Reportage

Pour les déplacés du Darfour, «les accords de paix, c’est que de l’encre sur du papier»

Dans le camp de déplacés de Chedad, au Darfour, 668 familles viennent d'arriver après l'attaque de leur village il y a cinq semaines.
Dans le camp de déplacés de Chedad, au Darfour, 668 familles viennent d'arriver après l'attaque de leur village il y a cinq semaines. © Abdulmonam Eassa/RFI

La province de l’ouest du Soudan, ravagée depuis 2003 par la guerre civile et le génocide, dont les violences ont fait plus de 300 000 morts, peine à sortir de l’ornière malgré la chute de la dictature. Mardi, les Nations unies ont déploré le pillage d’une des bases de sa mission Minuad, dont le mandat a expiré fin décembre 2020. Les violences tribales sont également quasi quotidiennes. RFI s’est rendu dans le camp de déplacés de Chedad, où 668 familles sont arrivées après l’attaque de leur village il y a cinq semaines.

Publicité

Avec notre envoyé spécial dans le camp de Chedad, Sébastien Németh

Ils dorment sous des lambeaux de vêtements étendus sur des bouts de bois. Les habitants de Fallouja n’ont plus rien après avoir fui leur village dans le chaos et la peur. Aïsha Nour est en larmes lorsqu’elle raconte l’attaque. « Ils nous ont volé nos animaux. Quatre d’entre eux sont entrés chez moi, ils m’ont frappée et m’ont chassée, rapporte-t-elle. Aujourd’hui, je n’ai plus rien. Ils ont brûlé le village et ils ont bloqué des gens à l’intérieur. »

Une partie des villageois a disparu, d’autres ont fui dans les montagnes, des blessés ont été transportés à l’hôpital. Et quand on leur demande qui sont les assaillants, tous répondent : « les Janjawid ». ces miliciens arabes ont été le bras armés du génocide sous la dictature. Ironie tragique, le camp de Chedad abrite déjà des habitants du même village déplacés après une attaque en 2015.

Violences sans fin

Adam Mahamat s’insurge contre ce cercle sans fin dans lequel les tribus non arabes sont toujours victimes. « Il n’y a aucune justice, s'indigne-t-il. Les accords de paix, c’est que de l’encre sur du papier. On ne veut pas une paix de mort, une paix de tombes. Près de Fallouja, il y a une base de l’armée. Mais personne n’a bougé. C’est le pouvoir des Arabes. »

Autre source de colère, la présence d’une base onusienne de la force Minuad à seulement 300 mètres de Chedad. « On leur a amené un brûlé grave, mais ils ont refusé de nous accueillir soi-disant à cause du Covid-19, raconte Abdallah Adam, le chef du camp. J’ai gardé le blessé chez moi pendant une semaine. Les casques bleus sont juste là. Avant, ils nous rendaient souvent visite, mais désormais, ils nous ferment la porte au nez. »

La mission onusienne n’a plus de mandat depuis fin décembre. Son retrait sera terminé en juin. En attendant, les déplacés de Chedad se disent abandonnés par tous.

► À lire aussi : Au Soudan, les jeunes Darfouris regardent vers l'avenir

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail