Madagascar: aquaculteurs et pêcheurs s'inquiètent des failles dans la gouvernance du secteur

L'exportation des ressources marines ne rapporte pas à l'Etat malgache ce qu'il est en droit d'espérer estiment le Groupement des entreprises de Madagascar et le Groupement des aquaculteurs et pêcheurs de crevettes (image d'illustration)
L'exportation des ressources marines ne rapporte pas à l'Etat malgache ce qu'il est en droit d'espérer estiment le Groupement des entreprises de Madagascar et le Groupement des aquaculteurs et pêcheurs de crevettes (image d'illustration) RFI/Sarah Tetaud
Texte par : RFI Suivre
4 mn

Le Groupement des entreprises de Madagascar et le Groupement des aquaculteurs et pêcheurs de crevettes s'alarment des défaillances dans la gouvernance de la filière halieutique. L'exportation des ressources marines ne rapporte pas à l'Etat malgache ce qu'il est en droit d'espérer, estiment ces derniers dans un communiqué conjoint. Madagascar accuse une perte estimée à plus de 80 millions de dollars par an dues à ces défaillances de gouvernance, soit plus que le budget de la direction de la pêche, indiquent-ils.

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 Avec notre correspondante à Antananarivo, Laetitia Bezain

Principale défaillance pointée par ces deux groupements : la collecte des taxes sur les produits halieutiques exportés « Certaines filières, en particulier le crabe et l'aileron de requin, sous-déclarent de façon excessive la valeur à l'exportation de façon à échapper à un juste niveaux des redevances », indiquent-ils. 

S'il ne donne pas de montant exact, le ministre de l'Agriculture, de l'élevage et de la pêche, Lucien Ranarivelo reconnaît un manque à gagner important. « Nous sommes très loin des possibilités de collectes de redevances. On constate des incohérences dans les chiffres en faisant le recoupement entre les données au niveau du secteur de la pêche et celles sorties au niveau des douanes », explique t-il. Une réforme est en cours de finalisation pour remédier, notamment, à cette faille et arriver à un taux de redevance acceptable, assure t-il.

« Le secteur halieutique est un secteur clé mais jusqu'à présent il ne contribue pas beaucoup au développement du pays pour différentes raisons et c'est ça le défi que nous sommes en train de relever actuellement. La réforme est imminente et elle se fait pour l'intérêt de Madagascar, du secteur et du plus grand nombre », poursuit Lucien Ranarivelo

Le Groupement des entreprises de Madagascar et celui des aquaculteurs et pêcheurs de crevettes dénoncent « un pillage organisé » des ressources marines, « des pirates invités » et « des pêches privées opaques. »

« Il y a beaucoup de fausses informations qui circulent autour du secteur halieutique à Madagascar », estime le Ministre, qui concède que « les pêches illicites dans les eaux malgaches peuvent arriver ». Madagascar possède seulement deux bateaux de surveillance, l'un pour le large et l'autre pour les zones côtières et n'a pas suffisamment de gardes-côtes.

Dans leur communiqué, les deux groupements s'inquiètent aussi du budget destiné à l'Autorité sanitaire halieutique, organisme rattaché au ministère de la Pêche et chargé de contrôler la qualité des produits à l'exportation. Celui-ci, d'un montant de 1,3 milliard d'ariary (environ 290 000 euros) n'est plus assuré, font-ils savoir. Une situation « très grave » qui « pourrait conduire le Comité vétérinaire permanent de l'Union européenne à prononcer, à très court terme, un embargo sur toutes les exportations halieutiques malgaches à destination de l'espace européen, ce qui serait catastrophique dans le contexte actuel de crise économique », s'alarment-ils.

Alors que la campagne de la pêche aux crevettes devrait débuter dans le courant du mois de mars, le ministre de la Pêche assure qu'un décret de mise à jour de l'Autorité sanitaire Halieutique sera pris dans les prochains jours, ce qui permettra de lui transférer son budget.

Le Groupement des entreprises de Madagascar et celui des aquaculteurs et pêcheurs de crevettes demandent, entre autres, plus de transparence sur l'octroi des droits de pêche, une meilleure organisation et représentation de la filière, l'adoption par l'Assemblée Nationale du plan de lutte contre la pêche illégale, la mise en place au niveau du ministère de mesures permettant l'écocertification. « La crevette de pêche à Madagascar a perdu son leadership et sa valeur relative sur les marchés car la plupart des pêcheries concurrentes accèdent à l'écocertification », font-ils remarquer.

 

 

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