Présidentielle au Bénin : derniers meetings de campagne sur fond de tensions

Un enfant et un soldat discutent en marge du dernier meeting de campagne du président sortant Patrice Talon avant l'élection présidentielle béninoise, le 9 avril 2021.
Un enfant et un soldat discutent en marge du dernier meeting de campagne du président sortant Patrice Talon avant l'élection présidentielle béninoise, le 9 avril 2021. AFP - PIUS UTOMI EKPEI

Dernier jour de campagne avant la présidentielle dimanche 11 avril. Elle oppose le président sortant Patrice Talon à deux candidats, mais aucune des grandes figures de l’opposition n’a pu se présenter. Depuis le début de la semaine, la campagne se déroule sur fond de tensions. Des manifestations éparses ont eu lieu pour contester le chef de l’État. Des violences ont aussi eu lieu dans le centre du pays. À Cotonou et en régions, les trois duos de candidats ont tenu leurs derniers meetings de campagne.

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Avec notre envoyée spéciale à Cotonou, Magali Lagrange

Le président sortant, Patrice Talon, s’est longuement exprimé en langue fon, devant un public acquis sur un terrain de Godomey. Jean Baptiste Adjovi, du parti UP qui le soutient, est persuadé qu’il gagnera dès dimanche.

Un autre militant affirme que les Béninois sortiront voter et que tout se passera bien malgré les tensions et violences qui ont lieu depuis le début de la semaine, dans certaines villes du pays.

Une situation évoquée par Corentin Kohoué, candidat exclu du parti les Démocrates, sur un terrain de Gbegamey. Il en appelle au président pour régler les choses de façon pacifique et affirme que si les violences ne cessent pas, il sera obligé de se retirer du processus électoral. Un militant présent, âgé de 55 ans, explique qu’il n’a jamais vu une telle campagne au Bénin.

Le 3e duo, du parti FCBE : Alassane Soumanou et son colistier Paul Hounkpè ont terminé leur campagne dans leurs fiefs respectifs, à Djougou et dans le Mono.

Barrages et tensions

Les derniers jours de la campagne électorale ont été marqués par des tensions et des violences, pour lesquelles aucun bilan officiel n’a été communiqué.  Des mobilisations éparses ont commencé dans la nuit de lundi à mardi, date qui marque les 5 ans de Patrice Talon au pouvoir, et que les contestataires considèrent donc comme la fin de son mandat.

Dans le centre et le nord du pays, les protestataires ont érigé des barrages sur la route qui relie Savè à Parakou. Jeudi, l’armée est intervenue. A Savè, elle a tiré à balles réelles. Le bilan est d’au moins deux morts et 4 blessés. Du côté du pouvoir, on précise que les manifestants sont également armés, que les militaires ne font que riposter, et qu’ils comptent aussi des blessés dans leurs rangs. Vendredi, des tensions et des barrages persistaient sur ce même axe, plus au nord.

Parmi les électeurs, certains évoquent une campagne jamais vue au Bénin, qui se déroule en l’absence des poids lourds de l’opposition. Une vingtaine de dossiers ayant été invalidés, seuls trois candidats sont en lice contre 33, lors de la dernière présidentielle en 2016.

L’un des enjeux de la campagne était, pour Patrice Talon et ses adversaires, qualifiés de faire-valoir par des opposants, de convaincre les électeurs d’aller voter, alors que le taux de participation s’est établi autour de 27% lors des législatives de 2019, selon les chiffres de la Cour constitutionnelle.

C’est la première fois qu’ils (les opposants) sont nettement exclus du jeu électoral par rapport à l’élection présidentielle à travers la loi et les institutions. (…) C’est la démocratie au bout du fusil. Le pouvoir que nous avons tient à restaurer son autorité par tous les moyens, sauf le dialogue.

Ralmeg Gandaho, président de l'ONG Changement Social Bénin

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