisme (OMT) annonce une chute de 74 % du tourisme dans le monde en 2020, soit 1 000 milliards d’euros de pertes globales. Égypte, Maroc, Afrique du Sud… les principales destinations africaines accusent le coup.

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L’Afrique a perdu 70 % d’arrivées en 2020, selon le dernier baromètre de l’OMT, comme l’Europe et les Amériques (-69 %). Les pertes sont moindres qu’au Moyen-Orient (-75 %) et en Asie-Pacifique (-84 %). Mais si l’on se penche sur les chiffres nationaux des principales destinations africaines, la catastrophe paraît sévère. Le déclin va de -78 % au Maroc à -91 % en Égypte et -90 % en Afrique du Sud sur diverses périodes de l’année 2020. La réouverture des frontières après les premières mesures de confinement n’y a rien fait.

En Égypte, le tourisme avait enfin retrouvé sa forme, perdue depuis la révolution de 2011. Avec 13,6 millions de visiteurs en 2019, le pays était de retour au top, en tant que première destination africaine. Il n’en a compté que 3,5 millions en 2020, soit une baisse de 74,3 %. Les recettes ont plongé de 70 %, passant de 13 à 4 milliards de dollars entre 2019 et 2020.

Tests Covid à l’arrivée et prix cassés en Égypte

Le secteur, qui représente 12 % du PIB et de l’emploi, a été d’autant plus frappé en 2020 que le pays a figuré parmi les plus touchés par le Covid-19 en Afrique. Les frontières, fermées en mars, ont rouvert en juillet, mais seulement 400 000 visiteurs sont arrivés entre juillet et novembre, selon Khaled Al-Anani, le ministre du Tourisme. Soit 90 % de moins qu’à la même période en 2019. Une chute aux énormes conséquences économiques. « On a eu un peu de monde pendant les fêtes, mais de toute l’année 2020, je n’ai vraiment travaillé qu’en février », explique Mohamed, un taxi de la station balnéaire de Hurghada. Une situation qui l’incite à augmenter ses prix, faute de toute aide de l’État pour faire face à la crise.

Du côté des hôtels, c’est plutôt la grande braderie. La chambre au mythique Winter Palace de Louxor, un palais des années 1900 où Agatha Christie a écrit Mort sur le Nil, est bradée à 43 euros la nuit, petit déjeuner compris, soit trois fois moins qu’avant la crise. Les taux d'occupation restent inférieurs à 30 %, même avec le tourisme intérieur. La décision des autorités de permettre aux étrangers de faire un test Covid à l’entrée sur le territoire, quitte à être placés en quarantaine pendant quatorze jours à l’hôtel en cas de résultat positif, n’a pas modifié les tendances.

Seuls quelques intrépides tentent leur chance, comme cet étudiant britannique qui se réjouit d’avoir accès, à Louxor, à ce qui est devenu un luxe en Europe : « Pouvoir s’asseoir à la terrasse d’un café et regarder les gens passer ». Janet, une retraitée anglaise, ne pense pas rentrer chez elle avant le printemps. Après un mois passé à Louxor, elle ira terminer l’hiver au Maroc, où les prix sont « ridiculement bas », sourit-elle.

► À écouter aussi : En Égypte, la crise du tourisme à Louxor

Petits hôtels fermés au Maroc

Le royaume chérifien, seconde destination d’Afrique avec 12,9 millions de visiteurs en 2019, a perdu en 2020 l’un des réacteurs de son économie. Le tourisme, 11 % du PIB en 2019, est le premier pourvoyeur d'emplois (25 % des actifs). En avril, le royaume tablait sur une chute de 39 %, finalement deux fois plus forte que prévu : -78 % d’arrivées de janvier à fin octobre 2020, selon le ministre du Tourisme, avec une baisse des recettes en devises de -63 %, et 35 % des employés du secteur licenciés, selon le ministère des Finances.

Les frontières ont rouvert en septembre, mais la fréquentation n’a pas vraiment repris. Mostafa est propriétaire d’un hôtel de charme dans les gorges du Dadès, le Dar Jnan Tirioua, fermé depuis mars 2020. Il profite de la crise pour faire des travaux d’extension et doter sa casbah d’une suite, en espérant que les affaires reprennent fin 2021. À Marrakech, les hôtels haut de gamme ont eu des clients durant les fêtes de fin d’année, mais les hôtels de la cité ocre n’étaient remplis qu’entre 20 % et 30 %, pénalisés par des annulations en cascade après l’instauration d’un couvre-feu à 21 heures.

Chômage en hausse en Afrique du Sud

En Afrique du Sud, 10,23 millions de visiteurs en 2019, c’est la même catastrophe qu’en Égypte. Le tourisme représente 2,9% du PIB de manière directe, et 8,6% de manière indirecte. Les grandes vacances de l’été austral, en décembre, remplissent habituellement les stations balnéaires du Cap et de Durban. Cette année, le tourisme intérieur n’a pas sauvé la mise. À Durban, le Hilton a suspendu ses activités en janvier.

Fermées en mars 2020, les frontières ont rouvert le 1er octobre, mais l’apparition d’une variante sud-africaine du Covid-19 a découragé les étrangers en fin d’année.

En baisse de 10 % entre janvier et mars 2020 par rapport à la même période de 2019, le tourisme ne devait décliner que de 40 % en 2020 avec 6,1 millions de visiteurs attendus, selon les projections du gouvernement en avril. Finalement, les dégâts sont bien plus importants : la chute observée pour le seul mois d’octobre 2020 est de -91 % des arrivées par rapport à la même période en 2019, selon le ministère du Tourisme. Les statistiques globales, mois par mois, trop décourageantes, ne sont pas publiées depuis mars 2020 par SA Tourism.

Andile, un barman du One&Only, un hôtel cinq étoiles du front de mer au Cap, a été licencié en avril. « Je passe mon temps à courir pour donner mon CV ici et là, mais il n’y a plus de travail », témoigne-t-il. Il a fait partie des 1,8 million de salariés à recevoir des indemnités de chômage en 2020. Fléau structurel en Afrique du Sud, le chômage est passé de 23,3 % à 30,8 % d’actifs en quête d’emploi entre les deux premiers trimestres de 2020 – 43% des actifs, si l’on tient compte de ceux qui ont renoncé à chercher du travail. 

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