Centrafrique: la prolongation de l’état d’urgence suscite des inquiétudes

Aux abords du stade de Bangui, des partisans attendent pour un meeting leur candidat à l'élection présidentielle. Le 19 décembre 2020.
Aux abords du stade de Bangui, des partisans attendent pour un meeting leur candidat à l'élection présidentielle. Le 19 décembre 2020. AFP - ALEXIS HUGUET

En Centrafrique, l’Assemblée nationale a voté - par acclamation - le 5 février une prolongation de l’état d’urgence pour six mois. Cette décision suscite des inquiétudes au sein de la société civile qui s'inquiète d'un certain nombre de « dérives » observées depuis que celui-ci est instauré.

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Avec notre envoyée spéciale à Bangui, Florence Morice

Les autorités justifient cette décision par la nécessité, pour les autorités, d’avoir les coudées franches pour pacifier le pays en proie, depuis mi-décembre, à une nouvelle rébellion. Cependant, pour Gervais Lakosso, ce n’est pas le principe de l’état d’urgence qui est problématique mais sa durée.

« Mauvais signal »

« Six mois, c’est trop », estime le coordonnateur du groupe de travail de la société civile sur la crise centrafricaine. Il voit, dans cette décision, un « mauvais signal » de la part des autorités.

« Cela démontre un état d’esprit de panique. Nous pensons que le gouvernement ne devrait pas céder à la panique ni distiller de la panique dans le pays parce que, maintenir l’état d’urgence pendant six mois, c’est presque un régime d’exception et c’est inquiétant. Cela démontre que la crise est loin de finir », explique-t-il.

Comment prétendre, dans ce contexte, organiser la suite des élections législatives dans de bonnes conditions ? Gervais Lakosso s’interroge, d’autant que ces quinze derniers jours écoulés sous état d’urgence ont donné lieu à des « abus » et des « excès de zèle » de la part des forces de sécurité.

Arbitraire ?

« Il y a eu beaucoup de ressortissants de l’ethnie Baya qui ont été arrêtés *[l’ethnie de François Bozizé]. Il y a un fort pourcentage dans ce groupe ethnique. Il y a eu beaucoup d’arrestations qui tendent vers l’arbitraire, d’enlèvements, de personnes qui par la suite sont retrouvées mortes. Et ce n’est pas normal », ajoute Gervais Lakosso.

Interrogée à ce sujet jeudi, Denise Brown, représentante spéciale adjointe du secrétaire général de l’ONU en Centrafrique, considère qu’il serait prématuré de confirmer pareille tendance, mais assure que toutes les informations qui lui parviennent sur d’éventuelles atteintes aux droits de l’homme, dans le conflit en cours, sont soigneusement examinées.

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