Tchad: consultations politiques, calme précaire à Ndjamena

Mahamat Idriss Déby, qui dirige le Conseil militaire de transition (CMT), a pris la parole, mardi 27 avril, pour lancer un appel à «l'union sacrée».
Mahamat Idriss Déby, qui dirige le Conseil militaire de transition (CMT), a pris la parole, mardi 27 avril, pour lancer un appel à «l'union sacrée». © Tele Tchad via AP

Au Tchad, les opposants et la société civile hostiles au Conseil militaire de transition appelaient à de nouvelles mobilisations ce mercredi 28 avril, mais la matinée a été globalement calme, excepté quelques rassemblements vite dispersés. Parallèlement, des discussions s'engagent pour la formation du gouvernement de transition.

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Alors que des consultations ont commencé pour la formation du gouvernement de transition et que des personnalités politiques sont reçues par les nouvelles autorités, règne à Ndjamena une ambiance qui a l’apparence de la normalité.

Ce mercredi matin, le trafic était dense aux intersections où les multiples motos et scooters se disputaient la priorité. Les magasins étaient pour la plupart ouverts, les marchés aussi – et fréquentés. Les étals des vendeurs en place au bord des routes… L’apparence du quotidien, donc.

Ce qui dénotait, c'était sur certains axes et dans les ruelles, les restes de pneus ou de branchages brûlés hier et la forte présence militaire et policière aux ronds-points. Dans les pick-up, les hommes avaient l’air calmes, mais ils gardaient à portée de main un solide arsenal.

Ce déploiement massif de corps habillés explique l’accalmie, selon un membre de Wakit Tama. Le besoin de souffler aussi, tandis que d’autres cadres de la société civile faisaient le tour des hôpitaux et des lieux de détention de la capitale. Et si quelques attroupements ont été signalés dans certains quartiers de Ndjamena, dont le quartier Walia du 9e arrondissement, et dans le 7e arrondissement, ils ont rapidement été dispersés. 

Les organisateurs des marches expliquent  que les rassemblements de mercredi matin servent à maintenir la pression, mais qu’ils sont en deuil aujourd’hui. Un membre de Wakit Tama reconnait que le collectif doit réfléchir à une organisation différente des mobilisations. Il promet que de nouveaux appels viendront.

La situation n'est pas comparable, en tout cas, à celle de mardi où, avant même le lever du soleil, un très grand nombre de personnes étaient dans les rues pour demander le départ du CMT et dénoncer la politique française, jugée « complice d’une dérive monarchique » du pays.  

Mardi, les affrontements avec les forces de l’ordre ont duré toute la matinée. Pour un bilan de cinq morts dans le pays, selon les autorités, neuf au moins pour la société civile. Avec aussi de nombreux blessés – une cinquantaine – et des arrestations, y compris de journalistes. La société civile qui estime que près de 170 manifestants ont été arrêtés en 24 heures.

Écoutez le cri de colère du président de la Ligue tchadienne des droits de l'homme :

Notre coeur est gros... ils ont tué, ils marcheront sur nous, ils marcheront sur nos cadavres... le Tchad n'est pas la propriété d'une famille

Tchad: le cri de colère de Max Loalngar, président de la Ligue tchadienne des droits de l'omme, joint par Alexandra Brangeon

Les consultations politiques vont bon train

Depuis ce week-end, des dirigeants de partis sont reçus aussi bien à la présidence par Mahamat Idris Déby que par le Premier ministre qu’il a choisi, Albert Pahimi Padacké. Ce dernier doit mettre en place un gouvernement que le chef du CMT a promis dans son allocution d’hier de « réconciliation nationale », de compétence et « représentative du Tchad pluriel ».

► À lire aussi : Mahamat Idriss Déby s'adresse aux Tchadiens après une matinée de violences

Albert Pahimi Padacké a, en théorie, deux semaines pour former une équipe, mais certains s’attendent à ce qu’il propose un gouvernement d’ici à la fin de semaine.

Parmi les visiteurs reçus à la présidence, le général Emetti, le vice-président de la transition soudanaise et Romadoumngar Félix Nialbé, chef de file officiel de l'opposition dans l'assemblée dissoute. Il a remis au chef de la junte et au Premier ministre un mémorandum au nom de 42 partis politiques. 

Nous avons demandé à ce que les premiers dirigeants surtout de la transition à savoir le président du CNT, le Premier ministre de transition ne soient pas candidats aux futures élections présidentielles...

Félix Nialbé, chef de file de l'opposition tchadienne

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