Législatives en Côte d’Ivoire: début des opérations de vote

Opérations de vote à Yopougon, Abidjan, ce samedi 6 mars 2021.
Opérations de vote à Yopougon, Abidjan, ce samedi 6 mars 2021. © Paulina Zidi/RFI

Ce sont des élections législatives ivoiriennes avec, en toile de fond, le désir d'un retour à une vie politique apaisée. Près de 7 millions et demi d’électeurs ivoiriens sont attendus dans les bureaux de vote, ce samedi 6 mars, afin de renouveler les 255 sièges à l'Assemblée nationale. Le RHDP, le PDCI, Le FPI, les trois principales forces politiques participent au scrutin 4 mois après une présidentielle boycottée par les opposants et des violences qui avaient fait 87 morts. Tour d’horizon avec nos correspondants et envoyés spéciaux.

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Tout d'abord, une affluence mitigée dans les bureaux de vote à Abidjan ce matin, note notre correspondant à AbidjanPierre Pinto.Peu de monde à Cocody, un peu plus à Koumassi et davantage encore dans la commune du Plateau.

Pas d’incidents majeurs signalés par les observateurs, si ce n’est quelques couacs somme toute habituels dans ce genre d’élections à savoir, des retards à l’allumage, ce matin, dans certains bureaux de vote. Des forces de sécurité ou encore du matériel qui se sont fait attendre ont provoqué ces retards. Une bagarre entre militants adverses a été signalée à Port-Bouët dans le sud d’Abidjan mais globalement, une situation calme.

Micro-trottoir à Cocody

Le président Alassane Ouattara a voté, lui, en fin de matinée, à Cocody. Il a salué « la première élection pluraliste depuis vingt ans », puisque les pro-Gbagbo y participent.

« La campagne a été apaisée et je m’en réjouis », a encore déclaré le président ivoirien qui a souhaité que les épisodes malheureux de 2020 et 2010 soient définitivement derrière nous et que les Ivoiriens puissent choisir leurs représentants en toute quiétude.

Henri Konan Bédié, quant à lui, a voté une heure plus tôt au même endroit, au lycée Sainte Marie de Cocody. Il a appelé les Ivoiriens à aller voter massivement pour leur candidat. Il a exhorté aussi le gouvernement « à prendre toutes les mesures nécessaires pour la sécurisation du scrutin et pour empêcher des violences ».

La participation, c’est un enjeu de ce scrutin. Pour la première fois depuis dix ans, tous les partis politiques y participent y compris les partisans de Laurent Gbagbo sous les couleurs de la plateforme EDS (Ensemble pour la démocratie et la souveraineté). Tous les camps jouent gros et ont appelé leurs électeurs à se mobiliser.

Aux dernières législatives, en 2016, la participation avait à peine dépassé les 34 % mais après une présidentielle de 2020, boycottée par l’opposition et marquée par des violences politiques, les états-majors espèrent que les électeurs vont se rendre cette fois massivement aux urnes pour s’exprimer : les partisans du pouvoir  pour conforter la victoire de leur champion, Alassane Ouattara, et lui permettre d’avoir les mains libres à l’Assemblée pour mener sa politique ; ceux de  l’opposition à l’appel de leur leader pour ne pas laisser ce qu’ils appellent « le pouvoir absolu » au RGDP d’autant que, cette fois-ci, la campagne s’est déroulée dans un climat apaisé, plus propice à faire en sorte que les électeurs qui ne sont pas forcément des militants, décident d’aller glisser un bulletin dans l’urne.

Bouaké, résumé de cette élection

Ce scrutin est marqué par le retour dans le jeu électoral des partisans de l'ancien président Laurent Gabgbo, après 10 ans d'absence. François Mazetnotre envoyé spécial à Bouaké, la deuxième ville de Côte d'Ivoire dans le centre du pays, a pu constater que les bureaux de vote ont pris un peu de retard.

Ainsi, à la bourse de travail du quartier Koko, un centre de vote qui compte 11 bureaux, ces derniers ont ouvert en ordre dispersé. La plupart l’ont fait dans le dernier quart d’heure, le temps de vérifier les listes, de tout installer et de sceller les urnes.

Un peu de monde tout de même pour cette ouverture, la plupart des électeurs intéressés étaient là bien avant 8 heures dans l’espoir d’aller vite aux urnes faire leur devoir de citoyen et ensuite de vaquer à leurs occupations, d’aller travailler.

Quatre listes s’offrent aux électeurs de Bouaké qui résument un peu le panorama de cette élection. Il y a le RHDP, le parti au pouvoir, Bouaké est un fief du parti d’Alassane Ouattara ; la liste est menée par le ministre des Transports Amadou Koné qui espère faire un score triomphal.

