REPORTAGE

Soudan: fosses communes du génocide au Darfour et menace de nouveaux cycles de violences

Au Soudan, des anciens se recueillent devant les monticules de terre marquant les tombes et fosses communes, une prière en mémoire des 92 victimes du massacre de 2009, dans la région de Tawila, au Darfour, le 27/2/2021.
Au Soudan, des anciens se recueillent devant les monticules de terre marquant les tombes et fosses communes, une prière en mémoire des 92 victimes du massacre de 2009, dans la région de Tawila, au Darfour, le 27/2/2021. © Abdulmonam Eassa/RFI

Le Soudan a ratifié, le mardi 23 février, la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées ainsi que la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Une avancée historique, a dit le gouvernement, mais qui ne doit pas cacher les années noires du pays, notamment au Darfour où la guerre civile et le génocide ont fait plus de 300 000 morts.

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Avec notre envoyé spécial à Tawila, Sébastien Németh

Dans la zone de Tawila, dans le Nord de la province du Darfour, les fantômes de cette période sanglante hantent toujours les quelques 270 000 déplacés de la guerre qui y vivent encore, un quotidien sous la menace constante de nouveaux cycles de violences, même 22 ans après un massacre qui a ensanglanté la localité.

Recueillement

Des anciens se recueillent devant les monticules de terre marquant les tombes et fosses communes. Une prière en mémoire des 92 victimes du massacre de 2009. Adam Mohamed Mahmoud est l’un des chefs locaux.

« C’était au marché. Les miliciens arabes Janjawid avaient reçu des ordres. Ils ont tiré sur la foule. Les gens étaient sans défense. Quand on passe par ici on se sent tristes. Parfois on essaye d’éviter le cimetière, d’autres fois on s’arrête pour une prière. »

Impunité

Plus de 20 ans après les faits, l’impunité reste totale. Parfois, les victimes se retrouvent même face à face avec leurs bourreaux.

« Personne n’a jamais été arrêté. Il faut une justice pour que les familles retrouvent la paix. Si l’impunité continue, les crimes vont se poursuivre », ajoute Adam Mohamed Mahmoud.

À la merci des milices

Aujourd’hui, la dictature a chuté mais le niveau de danger reste élevé. Résultat, une grande majorité des déplacés refuse toujours de rentrer chez eux.

« Les Janjawids sont encore nombreux et bien armés. Récemment, on a eu un vol d’animaux, avec des morts, des maisons brûlées et des viols. L’Etat est là mais c’est lui qui a créé ces milices. Quand elles attaquent, il ne fait rien », témoigne Hamid Zakaria Ali Isaaq, coordonateur des camps.

Ces populations fragilisées trouvaient un peu de sécurité auprès de la Minuad mais la mission onusienne a terminé son mandat fin décembre. Les déplacés se disent désormais à la merci des miliciens.

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