Deuxième vague de Covid-19, nouveaux variants: la stratégie sanitaire de l’UA à l’épreuve

Thabisle Khlatshwayo, une volontaire sud-africaine, s'apprêtant à recevoir un vaccin contre le Covid-19 en phase de test à Johannesbourg, le 30 novembre 2020.
Thabisle Khlatshwayo, une volontaire sud-africaine, s'apprêtant à recevoir un vaccin contre le Covid-19 en phase de test à Johannesbourg, le 30 novembre 2020. © AP/Jerome Delay

Si jusqu’ici la stratégie régionale de l’Union africaine (UA) face au coronavirus a été globalement saluée, l’accélération de la pandémie dans plusieurs pays africains bouleverse la donne. Ce phénomène risque de dominer les discussions lors du sommet annuel de l’organisation qui s’ouvre ce week-end et dont les réunions se tiendront en visioconférence.

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« Si vous observez la courbe épidémiologique, vous remarquez une augmentation du nombre de cas dans pratiquement tous les pays d’Afrique », déclare à RFI le professeur Didier Ekouevi, président du conseil scientifique au Togo. Les chiffres confirment son propos. Selon le dernier rapport du Centre africain de prévention et de contrôle des maladies (CDC), le taux de mortalité s’établit en effet à 2,5%, dépassant désormais la moyenne mondiale de 2,2%. La preuve que la deuxième vague est bel et bien là.

La première vague avait relativement épargné l’Afrique, grâce en partie au rôle joué par le CDC, une agence spécialisée de l’Union africaine, dans la lutte contre le coronavirus. « Dès le début de la crise, elle a misé sur la coordination », explique Yap Boum, représentant régional d’Épicentre, le centre de recherche épidémiologique de Médecins sans frontières (MSF) au Cameroun. « En février 2020, trois pays au maximum dans toute l’Afrique étaient capables de diagnostiquer le Covid-19, aujourd’hui les 55 États du continent sont tous en mesure de le faire », affirme-t-il à RFI.

Augmentation des tests, déploiement d’agents de santé, port des masques, le CDC Africa, piloté par le docteur John Nkengasong a « joué son rôle de tireur de sonnette d’alarme », abonde Didier Ekouevi. Mais sa stratégie est aujourd’hui mise à mal. 

Lassitude et variants

« Nous constatons tous le non-respect des gestes barrières, et une baisse de la vigilance. Il y a une lassitude de la population qui, après dix mois, ne voit toujours pas la fin de l’épidémie », souligne-t-il. Yap Boum se rappelle la visite, en novembre dernier, du chef du CDC Africa au Cameroun. « Il est venu mettre en garde la population sur l’arrivée de la deuxième vague, mais le message n’est pas suffisamment passé. Le port du masque ici reste anecdotique. »

Ce relâchement inquiète les experts à l’heure où les nouveaux variants circulent sur le continent. « On les a diagnostiqués au Sénégal et en Gambie, le nombre de cas ne fait qu’augmenter au Ghana, notamment chez les jeunes », ajoute le professeur Ekouevi, inquiet du fait que « ces variants agissent déjà dans nos pays ». MSF a tiré la sonnette d’alarme mercredi, appelant à la vaccination d’urgence en Mozambique, Eswatini et Malawi, des pays qui subissent de plein fouet l’arrivée du variant sud-africain.

Démarrage lent 

L’Union africaine n’est pas restée les bras croisés. La semaine dernière, elle a commandé 670 millions de doses à travers sa plateforme Avatt, en complément du dispositif Covax du Gavi et de l’OMS, censé fournir au continent 600 millions de doses. Quatre pays africains ont déjà commencé à vacciner leurs populations : le Maroc, l’Égypte, les Seychelles et la Guinée. Dans quelques jours, ce sera au tour du Rwanda, du Cap-Vert, de l’Afrique du Sud et de la Tunisie qui s’apprêteront à recevoir 320 000 doses du vaccin Pfizer. L’Afrique entend ainsi rattraper son retard. Jeudi, la directrice régionale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Dr Matshidiso Moeti, a déclaré que le continent « ne se contentera plus de regarder les autres lancer des campagnes de vaccination. »

Mais la vaccination ne règle pas tout. « Le vaccin n’agit que sur les formes sévères, non pas sur la transmission », rappelle Yap Boum. L’épidémiologiste de MSF demeure sceptique d’ailleurs quant à l’objectif de l’Union africaine de vacciner 60% de la population pour atteindre une immunité collective. « On a vu au Brésil que malgré une prévalence du coronavirus à 100%, la deuxième vague a quand même fortement touché les populations. Les personnes qui ont été exposées n’ont pas eu une immunité sur le long terme. »

Vigilance

Pour sa part, le professeur Ekouevi estime que l’approche vaccinale doit venir en complément des autres stratégies. « Nous avons des données très parcellaires sur le rôle exact des vaccins dans la transmission du coronavirus, c’est pour cela que même les personnes qui sont vaccinées doivent continuer à respecter les gestes barrières. » 

Un message que les dirigeants africains devront marteler ce week-end lors du sommet virtuel de l’UA, afin de convaincre leurs populations de rester vigilantes.

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