Procès du bombardement de Bouaké: la perpétuité requise contre les trois accusés

L'un des deux chasseurs bombardiers Sukhoi-25 détruits sur le tarmac de Yamoussoukro le 7 novembre 2004, dans une riposte immédiate de la France après une attaque aérienne ivoirienne où 9 soldats français avaient tués à Bouaké.
L'un des deux chasseurs bombardiers Sukhoi-25 détruits sur le tarmac de Yamoussoukro le 7 novembre 2004, dans une riposte immédiate de la France après une attaque aérienne ivoirienne où 9 soldats français avaient tués à Bouaké. AFP - STR

Introuvables depuis des années, le Biélorusse Yuri Sushkin et les Ivoiriens Patrice Ouei et Ange Gnanduillet Attualy, les pilotes et co-pilotes présumés du raid, sont jugés en leur absence pour assassinat, tentative d’assassinat et destructions aggravées. C’est donc la peine maximale qui a été demandée à leur encontre.

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Avec Laura Martel, du service France de RFI

« Cette peine maximale, je l’aurais aussi requise si les accusés avaient été là, commence l’avocat général. Car ce qui la justifie, c’est la violence inouïe des faits et montrer qu’on n’assassine pas impunément nos soldats quand ils sont là pour maintenir la paix. » Et le magistrat de détailler les éléments contre les accusés : identification, préméditation… Car, insiste-t-il, « la France ne se venge pas, elle condamne avec ses règles, justes et démocratiques. En vous proposant cette condamnation, j’achève de faire mon métier. J’entreprends maintenant de faire mon devoir. » 

Ce devoir, pour l’avocat général, « n’est pas de rajouter des hypothèses aux hypothèses » ou d’en choisir une, dit-il, citant Paul Valery : « Le mélange du vrai et du faux est plus faux que le faux lui-même. » Sur les commanditaires, il n'y a « pas de certitude dans le dossier », souligne le magistrat, si ce n’est « celle du cœur, pleine et entière, qu’il est inconcevable, pour quelque raison que ce soit, que la France porte la main sur ces propres soldats. »

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« Raison d’État ? Erreur d’État ? Affaire d’État ? »

Sur l’épisode togolais, le cadre juridique existait bien pour arrêter les pilotes présumés, insiste-t-il. Alors y a-t-il eu dysfonctionnement ? « L’État, on l’a vu, est une chaîne humaine, empruntant à l’humanité ses forces et ses faiblesses », pointe-t-il. Ou bien : « Raison d’État ? Erreur d’État ? Affaire d’État ? » s’interroge-t-il.

« Dans tous les cas le préjudice est certain pour la justice et les victimes. » Et reste « ce goût d’amertume qui fait que non seulement l’erreur, la négligence, le dysfonctionnement n’ont pas été assumés mais ils n’ont pas donné lieu à des excuses », dénonce l’avocat général, qui conclut sur un espoir : « Que la justice rendue, en mémoire des morts, contribue à être le ciment de l’unité et de la paix des vivants. »

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