Le nord-est du Nigeria sous pression des groupes jihadistes de Boko Haram

Des soldats nigérians à un point de contrôle en 2015 (image d'illustration).
Des soldats nigérians à un point de contrôle en 2015 (image d'illustration). © Lekan Oyekanmi/AP

Depuis une dizaine de jours, l’Iswap, la faction de Boko Haram affiliée à l’État islamique, multiplie les attaques contre plusieurs localités dans les États de Borno et de Yobe. Ces attaques perturbent fortement le quotidien de populations de part et d’autre de la frontière avec le Niger.

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Selon plusieurs sources, les groupes armés ciblent d’abord les symboles de l’État et les forces de sécurité. Ainsi, à Maïné-Soroa, ces groupes, soupçonnés d’être des membres de l’Iswap, la branche ouest-africaine de l’État islamique, ont attaqué des postes de gendarmerie, de police et de douane, pour ensuite saisir des armes et du matériel.

Des démonstrations de force qui font fuir les populations vers les communautés rurales de l’autre côté de la frontière. Dans la région nigérienne de Diffa, les afflux de réfugiés sont fréquents, explique un responsable local, démuni face à ces arrivées régulières.

Des déplacés, parfois stigmatisés par leurs hôtes. Les Boko Haram se fondent parmi les déplacés et sont accusés de donner ensuite des renseignements à leurs combattants, explique un observateur.

Ces flux de personnes se font dans des conditions précaires, comme l’explique Jean-Sébastien Josset, porte-parole du HCR au Niger, interrogé par Bineta Diagne, du service Afrique : « Souvent, ils fuient, en n’emportant quasiment rien avec. Ils arrivent dans des conditions difficiles et surtout dans un contexte sécuritaire très tendu, qui ne permet pas un accès humanitaire immédiat. »

Depuis vendredi, la ville nigériane de Geidam est assiégée par de présumés jihadistes de l’Iswap. Une situation qui cause beaucoup de difficultés, d’autant plus que cette ville proche de la frontière fait aussi office de carrefour commercial. On y échange des fruits, des légumes et des céréales, qui alimentent les activités agropastorales des producteurs de la région de Diffa. Les prix ont déjà commencé à flamber, regrette un habitant, qui redoute la paralysie des activités économiques.

L'État de Niger aussi sous pression

Mais la pression des jihadistes ne s'exercent pas uniquement dans le Nord-Est du pays. En témoigne cet appel lancé cette semaine par le gouverneur de l’État du Niger, proche de la capitale fédérale Abuja : ce responsable local affirme que plusieurs communautés rurales de son État sont aux mains de groupes armés affiliés à Boko Haram. Un groupe dont l'épicentre est pourtant loin de cette zone...

Abubakar Sani Bello est un gouverneur dépassé. Selon lui, des éléments de Boko Haram auraient pris le contrôle de 50 communautés rurales de l’État du Niger. Désormais, un drapeau noir flotte à l’entrée de plusieurs localités, avertit ce responsable, qui exprime son inquiétude au micro de Kabiru Yusuf, notre correspondant Hausa à Abuja.  

« La situation est critique, explique Abubakar Sani Bello, le gouverneur de l’État de Niger. Nous comptons plus 3 000 personnes qui ont dû être déplacées dans d’autres communautés à cause des menaces proférées par des bandits et des Boko Haram. Leurs maisons sont occupées par des bandits et des jihadistes de Boko Haram. Leurs épouses ont été capturées de force par des éléments de Boko Haram. J’ai entendu dire qu’ils viennent d’implanter leur drapeau à Kaure.  Si rien n’est fait pour freiner leurs actions, Abuja est menacé ! »

Pour Malick Samuel, chercheur à l’Institut d’études et de sécurité, ce phénomène est lié à des projets d’extension vers le centre-nord, des activités de la branche d’Abubakar Shekau. Ce leader historique du groupe terroriste, aurait noué des liens depuis 2014, avec des « bandits » qui opèrent dans cette zone. Nouer une alliance avec ces groupes est une manière, selon cet analyste, « d’élargir sa base » loin de la forêt de la Sambisa, mais aussi, « de recruter des combattants, d’obtenir des gains financiers à travers des rançons et d’exercer d’autres activités telles que l’exploitation illicite de mine d’or », lit-on dans une publication récente intitulée « Boko Haram se lie avec des brigands au Nigeria ».

Dans l’immédiat, ce phénomène inquiète certains parlementaires : en début de semaine, 15 sénateurs ont demandé que l’état d’urgence soit déclaré, en raison de la progression des groupes armés dans le pays.

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