Madagascar: pourquoi Diego-Suarez est-elle sous haute surveillance?

Dans une rue de Diego-Suarez, à Madagascar, des consommateurs et des vendeurs de khat, fraîchement livré.
Dans une rue de Diego-Suarez, à Madagascar, des consommateurs et des vendeurs de khat, fraîchement livré. RFI/Sarah Tétaud
Texte par : RFI Suivre
4 mn

À Diego-Suarez, à la pointe nord de Madagascar, l’ambiance qui règne en ville est déroutante. Depuis un mois, un important dispositif de forces de l’ordre a été déployé dans la cité portuaire, malgré un contexte pacifique.

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Avec notre correspondante à Antananarivo, Sarah Tétaud

Les étudiants de la faculté d’Antsiranana réclamaient hier matin la libération de leurs six camarades ainsi que celle d’un de leur enseignant, le directeur des affaires sociales, incarcérés depuis le 25 janvier après une violente soirée d’émeutes dans la cité universitaire. Le point de départ de ces échauffourées serait une coupure d’électricité forcée et la pénurie d’eau récurrente dans les lieux de vie. Les forces de l’ordre avaient alors usé de grenades lacrymogènes et effectué des tirs de sommation. Trois gendarmes au moins avaient été blessés.

À la place, trois nouvelles arrestations, musclées, ont eu lieu sur un campus quadrillé par des militaires lourdement armés. Le matériel de sonorisation a été confisqué. Aucun des étudiants présents à la manifestation n’a souhaité témoigner au micro, de peur d’être reconnu et appréhendé par les forces de l’ordre.

Communication officielle

A contrario, en ville, les marchés, les bars et karaokés sont ouverts. L’atmosphère est on ne peut plus calme. Les habitants et le maire le confirment. Seul le positionnement des forces d’intervention à tous les croisements rappelle à la population l’étrangeté de la situation. « Est-ce que quelque chose est en train d’être mijoté ? Ca, je ne sais pas… », lâche par téléphone le premier élu.

Officiellement, il s’agit de prévenir la grève des étudiants – initiée début janvier – qui réclament le paiement de leurs bourses d’études et qui dénoncent l’absence de recrutement pour les Normaliens diplômés. Officieusement, beaucoup voient dans cette militarisation excessive la crainte d’un soulèvement populaire qui rappelle les heures sombres de la ville, théâtre de soulèvements violents en 2002 et 2009, lors des deux coups d’Etat.

Pour certains, comme pour ce fin connaisseur de la vie politique de cette cité qui a requis l’anonymat, ce déploiement massif de militaires laisse à penser qu’au plus haut sommet de l’État, la crainte d’une étincelle est palpable.

« La communication officielle dit qu’il y a recrudescence de phénomène de foroches (NDLR bandes de jeunes délinquants). Mais ce n’est pas le cas ! Personne ne se plaint de se faire agresser ici. Pourquoi ça se passe exactement au moment où il y a du grabuge à Tana ? Ce n’est pas que pour ces étudiants que tous ces militaires sont rameutés. Pour moi, ce déploiement des forces de l’ordre est une manœuvre de dissuasion pour prévenir d’éventuels troubles politiques. Parce que Diego est un centre névralgique, que ce soit économique, politique ou personnel au niveau de certains membres du gouvernement [le Premier ministre est diégolais, NDLR]. Diego a joué un grand rôle durant les coups d’État de 2002 et 2009. Donc si les autorités arrivent à sécuriser la ville, c’est déjà ça de gagné pour arriver à garder le calme dans le pays. »

Pas d'arrière-pensées politiques

De son côté, le préfet de Région, qui n’a pas révélé le nombre de forces prépositionnées dans la ville, dément, lui, toute arrière-pensée politique mais souligne la dangerosité des étudiants.

« La situation est particulière par rapport à l’université. L’atmosphère est chaude sur le campus. Oui, ils représentent une vraie menace. Il y a eu beaucoup de dégâts matériels. La dernière fois, ils ont tenté de kidnapper le président de l’université. C’est un acte criminel ! Ils ont tenté de créer un foyer de tensions, source de désordre d’après nous. »

Les étudiants ont prévu de poursuivre leurs manifestions ces prochains jours.

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