Tchad: douze manifestants condamnés suite aux mobilisations contre un 6e mandat de Déby

Palais de justice à Ndjamena, au Tchad. (Photo d'illustration)
Palais de justice à Ndjamena, au Tchad. (Photo d'illustration) AFP/Pascal Guyot

Quatorze personnes arrêtées samedi dernier pendant qu’elles manifestaient contre un sixième mandat du président Idriss Déby ont été jugées vendredi 12 février. Douze sur quatorze ont été condamnées à trois mois de prison avec sursis. Les deux autres ont été relâchées pour infraction non constituée.

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Ils étaient 14 à comparaître au total, pour notamment coups et blessures volontaires, trouble à l'ordre public, destruction et extorsion de biens publics. Mais la trésorière du parti Les Transformateurs, Fatimé Soumaïla, et un étudiant, ont été relaxés.

Les 12 autres ont eux été condamnés pour avoir bravé l'interdicition de manifester samedi dernier, en réaction à la désignation d'Idriss Déby comme candidat à un nouveau mandat. Parmi eux, le secrétaire général de la Convention tchadienne des droits de l'homme, Mahamat Nour Ibedou. Son organisation a dénoncé un jugement politique sans base légale.

Au cours de l’audience qui a duré dix heures, les avocats, plus nombreux que les prévenus, ont ciblé sans relâche le parquet. Les auditions de tous les prévenus se sont passées sans l’assistance des avocats. Ce qui doit entraîner une nullité de la procédure ont-ils insisté.

Ils ne seront suivis par les juges ni sur cet argument, ni sur le fait que manifester en dépit d’une interdiction n’est pas un délit. Le tribunal a requalifié les faits en délit d’attroupement non armé et condamné douze prévenus à trois mois de prison avec sursis.

Me Laguerre Djerandi, un des avocats des prévenus, a indiqué à notre correspondant à Ndjamena, Madjiasra Nako, qu’ils allaient faire appel : « Le combat n’est pas fini. On va revenir devant la cour d’appel et on espère qu’on obtiendra une infirmation pure et simple de cette décision. »

Réfugié dans le périmètre de l’ambassade des Etats-Unis depuis samedi, le leader des Transformateurs Succès Masra qui conditionnait son départ des lieux à la libération de ses compagnons, les a rejoints en début de soirée. « Soit il y a quelque chose à reprocher et alors moi premier parmi les premiers, devrait être touché par cela. Et cela montre qu’on est plus dans un procès judiciaire mais dans un procès politique. »

En dépit d'une nouvelle interdiction, les manifestants contre le sixième mandat d’Idriss Deby appellent à une deuxième marche ce samedi. Le parti de Succès Masra, Les Transformateurs, doit notamment être rejoint par le parti de l'opposant historique et candidat à la présidentielle Saleh Kebzabo.

Je note avec beaucoup de satisfaction que c'est la société tchadienne dans sa globalité, c'est le peuple dans sa globalité qui est en train de se lever.

Succès Masra, président du parti d'opposition Les Transformateurs

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