Procès Bouaké: le flou demeure après le témoignage de Michèle Alliot-Marie

La ministre française Michèle Alliot-Marie (à la Défense de 2002 à 2007), ici lors d'une conférence de presse à Gaza, le 21 janvier 2011.
La ministre française Michèle Alliot-Marie (à la Défense de 2002 à 2007), ici lors d'une conférence de presse à Gaza, le 21 janvier 2011. ASSOCIATED PRESS - Hatem Moussa

Après le Premier ministre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin, et celui de l’Intérieur, Dominique de Villepin, Michèle Alliot-Marie était à la barre mardi 13 avril dans l'après-midi. Avec toujours la même question au cœur des auditions : pourquoi la France a-t-elle laissé filer les pilotes présumés, mis à sa disposition par le Togo, qui avait pourtant alerté via les canaux de trois ministères ? Le témoignage de l’ancienne ministre de la Défense était particulièrement attendu, mais n’a pas vraiment permis d’y voir plus clair.

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Michèle Alliot-Marie se souvient parfaitement des circonstances dans lesquelles elle a appris le bombardement sur la base française de Bouaké, le 6 novembre 2004. Elle était « rue de Bourgogne » quand elle a reçu l’appel. Un véritable « coup de poing dans l’estomac » dit-elle.

Ses souvenirs sont beaucoup moins précis, en revanche, quand sont évoquées les remontées d’information et les responsabilités. D’ailleurs, précise-t-elle d’emblée, concernant les opérations militaires à l’extérieur, « le ministère de la Défense est un ministère d’exécution de décisions prises par d’autres », dont la ministre est « tenue informée ». Michèle Alliot-Marie affirme toutefois que remonter la piste des commanditaires était « évidemment l’une de ses préoccupations ».

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Les parties civiles pas convaincues

Sur l’épisode togolais, elle indique avoir été informée à deux reprises de la détention des pilotes présumés. Même si son ministère « ne pouvait être à l’initiative », car il « n’avait pas compétence », insiste-t-elle, la ministre soutient avoir cherché « à aider ». Mais « la première fois, quelques jours après le bombardement, j’ai enregistré l’information, et quand j’ai demandé ce qu’il s’était passé le lendemain, on m’a dit qu’ils avaient été relâchés », dit-elle.

La deuxième fois, « je sais qu’il y a eu des discussions, et si j’ai bonne mémoire, les services du ministère des Affaires étrangères estimaient qu’il n’y avait pas de possibilité ». Et la ministre de révéler à la Cour « j’ai alors demandé s’il était possible de monter une opération de la DGSE pour les récupérer ». Le temps de s’enquérir des modalités, « on m’a dit ''ça ne sert à rien, ils sont déjà repartis'' », conclut la ministre.

Une révélation, sorte d’ultime gage de bonne foi, qui n’a, à les entendre, pas convaincu les parties civiles.

« On n'a toujours pas beaucoup de réponses à cette question essentielle, qui est de savoir la raison pour laquelle les présumés pilotes ont été libérés. Ils n'ont même pas été auditionnés d'ailleurs. »

Me Carole Delestrade, l'une des avocates des parties civiles dans le procès Bouaké

« C'était une crise avant tout militaire et politique, qui a été traitée comme telle pendant une grande partie de la séquence. Par ailleurs, je pense que l'on n'avait pas très envie que la justice s'intéresse à cette affaire. »

David Sénat, ancien conseiller juridique de Michèle Alliot-Marie

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