RDC: où en est la justice pour les crimes du Kasaï?

Quatre ans après, les victimes du massacre de Nganza attendent toujours la justice.
Quatre ans après, les victimes du massacre de Nganza attendent toujours la justice. © Sonia Rolley/RFI

Société civile et victimes s’impatientent près de 4 ans après la crise Kamuina Nsapu. L’assassinat de ce chef coutumier du Kasai Central avait provoqué des insurrections dans 5 provinces et une répression sanglante. Sur plusieurs centaines de crimes, 16 dossiers prioritaires ont été identifiées depuis la fin 2017, sur lesquels la justice avait promis de se pencher. Trois seulement ont été bouclés depuis et transmis à la Haute Cour militaire de Kinshasa, car des généraux pourraient être impliqués. Le dernier de ces 3 dossiers, celui du massacre de Nganza, a été transmis à la fin du mois dernier. 

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Avec notre envoyée spéciale de retour de Kananga, Sonia Rolley

Le dossier a été transmis précisément au moment du quatrième anniversaire de ce massacre qui avait duré trois jours fin mars, à Nganza, l’une des communes de la petite ville de Kananga. Les victimes s’en souviennent comme si c’était hier.

« J’étais au bord de la grande route qui mène vers la commune, j’ai vu trois camions de soldats armés jusqu’au dent, ils sont entrés porte à porte, ils ont tué. Ils ont même tué mon frère, enterré dans ma parcelle. »

« On a tué les gens, on nous a violé, on a pillé, on a tué nos enfants, nos maris, nos amis… Trop de personnes. »

Myrant Mulumba est le président de l’association des victimes de Nganza. Il plaide aujourd’hui pour toutes les victimes du Grand Kasaï. « Plus de 12 000 morts, plus 16 500 cas de viols, de plus de 7 500 cas d’extorsions, plus de 2500 cas d’incendies de maisons, vous pouvez vous imaginez ? Avec l’avènement de Félix, on pouvait espérer quelque chose, mais au regard de ce que nous sommes en train de voir, il y a une crainte...»

Depuis l’an dernier, trois dossiers parmi les 16 cas prioritaires identifiés fin 2017 ont été transmis à l’auditeur général près de la haute cour militaire à Kinshasa. Sur 87 fosses communes recensées à la même période, deux seulement ont fait l’objet d’opérations d’exhumations à des fins d'enquête

Les 16 dossiers prioritaires

Nganza, c’est trois jours de massacres à quelques minutes du centre-ville de la capitale du Kasai-Central. Plus de 500 adultes tués et 178 enfants. Des viols, des pillages commis par les forces de sécurité. Une majorité de ces 16 crimes graves sont de leur fait. C’est le cas aussi dans les deux autres dossiers qui ont été transmis.

En septembre 2016, à Mulombodi, le quartier en face de l’aéroport de Kananga, les forces de sécurité avaient violé une centaine de femmes. Sur le marché de Tshisuku, ils avaient ouvert le feu en mai 2017 et fait une centaine de victimes. Deux opérations d’exhumation ont eu lieu. Pour le massacre de Tshisuku, 10 corps ont été prélévés, un échantillon. A Nganza, les corps de la plupart des victimes n'ont pas été retrouvés.

Autre dossier prioritaire, les dizaines de viols commis par la milice pro-gouvernementale Bana Mura, le dossier est ouvert mais l’enquête piétine. Un cas sur lequel le gouvernement de Joseph Kabila avait beaucoup insisté : à Kamuesha, où 39 policiers auraient été exécutés par les miliciens Kamuina Nsapu, une trentaine de tombes ont été localisées par drone, mais elles sont ouvertes et vides.

Pour tous les autres cas, les enquêtes de la justice militaire n’ont pas véritablement commencé. Faute de volonté et de moyens, dénoncent victimes et société civile.

L'association des victimes du Grand Kasaï lance un appel au nouveau gouvernement et au président pour que les procédures aboutissent. Faute de quoi, elle compte demander à la Cour pénale internationale de se saisir de ces dossiers qualifiés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité par un groupe d’experts mandatés par l’ONU.

RFI

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