Mali: l’assassinat de Sidi Brahim Ould Sidati fragilise l’accord de paix d’Alger

Sidi Brahim Ould Sidati, au moment de signer l'accord de paix inter-malien au nom des rebelles de la CMA, samedi 20 juin à Bamako.
Sidi Brahim Ould Sidati, au moment de signer l'accord de paix inter-malien au nom des rebelles de la CMA, samedi 20 juin à Bamako. REUTERS/Stringer

Au Mali, le président de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), une coalition d’anciens mouvements rebelles du Nord, a été assassiné mardi 13 avril dans la matinée. Sidi Brahim Ould Sidati a été tué par balles près de son domicile à Bamako par deux hommes encore non identifiés.

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Le choc est encore grand au surlendemain de l’assassinat de Sidi Brahim Ould Sidati. Devenu président de la CMA, il était déjà secrétaire général du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA), membre de la coalition.

Il était natif de Ber, dans la région de Tombouctou où il a été enseignant plusieurs années. Sidi Brahim Ould Sidati s’est très vite investi dans sa communauté. Il a travaillé pour plusieurs ONG, notamment dans le secteur de l’élevage. « Ce travail d’animateur auprès des communautés l’a crédité d’une grande estime dans la région », confie un proche du président de la CMA. Une estime qui lui permettra de devenir maire de Ber en 2009.

Sidi Brahim Ould Sidati, s’est vite engagé pour la cause de l’Azawad. En 2012, il fonde le MAA. Le mouvement combattra les forces maliennes pour l’indépendance du nord du pays.

Vers la paix

En 2015, avec d'autres mouvements, le MAA signe l’accord de paix d’Alger qui mettra un terme au conflit. Sidi Brahim Ould Sidati lui-même paraphe le document.

Depuis lors, il menait la délégation de la CMA qui négociait les termes de sa mise en œuvre. Sidi Brahim Ould Sidati a participé à tous les rounds de négociations depuis 2015. « Dès le début, il s’est investi dans la quête de la paix, ajoute Mohamed el-Maouloud Ramadane, porte-parole de la CMA. Aujourd’hui, nous sommes inquiets, car cette paix est fragile au Mali, un rien peut la déstabiliser. »

Mardi après-midi, les autres parties de l’accord ont réagi à l’assassinat de Sidi Brahim Ould Sidati. Dans un communiqué, la médiation internationale a fait part de « sa consternation ». La Plateforme, autre coalition d’anciens mouvements rebelles du Nord, a « condamné ce crime abominable de nature à perturber la paix ».

Tous ont demandé une enquête immédiate et sérieuse, ce qu’a promis le Premier ministre de la Transition, Moctar Ouane.

L’accord d’Alger fragilisé

À cette heure, aucun élément n’a fuité sur l’identité des assassins ou le mobile de leur crime, mais cet assassinat porte un coup très dur à l’accord d’Alger, de plus en plus décrié, car sa mise en œuvre traîne depuis cinq ans.

Certains anciens rebelles estiment que la réforme territoriale prévue par l’accord met trop de temps à se mettre en place. De nouvelles régions doivent être créées, leurs présidents doivent être élus et leurs pouvoirs étendus. Mais à l’heure actuelle, rien de tout cela n’a vu le jour.

D’autre part, à Bamako également des voix s’élèvent contre l’accord d’Alger, perçu comme un texte imposé par des pays étrangers, notamment l’Algérie et signé par l’État malien dans un moment de faiblesse.

« Certes, il y a des ennemis de l’accord, mais le plus grave, c'est qu’il y a des ennemis de la paix au Mali, s’indigne Mahamat Saleh Annadif, représentant spécial de l’ONU pour le Mali de 2015 à mars 2021. Bien sûr, l’accord n’est pas la seule solution, il n’est pas parfait, mais c’est l’un des moyens les plus efficaces dans la recherche de la paix et de la stabilité au Mali. On peut le corriger, l’ajuster, mais l’accord doit être un socle solide sur lequel doit se bâtir le reste. »

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