REPORTAGE

Madagascar: la colère de deux cents PME du BTP non payées par l’État

Des employés du BTP protestent contre le gouvernement, dans le quartier d’Ampefiloha, à Antannarivo, à Madagascar, le 25 avril 2021. Près de 200 PME du BTP n’ont pas été payées par l’Etat.
Des employés du BTP protestent contre le gouvernement, dans le quartier d’Ampefiloha, à Antannarivo, à Madagascar, le 25 avril 2021. Près de 200 PME du BTP n’ont pas été payées par l’Etat. © Laure Verneau/RFI

À Madagascar, dans le quartier d’Ampefiloha, un quartier populaire de la capitale, ils étaient une cinquantaine d’employés du BTP à protester contre le gouvernement. La raison : près de deux cents PME (Petites et moyennes entreprises) de construction en Bâtiment et travaux publics (BTP) n’ont pas été rémunérées par l’État depuis huit mois, pour des travaux routiers commandés et dont le marché leur a été attribué.

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Avec notre correspondante à Antananarivo, Laure Verneau

Jerry Rakotomanana est en colère. Gilet jaune sur le dos et casque de chantier, il est venu réclamer son argent. L’État lui doit, à ce jour, 192 millions d’ariarys, soit 43 000 euros.

« On est vraiment en instance de clôturer notre entreprise puisqu’on n’arrive pas à payer nos employés, nos fournisseurs et même la banque pour rembourser ce qu’on doit. On est vraiment en difficulté », précise-t-il.

Jerry n’est pas le seul dans ce cas. Il survit grâce à son autre compagnie de services, mais nombreux sont ceux qui ont mis la clé sous la porte.

Depuis le mois d’octobre 2020, le Trésor public, sur ordre du Premier ministre, a stoppé les paiements du Fonds routier, l’entité chargée de rémunérer les entreprises. Certaines compagnies ont stoppé les travaux et d’autres se sont endettées auprès des banques pour livrer à temps. 

Ziza Rabeharisoa, 55 ans, entrepreneur lui aussi, explique que tous les recours ont déjà été épuisés. L’État lui doit 400 millions d’ariarys, soit 90 000 euros. Il a effectué des travaux routiers dans la région du Melaky, une des plus enclavée de l'île.

« On ne peut pas lancer d’ultimatums. Nous sommes des gens qui n’avons aucun pouvoir pour dissuader ces gens-là. On n’a pas de force coercitive et donc on est là, à attendre la justice pour qu’on se fasse payer », explique-t-il.

En tout, ce serait près de 20 000 ménages mis en difficulté, puisque ces entreprises font vivre de nombreux ouvriers, manœuvres ou encore maçons... et ce, en pleine pandémie.

Dans un communiqué, daté du 17 février 2021, le Directeur général du Trésor a assuré qu’il n’y avait « aucun blocage ni au niveau du Trésor Public, ni au niveau du fonds routier », et que le retard « est dû par nécessité de vérifications plus approfondies pour garantir la bonne gouvernance dans la gestion des fonds publics. »

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