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Tchad: l’opposant Yaya Dillo exfiltré de son domicile par des proches

L'assaut de la résidence de l'opposant et candidat à la présidentielle tchadien Yaya Dillo par la police a fait au moins deux morts. (Archive 2007)
L'assaut de la résidence de l'opposant et candidat à la présidentielle tchadien Yaya Dillo par la police a fait au moins deux morts. (Archive 2007) AFP - THOMAS COEX

C’est désormais officiel, l’opposant tchadien et candidat à la présidentielle, Yaya Dillo, dont le domicile a fait l’objet de violents affrontements qui ont fait plusieurs morts et blessés, selon les sources, a été exfiltré par des proches, dès dimanche 28 février dans la soirée, une information RFI confirmée, en fin de journée de ce lundi 1er mars, par le Procureur de Ndjamena.

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Yaya Dillo a été exfiltré de sa concession par des proches qui l’ont mis en lieu sûr, nous a assuré un de ses frères, Ousmane Dillo. Une information corroborée par d’autres sources. Cela s’est passé ce dimanche soir, vers 18 heures, heure locale. Ses amis auraient profité de la confusion qui a régné dans le quartier lorsque des civils ont caillassé un véhicule miliaire. Les gendarmes sont alors intervenus à coups de bombes lacrymogènes. C’est à ce moment-là que l’opposant a été l’exfiltré, selon nos sources, qui se posent de nombreuses questions.

Comment sont-ils passés entre les mailles du filet ? Mystère. Mais certains pointent la volonté du pouvoir de ne pas envenimer la situation après la mort de la mère et d’un neveu de l’opposant. Il faut rappeler que Yaya Dillo est un proche parent du président Idriss Déby. Ces dissensions et les violences de dimanche auraient suscité de véritables tensions au sein de leur tribu, les Zaghawas, et de l’armée. Une information démentie dès dimanche par le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Chérif Mahamat Zène.

Tout le quartier où vit le candidat à la présidentielle tchadienne est quadrillé depuis trois jours par un impressionnant dispositif militaire : des dizaines de camionnettes, des véhicules blindés, des policiers, mais surtout des hommes de la DGSSIE, une sorte de garde présidentielle d’Idriss Déby. Il est toujours quasi impossible de communiquer avec la capitale tchadienne : internet est toujours coupé et le réseau téléphonique extrêmement perturbé, pour des raisons de sécurité.

À lire aussi : Yaya Dillo est aussi à la Une de la revue de la presse du mardi 2 mars 

Des violences qui ont choqué tout le pays

Les autorités communiquent tous azimuts après un déferlement de violences à moins de deux mois de la présidentielle du 11 avril prochain, avec une prise de parole du ministre des Affaires étrangères, Amine Abba Siddick, qui a revu à la hausse le bilan de ces violences, dans les rangs des forces de l’ordre.

Le porte-parole du gouvernement n’avait parlé, jusqu’ici, que de deux morts et cinq blessés dont trois membres des forces de l’ordre. Le ministre tchadien des Affaires étrangères a annoncé, au corps diplomatique, que deux autres éléments des forces de sécurité à bord d’un blindé, ont été tués, toujours au cours de l’opération de dimanche.

Un des blindés s’étant arrêté dans la cour de la maison a été pris d’assaut, les deux membres de son équipage ont été tués. Dans la cohue qui s’en est suivie, les policiers ont laissé partir plusieurs civils qui fuyaient afin de ne pas faire d’autres victimes collatérales. Monsieur Yaya Dillo s’est alors probablement échappé, profitant de se cacher parmi eux.

TCHAD _Son MATIN MAE sur affaire Dillo

Yaya Dillo parlait lui de cinq tués, rien que ses proches dont sa mère. Amine Abba Siddick affirme qu’elle a été touchée mortellement par une balle tirée depuis l’intérieur de la maison de son fils. Selon le ministre, Yaya Dillo aurait également tiré et blessé personnellement sur trois agents des forces de l’ordre tout en s’abritant derrière des membres civils de sa famille.

Il assure qu’une tentative de médiation qui a duré plusieurs heures n’a rien donnée, et preuve de la retenue des forces de l’ordre selon lui, ils auraient laissé partir volontairement de nombreux civils qui fuyaient, « afin de ne pas faire d’autres victimes collatérales ».

Poursuivi notamment pour diffamation contre l’épouse du chef de l’État tchadien depuis des mois, Yaya Dillo n’a jamais répondu aux convocations de la justice, a accusé le ministre Amine Abba Saddick.

Il est réapparu à Ndjamena, la semaine passée, pour le dépôt de sa candidature à la présidentielle. La police a alors tenté de l’interpeller samedi, il aurait refusé de les suivre, d’où un retour en force hier, une résistance armée du côté de l’opposant et le drame s’en est suivi, a expliqué le procureur de Ndjamena, Youssouf Tom.

Le dimanche 28 février 2021, les officiers de la police judiciaire chargés d’exécuter les mandats ont renforcé leur sécurité pour se rendre au domicile de Yaya Dillo, celui-ci a opposé une résistance et il y a eu échanges de tirs qui ont causé des morts et des blessés. Aux dernières nouvelles, Yaya Dillo a quitté son domicile avec l’aide d’acolytes et sa position demeure inconnue.

TCHAD _Son Procureur sur affaire Dillo

Aucune source indépendante ne confirme jusqu’ici cette version officielle. De son côté, Yaya Dillo ne s’est pas encore exprimé depuis qu’il a echappé à ceux qui cherchaient à l’arrêter. Il avait dénoncé dimanche une tentative d’assassinat pour des mobiles politiques. Dans ce climat de tensions, le principal opposant tchadien, Saleh Kebzabo, qui se dit « terrifié » par une telle « barbarie » a annoncé son retrait de la course à la présidentielle.

Le camp d’Idriss Déby se divise

Ancien chef rebelle rentré à Ndjamena pour devenir membre du gouvernement puis ambassadeur à la Cémac, Yaya Dillo avait rompu avec le régime et décidé de se présenter à la présidentielle du 11 avril. Il est sous le coup de deux mandats d'arrêt, après avoir été visé par une plainte pour diffamation et injures à l'encontre de la Première dame Hinda Déby Itno. En mai dernier, il avait notamment critiqué une convention signée entre la fondation de l'épouse du chef de l'État et le gouvernement dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, dénonçant des malversations et avait déjà résisté à une précédente tentative d'arrestation.

Mais pourquoi le régime a-t-il voulu l’arrêter aujourd'hui et comment expliquer la violence de cette tentative d’arrestation ? Joint par RFI, Jérôme Tubiana, chercheur indépendant, spécialiste du Tchad, nous donne des précisions.

On voit que, pour un régime comme le régime tchadien, il est inacceptable que la communauté zaghawa se divise et que des défections ou des divergences s’affichent publiquement. C’est un danger beaucoup plus grand pour le régime, visiblement, que des oppositions plus habituelles et traditionnelles venant d’autres parties du pays.

TCHAD Q/R SOIR Q/R Jérôme Tubiana

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