Face à lui, trois adversaires, PDCI-EDS d’un côté, les deux grandes formations de l’opposition qui font cause commune aujourd’hui, d’autres partis d’opposants autour du FPI et un candidat indépendant.

Bureau de vote à Bouaké.
Bureau de vote à Bouaké. © François Mazet/RFI

De forts enjeux

Dans la circonscription de Gagnoa sous-préfecture et celle de Gagnoa commune, signale notre envoyé spécial Francois Hume FerkatadjiPDCI et EDS font cavalier seul. Dans le centre scolaire Henriette Dagri Diabaté qui comporte 5 bureaux de vote, les électeurs étaient peu nombreux, dans la matinée. Le vote s'est déroulé dans le calme.

Cela a été beaucoup plus tendu, par contre, à quelques pas de là, à la bourse du travail, où une bagarre a éclaté entre les superviseurs des différentes listes, celle des candidats RHDP et celle de candidats indépendants concurrents, chacun s’accusant de vouloir frauder en modifiant le contenu de la liste électorale. Vers 11 heures, l’intervention des forces de sécurité - près d’une centaine de policiers et de gendarmes -  a été nécessaire pour ramener l’ordre. Le vote a repris un peu plus d’une heure après.

Dans cette circonscription  n°69, un siège est à pourvoir et l’on compte pas moins de 17 candidatures, 13 indépendants, la plupart des pro-Gbagbo et 4 candidats issus des grands partis.

Ici, l’enjeu est de taille. Le PDCI et EDS, la plateforme des pro-Gbagbo, n’ont pas réussi à trouver un accord, alors que dans la plupart des autres circonscriptions, ils se sont alliés.

Ce sont même deux mastodontes politiques qui s’affrontent faisant dire à certains commentateurs qu’il s’agit d’un « match par procuration » entre les deux anciens présidents, Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo. Un observateur nous a dit, hier, en plaisantant: « Ici, un cadavre va mourir », autrement dit une personnalité importante va chuter. En lice, Maurice Kakou Guikahue, numéro 2 et secrétaire exécutif du PDCI, pressenti pour prendre la succession de Henri Konan Bédié à la tête du parti et de l’autre côté, Marie-Odette Lorougnon, vice-présidente du FPI, deux enfants du pays.

Le résultat est donc très attendu ici car ce serait un coup dur pour l’un ou l’autre des candidats. En cas de défaite d’EDS, on pourrait y voir la perte d’influence du FPI Gbagbo dans l’un de ses fiefs emblématiques après une décennie de boycott des urnes. Et en cas de défaite du PDCI, le parti historique devra justifier la chute de l’un de ses plus hauts cadres, par ailleurs pressenti pour prendre la succession de Henri Konan Bédié à la tête du parti.

Aujourd’hui 254 postes des 255 postes de députés sont en jeu. Le vote a été reporté dans la circonscription 97 - celle de Tortiya - en raison du décès d’une candidate.

Calme à Yopougon

Ca vote dans le calme à Yopougon, commune populaire d’Abidjan, depuis ce matin, raconte notre envoyée spéciale sur place, Paulina Zidi. Les bureaux ont, dans l’ensemble, ouvert à l’heure ; le matériel électoral était présent. Il y a quelques retards notamment dû aux mandats manquants des représentants des candidats. A noter aussi, dans pas mal de bureaux de vote visités ce matin, des difficultés avec les tablettes numériques qui sont censées faire l’enregistrement biométriques des électeurs. Elles ne marchent pas bien - voire pas du tout - et finalement le décompte se fait souvent à la main sur les feuille d’émargement.

 Les électeurs arrivent vraiment au compte-goutte. Parmi eux, il y avait Christian qui tenait vraiment à venir voter parce que Yopougon, c’est un vrai enjeu... contrairement à la plupart des circonscriptions, ici, c’est une liste qui sera élue, et qui enverra directement six députés à l’Assemblée nationale. Tous les grandes formations, notamment celle de Laurent Gbagbo dont cela reste un fief, vous le disiez, sont présentes. Et cet enjeu, malgré le calme ambiant apparent, il crée un peu de tension.

 Au groupe scolaire Gandhi, ce matin, il y a eu une altercation entre des représentants de candidats, des responsables de bureau de vote parce que deux personnes ont voté dans un bureau par erreur. Très vite la discussion s’est envenimée, et il a fallu l’intervention d’un superviseur de la Commission électorale pour ramener le calme. Un incident isolé, il faut le souligner, car dans l’ensemble, c’est calme et il n’y pas de véritable engouement du côté des populations de Yopougon.

Les bureaux de vote sont ouverts jusqu'à 18h00, heure locale.

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