Conflit maritime avec la Somalie: le Kenya ne plaidera pas devant la Cour internationale de justice

La Cour internationale de Justice à La Haye au Pays-Bas (image d'illustration).
La Cour internationale de Justice à La Haye au Pays-Bas (image d'illustration). AP - Peter Dejong

Le Kenya et la Somalie devaient se retrouver devant la Cour internationale de justice de La Haye ce lundi et pour une dizaine de jours. L'enjeu est la délimitation de leur frontière maritime, alors que d'importantes ressources naturelles se trouvent en mer. Mais le Kenya a finalement décidé qu'il ne plaiderait pas, laissant les avocats de Mogadiscio exposer leurs arguments sans contradiction.

Publicité

Dans une lettre de deux pages envoyée au greffe de la Cour jeudi dernier, le ministre kényan de la Justice explique sa reculade de dernière minute : les contraintes techniques liées à la situation sanitaire, les retards dans la préparation des audiences étant donné la pandémie, mais aussi la présence sur le banc des juges de la CIJ d'un Somali, Abdulqawi Ahmed Yusuf.

Tout cela pousse le Kenya à refuser de participer aux procédures. Nairobi demande seulement 30 minutes pour exposer oralement ses arguments. Pour l'instant, la Cour n'a pas réagi, et la Somalie non plus.

Dans cette affaire, les coups de théâtre se sont répétés depuis que la Somalie a lancé la procédure en 2014. Il faut dire que la décision de la CIJ aura un enjeu économique important. Pour la Somalie, sa frontière maritime avec le Kenya suit le tracé de la frontière terrestre, en s'enfonçant dans l'océan vers le sud-est. Pour le Kenya, au contraire, sa frontière avec la Somalie suit une latitude horizontale d'ouest en est. Or dans le triangle entre les deux tracés, se trouvent 100 000 km2 de territoire maritime et au moins trois blocs sous-marins renfermant du pétrole et du gaz.

La défense somalienne démonte les arguments du Kenya

Les experts de la Somalie ont donc commencé à plaider seuls, lundi, devant les chaises vides réservées au Kenya. 

Au nom de Mogadiscio, c'est le juriste français Alain Pellet, ancien président de la Commission du droit international de l'ONU, qui a ouvert le feu. Il a méthodiquement démenti l'argument principal du Kenya, selon lequel la frontière maritime est déjà délimitée par l'« accord tacite » de la Somalie, manifestée par son silence jusqu'en 2014 sur la question.

Le professeur Pellet, comme après lui l'avocate française Alina Miron, se sont fondés sur le droit international, sur la jurisprudence de la Cour et sur les précédents historiques, pour démontrer que, juridiquement, l'argument kényan était sans valeur. Et même « fantaisiste », selon maître Alina Miron.

L'avocat britannique Philippe Sands a quant à lui démontré que l'argument du Kenya était aussi contradictoire avec ses propres actions et déclarations, et même avec la loi kényane et des documents officiels de l'État kényan. 

Les audiences reprendront mardi après-midi, avec la suite des plaidoiries de la Somalie, et sont prévues pour durer jusqu'au 24 mars.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail