Crise sécuritaire au Mozambique: la SADC face à une menace régionale

Des milliers de déplacés à Pemba le 2 avril 2021, évacués de la ville de Palma après l'attaque jihadiste du 24 mars.
Des milliers de déplacés à Pemba le 2 avril 2021, évacués de la ville de Palma après l'attaque jihadiste du 24 mars. Alfredo Zuniga AFP

À la veille d'un sommet extraordinaire de l'organisation régionale SADC sur la crise humanitaire et sécuritaire au Cabo Delgado, le président du Mozambique, Filipe Nyusi s'est exprimé le mercredi 7 avril dans un discours diffusé à la télévision.

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« Ceux qui viendront de l'étranger ne seront pas là pour nous remplacer, ils viendront en soutien. Il ne s'agit pas d'une quelconque fierté, mais de souveraineté », a déclaré le président mozambicain. 

Par ses propos, le président Nyusi rappelle sa position depuis le début de la crise : pas de bottes étrangères sur notre sol. Le seul soutien accepté jusqu'à présent est celui d'hélicoptères de sociétés de sécurité privées sud-africaines ou encore la formation de forces spéciales par des partenaires étrangers, comme les États-Unis ou le Portugal. 

Depuis les premières attaques en 2017, le président mozambicain a toujours cherché à relativiser l'ampleur de la crise dans la province de Cabo Delgado. Tenant un discours d'une situation sous contrôle. 

De l'avis de plusieurs experts, pour Maputo, reconnaître son incapacité à faire face seul à une rébellion locale devenue groupe ultra violent se revendiquant du jihad international est contre-nature. 

Mais après la prise de contrôle de Mocímboa da Praia en août dernier par les insurgés et l'attaque de Palma fin mars, la pression régionale et internationale est devenue trop forte, Filipe Nyusi n'avait d'autre choix que d'accepter ce sommet qu'il accueille ce jeudi. 

Ses voisins attendent des explications. Lui devrait, selon les analystes, tout faire pour éviter que des regards extérieurs se posent de trop près sur une zone opaque, théâtre de nombreux trafics.

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Une insurrection locale devenue en moins de quatre ans une menace régionale 

L'attaque jihadiste de Palma, dans le nord du pays, le 24 mars, a attiré les regards du monde entier. La cité portuaire se trouve à proximité d'un méga-projet gazier piloté par Total, projet d'ampleur internationale désormais à l'arrêt pour un temps indéterminé. Palma, ville qui comptait 75 000 habitants et 40 000 déplacés a été saccagée, le nombre de victimes est encore incertain, mais les rescapés racontent des scènes d'une très grande violence. Attaque revendiquée par l'organisation État islamique. 

Le nombre de déplacés, prévient le HCR, pourrait atteindre le million en juin si la violence continue. Une situation inédite pour la SADC, une organisation régionale sous pression.

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La SADC confrontée à une crise sans précédent

La SADC se trouve avec la crise au Cabo Delgado confrontée à un défi sans précédent pour l'organisation plus habituée à gérer des crises de légitimité politique

Depuis plusieurs jours, le président du Botswana fait le tour des capitales pour préparer ce sommet. De par l'histoire des pays qui la composent, la SADC est très attachée au principe de souveraineté, cherchant au maximum à ne pas interférer dans les affaires intérieures de ses pays membres. Mais la pression est devenue trop forte, l'Union africaine a appelé à une réponse régionale urgente. Les ONG plaident depuis longtemps pour que la SADC intervienne. L'attaque de Palma a accéléré les choses. Néanmoins, l'organisation n'a pas une culture interventionniste. Et en plus, Maputo a toujours fait le choix d'en être un membre actif pour mieux freiner toute initiative jugée trop intrusive.

Le Mozambique se positionne toujours pour avoir un aspect de souveraineté dans ses affaires. La politique du pays depuis plusieurs années est de faire partie des organisations régionales, de jouer le jeu de l'organisation régionale, mais pour éviter que le reste de l’organisation vienne mettre trop son nez dans ses affaires. Le Mozambique fait partie de ses pays qui vont dans les différentes troïka de l'organisation, qui ont des candidats pour les différents postes à responsabilité dans le secrétariat de la SADC et dans l'organe lié aux questions de sécurité et politique. Avec en toile de fond, la volonté d’éviter qu’on s’occupe trop de leurs affaires: que ce soit sur les questions de corruption, financières, les questions de politique électorale et aussi les questions de sécurité. Ces dernières années on a pu l’observer dans le cadre de la reprise des tensions avec la Rénamo et puis, également, depuis 2016, 2017 avec l’apparition du mouvement jihadiste dans le nord du Mozambique.

Thibaud Kurtz, spécialiste de la SADC, contributeur à l'Ifri et consultant en bonne gouvernance et démocratie

 

La Tanzanie et l'Afrique du Sud préoccupés par l'instabilité dans la région

Deux pays en particulier sont très préoccupés par la situation. D'abord la Tanzanie, voisine de la province de Cabo Delgado. La coopération entre le président défunt John Magufuli et Filipe Nyussi était inexistante. L'enjeu aujourd'hui sera de voir quelle position adopte la nouvelle présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan.

L'Afrique du Sud, en tant que puissance régionale, voisine également du Mozambique, s'inquiète pour la stabilité de la zone, tant sur le plan sécuritaire, humanitaire, qu'économique. Car l'attaque de Palma a poussé le groupe Total à mettre en pause pour une durée indéterminée le développement du projet gazier d'Afungi. Projet d'ampleur mondiale qui devait être opérationnel initialement en 2024. Et dans son sillon c'est toute une galaxie de partenaires, investisseurs, projets qui sont à l'arrêt.

Les observateurs les plus optimistes espèrent aujourd'hui une annonce concrète, avec une mission d'évaluation et une force d'intervention pour sécuriser les citoyens, permettre aux habitants de rentrer chez eux et aux investisseurs de reprendre leurs activités. Si une telle décision est prise, il faudrait au minimum plusieurs mois pour qu'elle se concrétise.

Depuis trois ans maintenant, la communauté internationale, notamment l'Union européenne, appelle la SADC à prendre en main la situation. Parce qu'il y a des grands enjeux financiers pour des pays comme la France, comme l'Italie, les États-Unis qui avaient investi dans le gaz naturel au Cabo Delgado. La pression est venue de l’étranger, mais aussi de la région. Les ONG mozambicaines elles-mêmes ont à plusieurs reprises demandé à la SADC d’intervenir ou au moins d’avoir un projet politique de développement économique et sécuritaire pour aider le Cabo Delgado. Nous en tant que ISS nous avons écrit en août dernier pour demander à la SADC d’intervenir ou au moins d'avoir une stratégie commune. Après cette attaque contre Palma, cela a accéléré bien sûr car les médias internationaux ont focalisé sur Cabo Delgado. Maintenant Total a complètement retiré son personnel de cette zone. Donc y a une grande attention sur cette situation.

Liesl Louw Vaudran, chercheuse à l'Institut des études de sécurité à Pretoria

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