Procès du bombardement de Bouaké en Côte d'Ivoire: les attentes des parties civiles

Des soldats français parmi les ruines du lycée Descartes de Bouaké, le 10 novembre 2004.
Des soldats français parmi les ruines du lycée Descartes de Bouaké, le 10 novembre 2004. AFP PHOTO PHILIPPE DESMAZES

Le 6 novembre 2004, deux Soukhoï Su-25 de l’armée ivoirienne bombardaient la base française de Bouaké. Bilan : 9 militaires français et un civil américain tués et 38 soldats français blessés. Les appareils étaient pilotés par des mercenaires biélorusses, assistés de copilotes ivoiriens. Des accusés qui seront absents du procès. Plus de 16 ans après les faits, les victimes veulent surtout comprendre pourquoi la France a donné l’ordre de laisser partir les auteurs présumés de ce raid meurtrier alors que les autorités togolaises les avaient appréhendés puis mis à la disposition de Paris.

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« On va parler un petit peu dans le vide. Moi, c’est ça qui m’énerve un peu, on va parler dans le vide. » L’absence des accusés laisse à Thierry Jardry un goût amer. Cet ancien adjudant attend pourtant ce procès avec impatience et pour cause, ce 6 novembre 2004, sa vie a basculé. L’homme a été grièvement blessé à la jambe gauche par un éclat de roquette : « Cela fait dix-sept ans que je suis sous médicaments, parce que j’ai le nerf sciatique qui est sectionné, la jambe est complément morte. Je ne peux pas lever le pied, je ne peux rien faire. »

Pierrick Pavec a lui aussi été meurtri dans la chair comme il dit. Des éclats d’obus ont pénétré dans toute la partie gauche de son corps provoquant des lésions irrémédiables. Plus de 16 ans après les faits, la douleur est encore extrêmement vive et le ressentiment envers l’État français toujours aussi fort : « Depuis quelques jours, c’est un truc que je n’aime pas faire, mais je regarde certains documents. Quand je vois la cérémonie aux Invalides et qu’on entend Jacques Chirac dire : on n’oubliera jamais, on fera tout pour reconnaître la vérité, ça fait mal. C’est une trahison… »

Une haute trahison, car pour lui, les autorités françaises ont caché la vérité. Jean-Paul Roko, un autre militaire présent à Bouaké ce jour-là, se demande également pourquoi la France a laissé fuir les pilotes suspectés d’avoir mené ce raid meurtrier alors qu’elle pouvait les arrêter. « On attend de ce procès la vérité. Il ne faut pas que l’ancien ministre de la Défense, Alliot-Marie, Barnier ou Villepin, se défaussent. On veut des réponses. Voilà. »

Censés être entendus lors de ce procès, les trois anciens ministres ne seront toutefois pas jugés par la cour de justice de la République, comme l’espéraient certaines victimes.

Ce que j’attends du procès qu'on fasse toute la lumière sur ce qui s'est passé.

Edwige Laliche, la mère d'un des 9 soldats français tués à Bouaké

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